‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 475 sur 734 · CHAPITRE VII. C · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. C

même du crime épouvante? Connoissez mieux doua Louise. Si, sans pouvoir s’en défendre , elle eide à l’amour qu’elle a pour vous, ne pensez pas qu’elle ait envie de le satisfaire aux dépens de sa vertu. Vous le dirai-je! elle s’est déterminée à tous épouser.

Je fus un peu ému de ces dernières paroles. Sage et discrète Rodriguez, répliquai-je à la vieille suivante, quand madame voudrait m’honorer de sa main, ses parents ne traverseraient-ils pas ce mariage? Dona Louise , me repartit la vieille , est maîtresse de ses actions. Outre cela , vous êtes, ce me semble, de race noble; et d’ailleurs elle prétend se marier si secrètement, que personne n’en sache rien. Quand je vis que ina veuve étoit assez folle pour vouloir pousser les choses si loin , je ne crus pas devoir être assez fou pour m’y opposer. Je priai Rodriguez de remercier de ma part sa maîtresse de ses bonnes intentions pour moi , et de l’assurer que j’étois disposé à y répondre.

Je donnai à la soubrette le temps de rendre compte de cet entretien à Dona Louise, après quoi j’allai lui confirmer moi-même le rapport qu’elle devoit lui avoir fait. Madame, dis-je à ma tendre veuve en me jetant à ses genoux , est-il passible que vous ayez laissé tomber vos regards sur un homme si peu digne de vous posséder 1 Je n’ose qu’en tremblant y ajouter foi. Ne me blâmez pas vous-même, répondit la dame, de ce que je veux faire pour vous. Lorsque je ferme les yeux sur ce qu’il y a de plus répréhensible dans mon desseiu , est-ce à vous à me les ouvrir ! Profitez de ma foiblesse, au lieu de la condamner. Ce que Rodriguez vous a dit est véritable ; vous m’avez plu ; et bientôt un mariage secret joindra nos destinées, pourvu que vous soyez aussi sensible que vous devez l’étrc à mes bontés.

Ah ! madame , repris-jc en baisant avec transport une de ses mains sèches, croyez-vous qu’nn homme qui a des sentiments puisse payer d’ingratitude le sort agréable que vous lui réservez? Non, non. soyez bien persuadée que ma reconnoissance égalera l’excès de mon bonheur.

J’accompagnai ces paroles d’un air et d’un ton des plus séduisants ; je fis le passionné ; mais s’il y avoit de l’art dans mes démonstrations, il y avoit aussi du naturel. Je me senlois si pénétré des bontés de la dame, que mes veux déjà commençoient à faire grâce à sa vieillesse.

Page 1