‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 438 sur 734 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

presque nu ; il courait les rues en disant à tous ceux qui voulotcni l’entendre qu’il étoit fils de votre père ; et ce gueux , qui avoit bien l’air de ce qu’il étoit , se flatloit que quelqu’un de nos |>arcnts seroit assez crédule pour le croire sur sa parole, et assez bon pour avoir pitié de sa misère. Je le cherchai dans l’intention de nous venger tous du déshonneur qu’il nous faisoit , et j’eus le bonheur de le rencontrer. Je l’attirai chez moi par des paroles douces, et surtout par la promesse que je lui fis de lui donner dès le lendemain la connoissance d’un homme qui ne manquerait pas de lui rendre service. Lorsqu’il fut dans ma maison , je le questionnai , et je jugeai bien , par ses réponses , que c’étoit un petit pendard ; aussi paya-t-il le tout ensemble : je m’aperçus qu’il mourait de faim ; je l'envoyai coucher sans souper dans un magnifique appartement , où il fut berné toute la nuit par de grands diables masqués , qui lui en donnèrent de toutes les façons.

En parlant de cette sorte , ce méchant vieillard rioit de toute sa force , tandis qu’au fond de mon âme je sentois que ce récit et le plaisir qu’il prenoit à le faire me meltoienl en fureur. Néanmoins je dissimulai, et riant du bout des dents, je lui dis que je trouvois cette aventure fort plaisante. Je suis seulement fâché d’une chose, reprit mon oncle, c’est qu’il disparut le matin et qu’il court encore. Je voudrais avoir poussé la vengeance plus loin , pour mieux punir ce misérable d’avoir osé se dire de nos parents. A ce sentiment génois je changeai de matière, et un quart d’heure après ce maudit barbon se leva pour s’en aller : je l’accompagnai jusqu’à la porte de la rue , en lui faisant tous les honneurs dus au frère aîné de mon père.

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