I.FARACHE
dira en conscience ce que celle chaîne vaut. Mon écuyer ne tarda pas à revenir. Je lui demandai combien l'orfèvre 1a prisoit. Six cent cinquante écus, me répondit Sayavedra. Hé bien, lui répliquai-je, tu n'as qu'à retourner chez lui pour le prier de me prêter six cents écus sur ce gage, tpie je retirerai dans trois jours , eu lui pay ant ce qu’il lui plaira pour l'intérêt. Quoique honnête homme , dit mon cousin , il n'aura pas honte de prendre trois pour cent pour trois jours comme pour six mois, disant quo c’est la même chose pour lui. Je sais bien fâché, continua-t-il, de n’êtrc pas à l’heure qu’il est en argent comptant ; mais je comtois un homme de bien qui sc contentera de deux pour cent.
Cet homme de bien étoil lui-même, qui, malgré l’espérance. d’avoir mou bénéfice pour rien, étoil bien aise de souffler ce petit profit à l’orfèvre. Je ne laissai pas de témoigner à ce bon cousin qu’il me ferait plaisir de se charger de cette affaire. Ce n’est pas , lui dis-je , que je manque d’espèces , comme vous le pouvez voir. En même temps je lirai de mes poches deux grandes bourses pleines de pistoics , que je lui montrai. C’est uniquenieut par précaution que je mets nu chaîne en gage,: on jouera gros jeu aux noces de mou ami le colonel, je n'aime point à me trouver court d'argeut. Mon cousin nt’assura que dans deux heures au plustardies six cents écusseruicntchezmoj. Alors prenant la cassette des mains de .Sayavedra , je l'ouvris un instant , pour faire remarquer à mon parent que la chaîne y étoil , ensuite l’ayant refermée, je la livrai à son vaiel, qui m'apporta une heure après les six cents écus. Malheureusement pour le cousin, mon majordome , en rapportant de cbex l’orfèvre la cassette sous son manteau, en avoit adroitement tiré la chaîne d’or, et mis l'autre à sa place.
Le soir Favello vint sonper avec moi. Il me dit qu’il étoil temps que je fisse le coup que je méditois, et qu’il falloit que le lendemain j’allasse coucher à son bord . attendu que les galères dévoient partir le jour d’après au lever de l’aurore. Cela suffit, lui répondis-je ; mes affaires seroutfaites en moins de vingt-quatre heures, et je ne manquerai pas de me rendre à votre galère demain au soir. De votre côté, envoyez, s’il vous plaît, chercher mes coffres vers la nuit par vos gens ; mon départ en sera plus secret. Le capitaine me le promit, et prit congé de moi peu die temps après le repas , pour aller donner quctquesordrcsimporunts pour lui. Nous passâmes presque toute la journée suivante à tout disposer pour notre embarquement. Nous serrâmes nos meilleures hardes dans nos deux plus grands coffres , et nous remplîmes de guenilles les deux pareils à ceux que mon très-
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honoré oncle conscrvoit précieusement dans sou cabinet, lin quart d'heure avant la nuit, quatre hommes qui servoient dans la galère de Favello , vinrent de la part de cet officier enlever les deux grands coffres. Nous laissâmes les deux autres dans rhêtelleric pour le paiement de l’hôte , à qui je fis dire, par mon majordome, de n’étre point en peine de moi ; que j’allois souper ce soir-là chez un colonel de mes amis, oh je pourrois jouer, et passer ta nuit tout entière. Nons gagnâmes enfin le port et la galère de notre capitaine, lequel m'attendent avec beaucoup d’inquiétude. 11 me demanda d'abord des nouvelles de mon affaire d'honneur, de suis content , lui répondis-je d’un atr gai ; tout s'est passé comme je le désirais, d’en ai une extrême joie, me dit-il ; car je vous avouerai que j'étois fort inquiet, l’événement des entreprises étant toujours incertain.
Cet officier m’avoit fait préparer une petite chambre dans laquelle il me fit entrer, et où je trouvai mes deux coffres rangés, avec une table couverte de mets délicats. Nous nous y assîmes; et , après avoir bien soupé , nous nous couchâmes pour preitdre quelque repos ; mais il nous fut impossible de dormir. Les soins divers dont Favello étoit chargé agiloient ses esprits, et la crainte qui troubioit les miens ne me laissoit pas un moment de tranquillité, de mourais de peur qu’un maudit vent contraire ne nons retint dans le port , et ne donnât à mes parents tout le loisir d’étre informés de ma fuite , et d’obtenir un ordre du sénat pour me faire arrêter. Cependant mes alarmes furent vaines. A la pointe du jour , j’eutendis un brait qui m’annonça le départ des galères, de regardai par le trou de ma chambre, et j’aperçus avec plaisir toutes les chiourmes qui commencèrent à ramer jusqu’à ce qoe nous fussions hors du port. Alors, profitant du vent, qui ne pouvoit être plus favorable qu’il i’étoit, nous mimes à la voile, et fîmes bien du chemin en peu de temps.