CHAPITRE III
Caron qu'il avoil projeté. 11 alla chercher Horace partout où il jugea qu'il pourrait le trouver; et 1’ayant rencontré, il lui fit mille caresses; et, comme s’il n’eût rien su de ce qui s’étoit passé , il l’invita à venir souper chez lui. Horace, qui avoit fait fort secrètement son action barbare, et qui d’ailleurs n'en entendoit parler ni dans la ville ui dans le voisinage de Cloriuia , s’imagina que Dorido pou voit l’ignorer encore. Ainsi, ne le soupçonnant d’aucun mauvais dessein , il eut l’imprudence de se rendre chez lui à l’heure du souper; ce qui lui étoit souvent arrivé. Ils s’assirent tous deux à table, et commencèrent à boire et à manger. Dorido avoit fait mettre des drogues assoupissantes dans le vin qu’on servoit à Horace ; de sorte que ce cavalier tomba bientôt dans une espèce de léthargie, pendant laquelle Dorido et deux valets qui lui étoient tout dévoués, lui lièrent les pieds et les mains : ensuite ils lui passèrent une corde au cou , puis l'attachèrent par le milieu du corps à un pilier qui étoit dans la salle, après avoir bien- fermé toutes les portes de la maison. Lorsqu’il fut dans cet état, ils lui frottèrent le nez avec une pomme de senteur, et dissipèrent son assoupissement.
Quand le malheureux Horace se vil si bien garrotté qu’il nepouvoit se remuer, il ne lui fuf pas difficile de juger du péril qui le menaçoit. Il confessa son crime, et croyant pouvoir fléchir son rival, il implora sa pitié et sa miséricorde dans les termes les plus forts que l’antour de la vie lui put inspirer. Prières inutiles! Il avoit affaire à un ennemi inexorable, à un époux qui avoit sans cesse devant les yeux son épouse mourante. Dorido, bien Ion de se laisser attendrir, coupa les deux mains de ce misérable, et le fit étrangler par ses valets, auxquels il ordonna de porter à minuit le cadavre à l’entrée de la ruelle avec ses deux mains pendues à son cou. Pour lui , ne pouvant se consoler de la perte de sa femme, il est sorti ce malin de Rome. On ne sait quelle route il a prise , et l’on vient de m’assurer que Cloriuia est morte quelques heures après son départ.
Le gentilhomme napolitain acheva de parler en cet endroit. Une histoire si tragique toucha l’ambassadeur et sa compagnie, qui déplorèrent le sort infortuné de cette dame. Ils plaignirent aussi Dorido ; mais ils conclurent, après arair fait bien des réflev ions sur cette aventure, qu’il y avoit dans la conduite de ces deux cavaliers un esprit de vengeance qui ne convcnoit guère à des chrétiens.