‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 447 sur 734 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

b lui donnai sur-le-cliamp : j’en aurais volontiers payé vingt, et n’avoir pas eu h frayeur que le bourreau m'avoit causée. Oh ça, reprit-il, je vous reçois dés ce moment au nombre des confrères , et je promets de vous délivrer une décharge , en vertu de quoi vous serez à couvert de toute poursuite, quelques sottises pareilles qu’il vous arrive de faire.

B faut, poursuivit-il, lorsque vous aurez dîné, que, pour votre récréation, je vous fasse lire mon sottisier; puisque pour votre réale vous êtes entré dans la grande confrérie des Innocents, il est juste que vous en sachiez les mystères. Je ne faisois que rire de tous ses discours, dans la pensée que c’étoit son humeur bouffonne qui les lui inspirait. Néanmoins je ne fus pas hors de table, qu’il me fit voir une pancarte scellée d’un sceau de cire jaune , où étoient écrits , me dit-il , les noms des anciens et principaux confrères. La première page étoit ornée d’une estampe, qui représentoit un maître d’école qui donnoit des leçons à des enfants, et on lisoit ces mots tout autour : A C école des Innocents. Les pages suivantes contenoient toutes les sottises dont il falloit faire quelques-unes pour mériter l’honnenr d’occuper une place dans b société. Je ne t’en rapporterai seulement que cinq ou six, qui suffiront pour te donner une idée juste de ce bel outrage ; et je supprimerai le reste pour t'épargner la lecture d'une infinité de fadaises qu’il renfermoit Voici donc les articles que tune trouveras pas mauvais que je te cite, quoiqu’ils ne valent guère mieux que les autres : « Nous . déclarons dignes d’entrer dans b confrérie des Innocents ceux qui ont les mauvaises habitudes suivantes ; Celui qui parle seul , soit dans une chambre , soit dans les rues ; celui qui , jouant i la boule, court après la sienne, et fait des contorsions pour l’obliger à rouler à son gré ; ceux qui ne découvrent leurs cartes que lentement l’une après l’autre, comme s’ils croyoient avoir par là celles qu’ils souhaitent ; ceux qui, entendant sonner l’horloge , demandent quelle heure il est; ceux qui, attendant avec impatience un valet qu’ils ont envoyé faire quelque commission , se mettent aux fenêtres, s’imaginant, par celte actiou, qu’ils hâteront son retour; celui qui, s’étant mouché, regarde daus son mouchoir, comme s’il y devoit trouver des perles, etc. »

J'employai une partie de l’après-dlnéc à lire celle pancarte extravagante, en attendant des nouvelles de don Luc, pour prendre là-dessus mes mesures. Je commcnçois à m’ennuyer au logis, et je me disposois à m’aller promener lorsque don Anlouio et quelques-uns de ses amis arrivèrent. Ils nie dirent qu’ils venoient m’offrir leurs services dans l’affaire d’honneur que j’avois sur les |

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