CHAPITRE I
et que j’eus étudié le génie de ses habitauts , ils me parurent si déniaisés, que je perdis espérance d’y faire fortune. Je fis quelques coups de si peu d’importance, que vous me dispenserez pour mon honneur de vous les rapporter. Je vous dirai même qu’au dernier de ces misérables tours, je pensai être pris sur le fait ; ce qui fut cause que je sortis brusquement de Rome. Je jugeai à propos de parcourir l’Italie pour la bien connoître , et je dépensai tout inon argent en menant cette vie errante. Enfin, étant à Bologne, le hasard me fit faire connoissance avec Alexandre Bcntivoglio, qui me reçut dans sa petite troupe. C’est un garçon fort subtil et né pour la profession dont il se mêle. Sa coutume est de sortir de temps en temps de son pays natal , pour aller tantôt dans une ville et tantôt dans une autre chercher des dupes ; et quand il a fait quelque bon coup de filet , il retourne à Bologne, comme si de rien n’étoit, et il
| est là fort eu sûreté. Je l’ai accompagné dans quelques-unes de scs courses ; et je travaillois à Rome,
| sous ses ordres , le jour que je rencontrai votre seigneurie persécutée par la canaille. Je vous allai voir chez votre ambassadeur : vous eûtes l’iuiprui dence d’étaler devaut moi toutes vos nippcS, et de me conter toutes vos affaires; j’en rendis compte , au capitaine Alexandre , qui sur mou rapport ,
’ imagina le tour que nous vous jouâmes. Cette ac- ; tion m’est toujours présente, poursuivit-il; et Texl irême regret que j’en ai sera éternellement nourri par les bontés que vous avez pour moi.
Sayavedra Huit son histoire en cet endroit. Après quoi ses diverses aventures devinrent le sujet de nos entretiens sur la roule jusqu'à Milan, | où nous arrivâmes tous deux gais et gaillards , avec une disposition prochaine à nous emparer du 1 bien d’autrui.