‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 446 sur 734 · CHAPITRE I. 5G · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. 5G

animé par les éloges qui m’étoient assurés à la fin de ce monastère vient de me dire tout à l'heure <le chaque couplet , il me prit une si grande fureur que cette jeune veuve , qui n'arriva hier dans cette de chanter, qu’une chanson n’attendoit pas i’au- abbaye qu’une heure ou deux avant vous , doit s'en tre. De leur cûté les dames , et particulièrement retourner cette après-midi, la séculière, emportées par le plaisir de m’enten- Je poussai un profond soupir en entendant prodre , ne soogeoient à rien moins qu’à se retirer, noncer le mot de veuve : il me rappela le souvenir quoiqu’il fût déjà plus de minuit. Je crois qne le de celle de Florence. Je crus d'abord que je soujour nous aurait surpris dans ce parloir , si l’ab- pirois encore pour elle ; mais à parler sincèrement bosse, pour garder le décorum de la vie monas- je semis bientôt que mon cœur, moins occupé du tique, n’eût jugé à propos de mettre fin à un passe- passé que du présent , s'étoit rendu aux charmes temps si contraire au recueillement intérieur, en de la veuve de Saragosse. Il n'y eut plus moyen reprochant aux religieuses qu'elles abusoient de d’en douter, lorsque je la revis au parloir, où ma complaisance. Ce cavalier, leur dit-elle, doit l’abbesse, après l’office, m’envoya prier de me être fatigué. D’ailleurs il faut conserver quelque rendre. J’v parus avec toute ma bonne humeur chose pour demain : il ne partira pas , je pense , du soir précédent. Je n’y retrouvai pas toutes les sans que noos ayons la satisfaction de le revoir, religieuses que j’y avois vues ; il n’y en avoit alors C’étoit honnêtement me faire taire. Au fond de que Irais avec l’abbesse , et le bel objet de mon l’àmc j’en fus ravi ; et donnant le bon soir à la cotu- nouvel amour. La conversation ne tarda guère à pagnic, je joignis le portier , qui m’attendoit à la devenir galante et badine ; elle s’échauffa , et l’arporte du parloir pour me conduire à l’appartement rivée de quelques dames des plus éveillées du couqui m’émit destiné. vent ne la refroidit point. Ma veuve , qui étoit très-

Jc ne fuspaspeu étonné en y entrant d'y trouver spirituelle, y mettoit beaucoup du sien , et Dieu mes valets, qu’on avoit eu soin d'envoyer cher- sait si j’applaudissois à chaque trait d’esprit qui cher avec mon bagage , et de régaler comme moi ; lui échappoit. Elle remarquoit bien que j’étois fort j’appris même que mes trois mules n’avoient pas content de ce qu’elle disoit , etqueje la distinguois été oubliées, et que grâce à la belle voix de leur des autres personnes de la compagnie ; comme de maître , elles avoient , dans les écories du couvent, moo côté, je m’apcrccvois que cela lui faisoit quelde la litière jusqu’au ventre. La chambre où je que plaisir.

couchai occupa long-temps mes regards ; elle me Nous étions tons bien en train de rire , quand parut riche et modeste tout ensemble. Il y avoit on vint dire à madame l’abbesse que don Antonio danslesamenblements, quoiqu’ils fussent simples, de Miras alloit paraître au parloir; ce qui combla un air de grandeur qui faisoit mépriser le luxe, et dejoiecctledamc;carc’étoit ce cher neveu qu'elle mon lit sembloit avoir été préparé pour l’arehevi'- avoit envie que la belle venve épousât. 11 avoit été que de Saragosse. M’étant mis entre deux draps averti dès le soir précédent, par sa bonne tante , des plus fins , je dis à mes gens qu’ils pouvoient que dona l.ucia ( ainsi se noinmoit la dame «Vualler se reposer où le portier les mèueroil ; mais j liùrc ) étoit dans celle abbaye, et il n’avoit eu j'appelai auparavant te muletier , comme le moins garde de négliger une occasion si favorable de faire sot, et je le chargeai de s’informer adroitement sa cour à une personne dont il souhaitoit fort d’éqni étoit celte dame séculière que j’avois vue avec tre l’époux. Le portrait que mon muletier m’avoit madame l’abbesse. 11 s’acquitta bien de cet emploi, fait de ce jeune gentilhomme n’étoit nullement Monsieur, me dit-il le lendemain matin à mon le- flatté. Je n’ai jamais vu de cavalier si beau : la ver, j’ai parlé à un laquais de la personne que vous femme la plus vaine de sa heauté se serait fait honavc2 envie de connoltre , et il m’a conté sans façon ncur d’avoir son visage. Ajoutez à cela qu’il étoit toutes les affaires de cette dame. C’est une veuve, I parfaitement bien fait , et qu’il avoit tout l’air d’un m’a-t-il dit, très-riche, et d’une des plus nobles enfant de qualité. Son habillement, dont j’admirai familles de Saragosse. Elle a plusieurs galants qui la richesse et le goût, relevoil encore sa bonne la recherchent , et , entre antres , un neven de mine. Je crois que je serais mort de jalousie en madame l'abbesse , nn garçon de vingt-deux ans ; voyant sa figure, si d’ailleurs je n’eusse pas été tout au plus , fait à peindre , et anssi beau que le prévenu que c’était un sot. Mais cette pensée me jour. C’est dommage que ce n’est qu’une béte ; soutint contre des avantages si redoutables, et je sans cela il conviendrait fort à ma maîtresse , qui j fis une remarque qni acheva de me donner le couest une femme d’esprit , et qui ne l'aime guère, rage de disputer à ce rival le cœur de dona Lucia : on je suis bien trompé. Cependant madame l’ab- je m’aperçus que cette dame , bien loin de tenioiliesse, qui chérit beaucoup ce benêt, voudrait que gner quelque joie quand il arriva, le vit d'un œil ce mariage se fit. Voilà, monsieur, poursuivit le assez indifférent, et répondit avec beaucoup de muletier, ce que j'ai tiré du laquais ; et le portier froideur à ses civilités.

Don Antonio et moi nous nous regardâmes d’abord comme de jeunes coqs : néanmoins, voulant faire connoi.ssance avec lui , je l’accablai d’honnêtetés; et je lui tins des discours si obligeants, que je le contraignis à s’humaniser avec moi ; en moins d’une heure de temps nous devînmes fort bons amis. Lorsqu’il fallut dîner , l’abbesse fit dresser 1 deux tables dans le parloir, l’une en dehors pour son neveu et pour moi , et l’autre en dedans pour les dames. Le repas , qui pouvoit entrer en comparaison avec ceux des plus grands seigneurs , fut assaisonné de bons mots et de quelques contes qui I (‘gavèrent fort la compagnie. Plus de la moitié de l'après-dinéc se passa encore très-agréablement : rnlin je parlai, je chantai, je ris, je montrai que j’étois homme à tout faire; aussi les religieuses, quoique accoutumées à recevoir des visites de cavaliers, m’avouèrent qu’elles n’en avoieot jamais vu un qui les eût tant diverties. Cependant l’heure de nous séparer approeboit : il étoit temps que la 1 belle veuve partît jiour s’en retourner à Saragosse, si elle y vouloit arriver avant la nuit. I lie prit congé de madame l'abbesse et de ses religieuses, et monta dans sa litière, qui l’ailendoit à la porte. Mon dessein étant d’accompagner celte dame, j’avois fait préparer mon équipage, je m’élançai promptement sur ma mule qui ne faisoit pas une trop bonne figure auprès du coursier de don Antonio. Outre que ce jeune gentilhomme avoit un des plus beaux chevaux d’Es|iagne , il savoit bien le manier : il lui faisoit faire cent passades de ?a meilleure grâce du inonde. J’étois furieusement mortifié de ne pouvoir l’imiter avec ma mule pa- > eifique cl sans école ; je ne laissai pas toutefois d’es- ' sayer de la mettre sur les voiles, mais ce fut seulement pour réjouir les dames, qui nous ohservoientde leurs fenêtres.

Nous nous emparâmes, mon rival et moi, des deux côtés de la litière, pour entretenir en che- : min doua Lucia. Nous commençâmes , ou , pour , mieux dire, je commençai h lier conversation avec J elle; car le jeunq Miras y eut si peu de part , que t ce n’est pas la peine d’en parler. Il se conleiiloit de sc tenir droit sur son cheval en bandant le jar- i ret comme un atadémisle qu’il étoit, laissant aux agréments de sa personne le soin de prévenir en sa faveur. Connoissant don Antonio pour un petit génie , j’aurois encore été plus sot que lui si je n'eusse pas profilé de cette connoissancc. Lucie m’en offrit une occasion, que je ne mamjuai pas de saisir , elle me demanda si je me propo.-ois d’être long-temps à Saragosse. Cela dépendra du plaisir que j'y aurai, lui répondis-je : si quelque cliose que je désire arrivoit, j'y ferois un long séjour. J’accompagnai ces paroles d’un si tendre regard , qu’elle n’eut pas besoin, pour îü’euleudrc, que je

m’expliquasse plus clairement. Elle pénétra si bien le sens de ma réponse, qu’elle en rougit toutà-coup; et je crus lire dans scs yeux qu’elle ne s’en trou voit point offensée. Je fus fort content de moi d’avoir hasardé cette déclaration , puisqu’elle ne lui étoit point désagréable , et de l’avoir faite impunément devant Miras , pour qui elle n’avoit été qu’une énigme.

Je m’étonnois , sans en rien témoigner à Lucie, de voir une jeune et charmante personne comme elle sur le grand chemin , à pins d’une lieue de Saragosse, et sans autre suite qu’une duègne , un laquais et un muletier. Je ue sa vois pas encore les privilèges que les veuves ont dans ce pavs-là , où elles jouissent d’une grande liberté. Cependant, lorsqu’elles voyagent avec une si foible escorte , elles s’exposent à rencontrer ce qu’elles ne chcrchcat pas. Dona Lucia , quoique accompagnée de deux cavaliers et de scs gens , ne laissa pas d’ètre effrayée d’une petite aventure qui nous arriva sur la route. Nous avions déjà fait la moitié de notre chemin, que nous aperçûmes devant nous un superbe coursier dont l’allure étoit semblable à celle de Bayard ou de Bridedor , et qui , s’avançant vers nous au petit galop, élevoit une si épaisse poussière autour de lui , que nous ne pûmes d’abord bien discerner le cavalier qui le montoit : mais sitôt que nous pûmes le remarquer , je m’imaginai voir Roland le furieux , tant il avoit l’air fier et guerrier.

Lorsqu’il fut à dix ou douze pas de nous , il s’arrêta pour me regarder. L’air étrange de mon habit le frappa , et il me sembla plus surpris encore de l'honneur que j 'a vois de parler à la belle veuve , que de là nouveauté de mon habillement. C’étoit un des soupirants de celte dame, et celui de tous qui se flattoit le plus de l’obtenir : il comptoit que l’opinion qu’il s’imaginoit que tout le monde avoit de sa bravoure le déferait de ses rivaux. Nous voyant donc, moi d’un côté et don Antonio de l’autre, il donna des éperons à son cheval , et , le poussant avec fureur entre Miras et Lucie, il pensa renverser en même temps ce jeune cavalier et la litière. La dame fut épouvantée de celte brutale action; puis se mettant en colère contre le matamore , elle lui dit que le chemin étoit assez large pour le dispenser de faire des extravagances pareilles, et d’insulter des personnes qui raériloient qu’il eût | des égards pour clics. Il fit des excuses à Lucie de très-mauvaise grâce , ou plutôt d'un ton raili leur et plus insolent que l’action même.

Miras , piqué de l'affront reçu , mit dans sou ! premier mouvement la main sur un de scs pis- 1 tolets, et ne le tira pourtant pas du fourreau, soit I qu’il craignît de manquer son coup , soit qw>

CiUriTRE I.

par un excès de respect pour sa maîtresse , il n’osât en venir à un combat qui lui auroit fait grand’pcur. J'eus pitié de ce cavalier, et je me sentis une tentation violente de prendre son parti, jugeant que le spadassin auquel il avoit affaire u’étoit qu'un fanfaron ; néanmoins je fis réflexion que je pouvois me tromper : et d’ailleurs, considérant que la partie intéressée ne se soucioil guère de se venger, je ne fus point assez fou pour épouser sa querelle , qui par conséquent n'eut aucune suite. Tout ce que je pus faire pour lui , fut de le prier de passer de mon côté , et de lui céder ma place , qu’il accepta volontiers , sans s’embarrasser de paraître lâche aux yeux même de Lucie, en abandonnant par crainte le côté qu'il occupoit. Le cavalier qui faisoil tant le rodomont se nommoit don Luc de Ribera. 11 avoit appris que la belle veuve étoit partie le soir précédent pour aller coucher au monastère dont j’ai parlé, et qu’elle en devoit revenir ce jour-là. Il étoit sorti de la ville , sachant bien qu'il la rencontrerait , dans l'intention de la ramener et de lui servir d'escorte.

Dès que ce fier-à-bras vit que don Antonio quittoil son poste , au lieu de songer à le conserver , il s’en saisit brusquement, et se prépara d’un air victorieux à s'entretenir avec la dame , qui trompa son attente ; car pour le mortifier elle ne répondit pas un mot à tout ce qu’il lui put dire. Elle ne daigna pas même le regarder une seule fois : elle affecta d’avoir toujours la vue attachée sur Miras et sur moi, et de ne parler qu’à nous. C'est ainsi que nous arrivâmes à Saragosso , et que nous conduisîmes dona I.ucia jusque chez elle. Cette dame me remercia de l'honneur que je lui avois fait ; et me dit qu’elle espérait que cette ville auroit assez de charmes pour m’arrêter du moins quelque temps. A l’égard de ses deux autres conducteurs , elle fit moins de façons avec eux ; elle ne paya leur peine que de deux révérences fort sèches. Je 11e dis rien à l'orgueilleux don Luc en me séparant de lui ; mais pour don Antonio , je lui fis mille honnêtetés auxquelles il se montra si sensible, qu'il voulut absolument m’accompagner jusqu'à l'An gc , fameuse hôtellerie que j’avois remarquée en entrant dans la ville , et où j’avois dit à mes gens d’aller descendre avec mon bagage. Là, Miras prit congé de moi dans dis termes qui me persuadèrent que , bien loin de me soupçonner d’élrc son rival , il inc croyoit un de ses meilleurs amis.

Je trouvai dans rhôtelleric mon valet et mon muletier occupés à me faire préparer un appartement fort propre, oit je soupai à mon petit couvert. L’hôte , qui étoit un de ces mauvais

plaisants qui sont remplis de jeux de mots et de quolibets , vint me saluer et me tenir compagnie , s’imaginant que je serais enchanté de son entretien. 11 commença par me conter tout ce qui se passoit dans la ville , dont il me vanta les privilèges, sans oublier la hauteur avec laquelle les habitants les soutenoient. Je l’écoutai d’autant plus patiemment , qu’en disant mille impertinences, il lui échappoit de temps en temps de bonnes choses, d’excellents traits de satire , ce qui est assez ordiuairc aux babillards. U cessa pourtant , lorsque j’eus soupé , de me fatiguer de scs discours ; il me fit la révérence, et voulut se retirer. Attendez , lui dis-je , mon ami ; je vous prie de me faire venir demain matin un habile tailleur, je veux lui donner de la besogne. En chargeant mon hôlc de cette commission, c’é- ' toit lui fournir une nouvelle matière de parler. Aussi prit-il occasion de là de tomber sur les tailleurs, et de m’en dire tout le mal qu’on en dit ordinairement ; néanmoins , après les avoir déchirés en général , il finit en m'assurant qu'il en connoissoit un qui avoit des mœurs, qui sc contentoit de scs façons, sans escamoter le moindre morceau de drap, et qui me servirait bien.

Il me tint parole. Il vint à mon lever se présenter de sa part un tailleur qui me parut I fort raisonnable et bien entendu. Je lui commandai un habit à l’espagnole de la manière j que je le souhailois. Il approuva fort mes idées là-dessus , me dit en s’en allant qu’il les sui- ! vroit exactement , et que dans trois jours il ! m’apporterait un babil des plus riches , et d’un ! goût si galant, que tout le monde l'admircroit. En attendant , je inc servis de mon babil à l'italienne que j’avois acheté à Florence , et qui me fit assez d'honneur au Coso, qui est le cours où se promènent à Saragossc toutes les personnes de distinction. Du moins je parus sans bonté parmi les amants de dona Lucia ; mais sitôt que j’eus mon habit neuf, je les effaçai tous par son éclat et par le brillant de quelques-unes de mes pierreries, dont je m’avisai de me parer. On me regarda bientôt comme un homme amoureux de celte dame , dont véritablement je m’attirai l’attention. Soit que je l'accompagnasse à la promenade , soit que je passasse sous sou balcon , elle me «listiii— guoit de tous mes rivaux. L'orgueilleux don Luc souffrait impatiemment cette préféreuce , et les regards qu'il me lançoit étoient pleins de fureur.

: Je vivons avec les autres en assez bonne intelligence , surtout avec Miras , qui ne inc qoittoit presque point , et qui me procurait tous les plaisirs qu’il pouvoir , en me faisant faire con- : uoissancc avec les plus honnêtes gens de la ville, i Je me vovois donc estimé et honoré à Sara-

870 r.UZMAM D'AUABAO.HE.

gosse , a je n’étois guère moins bien avec Lucie gnards à son service ; (pie je suis prêt 1 me que je Parois été arec ma veuve de Florence , battre contre lni en chemise , pour ériler Unité lorsqu'on matin mon ralet Tint me dire qu’nn supercherie : point de cotte de mailles, les réricaralier étoit à la porte de ma chambre , et tables braies ne s’en servent pas en combat demandoit 1 me parler. J’étois encore an lit, singulier. Que don Luc se règle là-dessus , et et m’imaginant que c’étoit quelque ami de don qu’il sache que, pour mériter le cour de Lucie, Antonio, je répondis qu’il pouvoit entrer. Je ne je suis homme à braver toutes sortes de périls; fus pas peu surpris quand j'aperçus le personnage voilà quelle est ma réponse. Donnei-la-moi par qui s étoit fait annoncer : c’étoit un grand homme écrit , répondit le porteur du billet ; je suis de fort mauvaise mine, et que je n’avois point bien aise que le régulier don Lue soit assuré encore vu. 11 portoit nne moustache retroussée , que j’ai (ait mon message en cavalier d'honneur, un chapeau dont b forme haute et pointue tou- Pour rameuter ce brave messager , je prb la choit presque au plafond, avec nne longue rapière, peine d'écrire ce que je venois de loi dire de dont il affectait de baisser b poignée par-devant rive vois. Il emporta donc ma réponse, en me pour en relever h pointe par derrière, eu serrant promettant de revenir l’après-midi avec nn autre les épaules, et en marchant si pesamment , que billet qui réglerait l’heure et le lieu du combat, ma chambre uembloit à chaque pas que faisoit Quand ce drôle m'eut quitté, je m’applaudis de cet olibrius. | m’être si bien tiré de cette seine : quoique je

Tu crois sans doute qn’après une entrée si n'ensse guère d’envie de me battre , j'étois ravi fanfaronne il m’adressa quelques discours or- d'avoir payé d’audace ; et c’est ainsi qu’il en faut gueillem , c’est ce qui te trompe ; il se mit à user. 11 arrive quelquefois qu’on fait peur anx parcourir ma chambre d’un bout à Fautre sans autres par une fausse fermeté. Au pis aller, mes dire mot , se contentant de jeter sur moi des j mules étaient prêtes , et je savois parfaitement regards menaçants. Je me lassai enfin de souffrir | faire des retraites. 11 est vrai que j'aurais eu ses bravades muettes ; je me levai brusquement, bien de U peine à m’éloigner de dona Lucia; et m’éunt saisi de mes deux pistolets , je lui mais je ne l’aimois point encore assez , pour demandai ce qu’il avoit à me dire. Mon action , l»lancer entre elle et b conservation de ma peà ce qu’il me sembla , rabattit sa fierté. Con- tiàc personne.

noissez-vous, s’écria-t-i! d’un air troublé, le Celte affaire ne laissait pas de me causer vaillanlissimc don Luc de Ribcra , la fleur des quelque inquiétude , et j’en amis l’esprit tout chevaliers aragouaisî Je répondis que je le cou- occupé . lorsque l’hôte, sans que je m’en apernoissois de vue , mais qu'il m’importait peu de russe , entra dans ma chambre pour me dole connoître ou non. Je viens , reprit-il en me mander si je voulois dîner ; et voyant qu’après présentant un papier plié en forme de lettre , m’élrc mouché je regardois dans mon mouchoir, vous tramer de sa part ; ce billet vous dira le il s’écria d'un ton de voix fort élevé : Ab ! monrestc. Je pris le billet d’un air assez tranquille, sieur, prenez garde à vous ! Je tressaillis à ce m’apercevant que le porteur étoit plus effrayé que paroles, qui dans le trouble où j'étois déjà ne moi ; et l’ayaiit ouvert , j’y lus ces paroles : manquèrent pas de m 'épouvanter. Je crus que

• Qui que vous soyez , Italien ou Espagnol , 1 c’était l’impétueux don Luc qui veuoit m’assasvous êtes bien audacieux de venir dans ce pays siner ; et tont-à-coup frappé de cette image , je nous disputer le coeur de nos dames. Cependant, parus si effrayé , que l’hôte ne put s'empêcher de comme nous vous croyons étranger, nous voulons rire de ma terreur panique. Scs ris me remireut excuser une si grande témérité, à condition que un peu; et ne lui sachant pas trop bon gré d'une dans vingt - quatre heures vous serez hors de pareille surprise , je lui eu fis des reproches ; ce Saragossc. Que si votre mauvais génie vous fait qui fut pour lui un nouveau sujet de se réjouir à mépriser noire ressentiment, préparez vos armes mes dépens. Pourquoi, me dit-il, avez-vous repour vous défendre contre don Eue de Ribera , gardé dans votre mouchoir après vous être mouque personne jusqu’ici n’a pu vaincre ; et dont ché ? Cette action vous rend digne d'entrer dans il faut que vous soyez vainqueur pour parvenir la confrérie des fnnocents , et vous devez paver à la possession de dona Lucia. » ; l’amende, suivant les lois établies contre les soties

Je ne fus point étonné de ce compliment, coutumes du monde. Alors faisant réflexion qne J ’avois pressenti , en ouvrant le billet , qu’étant l’hôte étoit un original qui ne cherchait qu'à se de don Luc , il ne pouvoit contenir qu’un ap- divertir, j’entrai de bonne grâce dans la plaisanpel ou quelque chose d’approchant. Monsieur, | (crie, et lui demandai de combien étoit ramenée, dis-je au porteur, dites au cavalier qui vous ; Elle est arbitraire, inc répondit-il. et, si vous envoie, qu’italien ou Espagnol . j’ai deux poi- I voulez, il ne sous en coûtera qu'une féale, Js

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