CHAPITRE VIT
que c’est que d’aimer , et de quelle doulenr I on est pénétré quand il Tant se détacher de ' l’objet de son amonr. Jamais adieux n’ont été 1 plus touchants.
Je sortis de chez la cousine de ma veuve si | occupé de mon affliction , que, sans voir Saya- ; vedra , que je rencontrai à la porte , je passai devant lui sans rien dire. Il me suivit ; et , ; s’apercevant que je ne savois ce que je faisois dans l’état où ma passion me réduisoit , il me parla, me fit un peu rentrer en moi-méme, et ; me conduisit où nos chevaux nous attendnient.
Je sautai légèrement en selle , et , sans desser-
rer les dents , je courus la première poste. A la seconde, mon écuyer me demanda pourquoi
nous enfilions la route de Rome, et si j’avois
envie d’y retourner. Je lui répondis que j’étois
bien aise , et pour cause , qu’on me crût sur le chemin de cette ville , et qu’à la troisième poste nous nous arrêterions pour nous consulter sur ce que nous avions à faire.
CilAPlTRE VU.
Cutmao prend le chemin de Bologne, dans l'espérance de rencontrer dans cette ville Aletandre Benlivoglio , son voleur, et de te poursuivre en justice.
Lorsque nous lûmes arrives à la troisième poste , uous y fîmes une pause pour prendre de la nourriture et du repos , deux choses dont fnvois un extrême besoin , puisque depuis vingt- ; quatre heures je n’avois ni mangé ni dormi. Après cela nous tînmes conseil , mon confident et moi, sur ce qu’il nous convenoit de faire.
11 nie semble, dis-je à Saynvedra, que nous devons sans balancer aller à Bologne. J’ai un pressentiment que nous y rencontrerons Alexandre Bcntivoglio ; et , si je suis assez heurcox pour le trouver , je ne doute point que , par accommodement ou par la voie de la justice, je ne recouvre une bonne partie de mes elTeis. J'approuve votre idée , me répondit mon confi- : dent; louons des chevaux et parlons pour Bologne. ! Mais permettez -moi , s’il vous plaît , de vous représenter les périls où je m’expose en paraissant dans cette ville. Je crois , comme vous , qu’Alexandrc y est; et si, pour mon malheur, il me voit , il voudra savoir ce qui m'amène à Bologne. S’il apprend que j’y suis venu avec vous , il devinera votre dessein et prendra la fuite, ou bien il pourra me faire assassiner. Ce n’est pas tout , ajouta-t-il , je ne saurais vous rendre service dans cette affaire sans courir risque de me perdre , puisqu’il faudra que je me constitue prisonnier ; et quand une fois je serai
en prison , je n’en sortirai jamais peut-être sans une grâce du ciel toute particulière.
J’entrai dans les raisons de Sayavedra , et lions convînmes qu’il ne se montrerait pas dans les rues de Bologne ; qu’il se tiendrait caché dans l’hôtellerie où nous serions logés , et ne se mêlerait nullement de mon procès , supposé que j’en eusse un : aussi bien je ne croyois pas avoir besoin de lui pour faire condamner mon voleur à me restituer du moins une partie de mon bien. Mon confident , rassuré par celte condition , parut font prêt à me suivre. Nous nous mimes aussitôt en chemin sur des chevaux de louage, et le lendemain , sur la fin du jour , nous arrivâmes à Bologne. Nous descendîmes à une hôtellerie où il y avoit quelques étrangers que différentes affaires avoient attirés dans cette ville. Je sonpai avec eux, et je me retirai de bonne heure dans une chambre assez propre que Sayavedra avoit eu soin de me faire préparer. Je dormis peu , n’étant occupé que de mon fripon d’Alexandre, et je me levai de grand matin dans l’intention de m’informer si par hasard il n’étoit pas dans le pays. Je sortis donc tout seul, et je me promenai pendant un quart d’heure dans les rues. Connue je passois devant la grande église , je jetai la vue sur cinq ou six jeunes gens qui étoient à la porte , et j’en remarquai parmi eux un dont l’habit me fit soupçonner que le cavalier qui Pavoit sur le corps pouvoit être Fhomme que je cherchois. Je nie défiai d’abord du rappoVt de mes yeux ; mais , après nu long examen , je reconnus, à n’en pouioir douter, que cet habit étoit celui dont un officier napolitain m’avoil fait présent pour quelque service que je lui avois rendu auprès de l'ambassadeur.
Je me sentis alors si transporté de rage de voir ce voleur paré de mes dépouilles, que je fus tenté , dans mon premier mouvement , de le joindre , et de lui passer mon épée an travers du corps. Néanmoins, par bonheur |H>ur lui, et peut-être encore plus pour moi, il vint une foule de réflexions judicieuses s’opposer à ma fureur. Doucement , me dis-je à moi-même, ne sois pas si violent ; laisse vivre ce pendard : s’il vit, il pourra payer ; si tu le tues, ce sera toi qui paieras. D’ailleurs ces jeunes gens qui sont avec lui pourraient bien prendre son parti ; et , quand cela n’arriverait pas, sonvicns-loi que c’est un grand spadassin avec qui tn n’aurois pas trop beau jeu. De demandeur que tu es, ne te rends pas défendeur. Ayant donc connu la folie que je voulois faire , en m’exposant à perdre tout le fruit de mon voyage par mon emportement , je m!cn retournai à l’bôlellerie pour prier mon
jjS GUZMAN D
hôte de me donner la connoissancc de quelque homme intelligent dans la procédure. U envoya chercher aussitôt un solliciteur de procès qui demeuroit dans son voisinage , et qui , pour un homme de son métier, avoit bien de l'honneur et de la probité, Je demandai d'abord à ce solliciteur s'il connoisaoit un certain Alexandre Bentivoglio, fils d’un avocat. 11 me répondit qu’il n’y avoit personne dans le territoire de Bologne qui ne connût le père et le fils. N Vies - vous pas , lui répliquai - je , de leurs parents ou de leurs amis! Non, Dieu merci, me repartit -il avec précipitation ; quoiqu’ils soient d’une condition plus relevée que la mienne, je serais bien fâché d’avoir des parents ou des amis de leur caractère,
A p lès avoir fait ces deux questions, ce nie semble assez prudemment , je racontai rhistoire du vol de mes coffres. Le solliciteur nt’écouta d’un grand sang-froid , et comme uu homme qui n’étoit point (lu tout surpris de ce qucje lui disois. II m’avoua nu'tnc que daus Bologne on étoit accoutumé à entendre les exploits du sieur Alexandre, qui n’en faisoit point d'autres qui ne fussent de la nature de celui dont je venois de par ier : mais je ne sais, continua-t-il, si, quand vous aurez intenté un procès à votre voleur, vous en serez plus avancé. Il a pour père un terrible mortel, qui s’est mis au-dessus des lois par la méchanceté de son esprit , et que tous les habitants de cette ville craignent comme le feu. Je vous conseillerais plutôt de faire (varier secrètement à ce redoutable père , qui peut-être aimera mieux en venir à un accommodement que de souffrir que cette affaire éclate '■ c'est le meilleur moyen dont vous puissiez vous servir pour rattraper une partie de ce que vous avez perdu. Je répandis au solliciteur que j’étois fort de son avis ; et qu'outre l'aversion que j’avois pour Us procès , je jugeois bien que je ne gagnerais pas grand’chose à poursuivre un voleur qui se trouvoit fils d’un homme pareil à celui qu'il venoit de ine dépeindre. Je le pressai ensuite de se charger de celte commission lui-même ; et comme il lémniguoit de la répugnance à se mêler d’une affaire désagréable à l’avocat Bemivogljo, je Itfi promis une bonne récompense s’il pouvoit réussir. Il ne put tenir contre cette promesse , et sur-lc-champ il eut le courage d’aller chez le père du sieur Alexandre.
Mon solliciteur ne tarda pas à revenir. Il avoit l’air si peu content, qu’il ne nie fut pas difficile de deviner qu’il avoit perdu sa peine. Aossi me dit-il que le superbe avocat l'aroit fort mal reçu ; qu’au lieu de vouloir s'accommoder , il avoit pris au point d’homieur la proposition qu'on lui en avoit faite; qu'il s’eu teuoil tellement offensé, qu'il
AI.FABACHE.
semblent qucje fusse le voleur et son fils ,1e volé ; et qu’enfin il avoit vomi feu et flamme contre moi. Je me déterminai doue, puisqu'on m’y forroit, à implorer le secours de la justice. Le solliciteur me pria de l’excuser s'il refusoit do m’étre de quelque utilité daus cette affaire , attendu que le père de ma partie l'avoit mcuacé de l'envoyer à 1 l'hôpital arec toute sa famille , s'il apprenoit qu'il me rendit directement ou indirectement le moindre service. Du moins, lui dis-je, enseignez-moi le nom et la demeure de quelque bon jurisconsulte. 11 balançoit à me faire ce plaisir, tant il craignoit les Bcnlivoglio; mais remarquant que je tirais de l’argent de ma poche pour payer les pas qu'il avoit faits pour moi, il me nomma un avocat très-habile , honnête homme même , et de plus , ennemi secret de mes parties , en me suppliant de ne dire à personne qu’il me l’eût iudiqué.
J’allai trouver cet avocat, J qui je Gs aussi un détail du vol fait à Sienne. Il prit la parole lorsque j j’eus achevé de parler. Toute la viiic de Bologne, me dit-il , sait déjà celte aventure. Alexandre est revenu chargé d’habils qu'il a fait ajuster à sa taille , et qu’il dit av oir gagnés à Home à un jeune Espagnol. Personne n’ignore à quel jeu. Ne perdez pas de temps , ajouta-t-il ; (toussez vigoureusement cette affaire : je ne doute pas qu’on ne sons rende justice . quelques mouvements que le père Bcnlivoglio puisse se donner pour qu'on vous la refuse. Je dis à mon avocat que je le conjurais de prendre mes intérêts en main ; que j’avois ouï vanter ses lumières et son intégrité; que j’étois convaincu qu’il u'oublicroit rien de tout ce qu’il falloit faire pour que je n’eusse pas lieu de me repentir d’être venu à Bologne. Il me répondit qu'il y alloit travailler fort sérieusement ; que je n’avois qu’à faire uu petit tour en ville , et revenir chez lui dans trois heures. Je n'y manquai pas; et il me montra effectivement une requête bien dressée. Mon affaire y étoit exposée eu beaux termes, et si clairement que j'en fus très-satisfait.
Nous allâmes tous deux la présenter au magistrat qu'on appelle et oyttor det torron, l’auditeur de la tour; c’est le juge ou le lieutenantcriminel. Plus j'observois mou avocat , et plus je m’apcrcevois qu’il s’y portait de bonne grâce , autant pour soutenir mou droit que pour chagriner son confrère Bcnlivoglio. Mais soit que celui-ci eût été averti de mou dessein par le solliciteur, soit qu’il fût grand ami de l'auditeur et du greffier , je n'eus pas sitôt donné ma requête qu’il en fut informé, et qu’il porta plainte contre moi I devant le même juge, disant que j'atlaquois la ! réputation de son fils et dilTamois sa maison ; et imu-sculcmcnt il prétendoit que je lui fisse répa- I ration d’honneur, il demandoit encore que je
CHANTRE Vn.
fusse condamné à une peine afflictive. Ce n’est ! rien que cela , me dit mon avocat : si Benlivoglio n’a pas d’autre plat de sa façon à nous servir, nous devons peu le craindre. Nous ferons réponse à ses plaintes, quand l’auditeur aura répondu à notre requête. Ce que ce juge fit , de quelle manière, grand Dieu 1 en ordonnant que dans trois jours, pour tout délai , je produirais mes preuves du vol dont j’accusois le seigneur Alexandre Benlivoglio.
Quand j'aurais envoyé en poste un homme à Sienne pour y lever les informations qui y avoient été faites, il n’auroit pu être de retour à Bologne en si peu de temps. M. l’auditeur nepouvoit l’ignorer, puisque j’avois allégué dans ma requête que c’étoitdc Sienne que j’attendois nies plus fortes preuves. Mon avocat , pour pousser ce juge, lui remontra, par une seconde requête, qu’il éloit contre l’usage de prescrire un temps au demandeur : et par là du moins il espérait obtenir un terme plus raisonnable ; il fut trompé dans son attente. Ne pouvant plus , après cela , douter de la lionne intelligence qui régnoit entre l’auditeur et l’homme de bien à qui j’avois affaire, il me dit, en rougissant de honte de l’injustice effroyable qu’on me faisoit dans son pays : Je n’ai plus d’autre conseil à vous donner que de vous éloigner de cette ville ; il n’v fait pas bon pour vous. Je ne vois que trop, par le tour malin qu’on vous a joué, que vous n’y feriez que perdre du temps, de la peine et de l’argent : eucore ne sais-je, continua-t-il en branlant la tête, si vous en seriez quitte à si bon marché. Vous êtes étranger ; et l’on croit ici que tout est permis contre les personnes d’une autre nation que rilaltenne.
Cela n’est pas possible, rarécriai-je d’un ton qui ne découvrait que trop l’agitation de mon âme. Sommes-nous donc ici chez des barbares? Encore parmi les barbares, me répondit-il, on suit les lois naturelles ; au lieu que dans cc pays-ci l’on n’en connoît aucune. Je vous le répète eucore, poursuivit-il, mon avis est que vous ne vous arrêtiez pas plus long-temps dans cet endroit du monde, où les priueipaux officiers de justice sont si peu scrupuleux, qu’ils peuvent faire passer un coupable pour un innocent , et traiter un innocent comme un coupable. Je promis à mou avocat que dès le jour suivant je ne manquerais pas de faire ce qu’il me conseilloil. Je le remerciai des peines et des soins qu’il avoit bien voulu prendre pour moi, et je tirai ma bourse jKiur le payer grassement ; mais il me déclara qu’il ne recevrait rien. Vous avez assez perdu , me dit-il. Si j’acceplois quelque argent de vous, je croirais mériter d’être confondu avec ceux dont vous avez sujet de vous plaindre. D’ailleurs, je veux qu’en quittant le séjour de
Bologne , vous soyez persuadé que , si les fripons y fourmillent, il ue laisse pas d’y avoir quelques honnêtes gens.
Je m’en retournai chez moi plein d’estime pour mon avocat, Je trouvai Sayavedra , qui n’étoit pas sans inquiétude ; il craignoit qu’à la fiu je ne le sacrifiasse pour ravoir mes effets. Véritablement je n’arais qu’à le produire en justice , je faisois cesser les chicanes du vieux Bentivoglio. Je n’étois pas capable d'une pareille trahison ; je lui avois pardonné la sienne, et il me servoit avec un zèle qui ne me permet toit plus de me souvenir du passé. Je lui dis que notre procès étoit fini, quoiqu’il n’eût pas encore été jugé, et que nous n’avions qu’a chercher fortune ailleurs; quejevoulois partir pour Milan le lendemain dès la pointe du jour; qu’il n’avoit qu’à retenir des chevaux de louage et tout mettre en état pour notre départ. A peine cus-je donné ccs ordres à Sayavedra, qu’il entra dans l’iiùtelierie une troupe de sergents et de rccors, métier que le diable aurait honte de faire. Ils vinrent à moi d'abord qu’ils m’aperçurent, et me saisissant brusquement au collet , ils me conduisirent en prison. J'eus beau leur demander quel crime j’avois commis pour être traité si indignement, ils ne me répondirent autre chose, sinon qu’on me le dirait en temps et lieu. On me le dit en effet : j’appris que c’étoit pour avoir été volé; et que je serais bien heureux si je ne sortois de prison que pour aller aux galères ; que monsieur l’avocat Bentivoglio , pour punir l'insoleuce que j’avois eue de me plaindre de son fils, et de présenter deux requêtes , qu’on devoit regarder comme des libelles diffamatoires contre la noblesse de sa race , et en particulier contre le seigneur Alexandre, dont tout le monde connoissoit les bonnes moeurs, avoit obtcuu de la justice de monsieur l’auditeur uuc permission de me faire arrêter, en attendant qu’on me fît subir un châtiment convenable à ma témérité.
C’est cc que contenuii une longue feuille de papier qu’on me fit lire, et que je ne lus pas sans lever cent fois les yeux et les mains au ciel , au grand plaisir de mes sergents et du geôlier , qui étoient présents, et qui noient sous cape, Dieu j sait de quoi I Je fus là deux ou trois jours sans j voir personne que le concierge , ses valets et scs servantes, qui m’insultoient de gaîté de cœur, cl se faisaient un* jeu de mes souffrances. Cc lieu me parut un vrai tableau de l’enfer ; j’y serais mort I de faim si je n’eossc pas eu de l’argent. On juge bien que je payois fort cher tout ce que j’élois obligé d’acheter pour vivre ; encore falloil-il en rendre grâce au geôlier, qui, par un excès de bonté, venoit me tenir compagnie et manger les deux tiers de cc qu’on m’appoi toit ; après quoi il
Digi
iih‘ disoit effrontément qu’il ne faisoit pas cet I honneur aux autres prisonniers.
Sayavcdra, qui, pour les raisons que j’ai dites, ! n’osoit paroltrc en ville et solliciter pour moi, faisoit agir mon hôte. Celui-ci , touché de compassion de me voir si injustement persécuté, alla trouver mon avocat , pour l’engager à ne me point abandonner à la malice de mes ennemis. L’avocat, homme charitable et généreux , indigné de la ty- j rannic qu’on exerçoit au mépris des lois sur un étranger sans appui, entreprit de me servir encore , et de me tirer du moins des griffes de ces voleurs. Il faut savoir de quelle façon il en vint à bout. Pour prévenir un jugement ignominieux qu’on étoit sur le point de rendre contre moi , il me conseilla de souscrire à un accommodement qui me fut pro|x*é de la part de mes parties , et que je n’ai garde ici de passer sous silence. Ils ine firent signer une déclaration en bonne forme comme je reconnoissois le seigneur Alexandre Bentivoglio pour un gentilhomme plein d’honneur et d’une vie irréprochable ; que je lui demandois pardon de l’avoir injustement accusé d’une mauvaise action, ce que je confessois n’avoir fait qu’à I ta sollicitation de ses ennemis; enfin, qne jen’avois aucun sujet de me plaindre de lui , et que je le priois de m’accorder son amitié.
Voilà le beau tempérament qu’on trouva pour accommoder les parties. Je n’eus pas plus tut signé cette déclaration contre mon honneur et ma conscience, que je fus élargi. Que n’aurois-jc pas écrit! que u’aurois-je pas fait pour sortir de prison! Ceux qui savent ce què c’est que d’y être m’excuseront bien d’avoir, pour rattraper ma liberté, reconnu un voleur pour honnête homme. J’aurais, je crois, fait le contraire s’il eût fallu. Je repris le chemin de rhôtellerie , où Sayavcdra étoit dans de mortelles alarmes : il ne savoit si tous les mouvements qu’un homme de bien comme mon avocat {KMirroit se donner , et le bruit scandaleux que mon emprisonnement faisoit dans la ville , seroient capables de me tirer du labyrinthe où je me trou vois engagé. Ce cher confident fut d’autant plus ravi de me voir libre, qu’il s’y , altcndoil moins. Tous les messieurs qui logeoienl j dans rhôtellerie étoient prêts à se mettre à table pour dîner ; aussitôt qu’ils me virent arriver , iis vinrent m’embrasser, en me félicitant sur ma ' sortie de prison. ILs me témoignèrent la part : qu’ils avoient prise à mon malheur. Pendant tout : le repas . on ne s’entretint que de mes juges, et ! chacun en fit un éloge digne d'eux. Pour moi, je ! n’en parlai qu’avec beaucoup de retenue, de peur de quelque nouvel acculent.