‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 497 sur 734 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Del nouvelle* conquêtes que tlona Francise* fit à Cor» doue. Elle devient infidèle à son premier nmnnt , pour suivre un prétendu valet du commandeur , el part pour Grenade.

Comme nous ne pouvions faire à Cordoue qu'une figure très-modeste, étant aussi mal dans nos affaires que nous l’étions , nous nous mîmes en chambre garnie, et nous commençâmes à vivre avec, beaucoup de circonspection. Nous sortions le matin pour aller à l’église , et nous passions au logis le reste de la journée , sans -chercher à faire des conuoissances. Damiana s’imaginoit qu'une vie si retirée se ferait remarquer, et nous attirerait quelque visite utile. L’événement justifia sa conjecture.

Inc vieille femme, nommée la dame Camille, proprement habillée , nous vint voir un jour. Mesdames , nous dit-elle, vous voulez bien qu’une voisine, qui juge à votre air que vous êtes de trèshonnêtes gens, vienne vous témoigner l’envie qu’elle a de lier avec vous un petit commerce d’amitié. Nous lui répondîmes poliment qu’elle nous faisoit honneur et plaisir. Ensuite nous eûmes une conversation qui roula sur les mœurs de Cordoue. Il n’y a pas de ville au monde, nous dit celte dame, où la galanterie soit plus à la mode. Les hommes ! y sont galants jusque dans leur vieillesse ; avec | cela, galants et généreux jusqu’à la prodigalité. Là- ’ dessus elle nous raconta maintes histoires de filles j étrangères qui y avoient fait fortune : ce que nous I écoutâmes avec line attention qui lui fil assez voir

que nous trouvions scs récits intéressants. Mais si vue ; et nous reconnûmes, au portrait qu'elle nous elle s’aperçut que nous mordions à la grapjve , nous fit de lui , que nous ne nous étions point trompées, remarquâmes, de notre côté, que b voisine avoit Ce seigneur, ajouta-t-elle , est déjà fort épris de toute la mine d’être une intrigante. dona Francisco. Qu’elle a l’air noble ! m’a-t-il dit.

Nous n'avions pas tort de porter d’elle ce juge- Que son air est majestueux! Si la beauté de son meut. C’étoil une faiseuse de mariages clandestins, visage répond à cela, voilà une personne que j’aiet qui surtout savoir unir des barbons avec des mi- merai toute ma vie. Là-dessus il m’a fait les plus heures, et des veuves surannées avec des adoles- vives instances pour lui procurer le plaisir d’avoir cents; c’étoit là son fort. Dés la première fois que | avec elle an moment d’entretien. Je le lai ai proiiotis la revîmes, elle offrit ses talents et ses servi- ! mis, et je dois ce soir vous l’amener ici et s à ma tante, en lui disant en particulier quelle | A ces derniers mots, Dainiana, s’imaginant être avoit en main un parti très-avantageux pour moi : déjà en possession des revenus de la commanderic

c’est , ajouta-t-elle, le commandeur de Monteréal, de Monlcréal , ne put s’empêcher de bisser éclater de la maison de Fonseca. U n’est pas jeune, à la sa joie; et, pour ne vous rien celer, je la partavérité; mais, à cela près, il n’y a point de sci- geai avec elle : ce qui m’étoit d’autant plus pargneur plus aimable; il ii’y en a pas du moins qui donnablc, que nous commencions à tomber dans sache mieux aimer. D’ailleurs, je vous le donne la misère, ou , pour mieux dire, étant sans cesse pour un homme magnifique, et qui a un reveuu exhortée par ma fausse tante à mettre mes appas â considérable , puisque, sans parler de ses autres ! profit , il m’étoit impossible de ne pas devenir collions, sa commandent* lui rapporte dix mille éc us | quelle.

de rente. I Je me préparai donc à recevoir b visite du com-

Celle ouverture de cœur ne déplut point à ma mandeur. Je passai quelques heures à ma toilette tante, qui, ne demandant pas mieux que d’aider a à consulter mon miroir, et encore plus Damiaoa, plumer un oiseau d’un si riche plumage , entra qui prélendoit, ayant autrefois été galante, avoir sans façon dans les vues de b dame Camille ; et ces découvert des airs de visage v ictorieux. Mais je deux bonnes pièces se chargèrent , l’une de vanter puis vous assurer que je prenois des soins bien inities charmes au commandeur , l’autre de me dis- utiles , puisque , pour faire la conquête que je raéposer à le regarder d’un œil favorable. dilois, ou plutôt pour 1a conserver , je n’avois bê-

ta première fois que je vis ce vieux seigneur , soin que de me montrer telle que j’élois naturellece fut à l’église où j’étois avec Dainiana , qui , con- ment : ma jeunesse suffisoil pour enflammer un sidérant fort attentivement tous les cavaliers qui homme du caractère de ce vieux seigneur. D’anous environnaient, en démêla un qu’elle jugea bord qu’il me vit sans voile, il crut voir le ciel devoir être le commandeur. Elle me le fit remar- entr’ouvert. Il fit paroitre une extrême surprise : quer ; et je crus comme elle que c’étoil lui, au soin on eût dit qu'il n’avoit jamais rien vu de si beau, qu’il prenoit de me lancer de tendres œillades dont Ah ! Camille , s’écria-t-il comme par enthousiasjc ne perdois pas une, quoique j’affectasse de les me, en s'adressant à sa conductrice, vous ne m’aéviter toutes. J’examinai à b dérobée ce gabnt, ; ve* point surfait ! Que dis-je? vous m’avez rabaissé qui , s’éiant adonisé, me parut jeune encore , bien : les attraits de b divine Fraucisca, bien loin de tnc qu’il eût plus de soixante ans. ; les avoir exagérés. Qu’elle est aimable ! Quel bon-

Oue vous semble de notre commandeur? me dit ; beur peut égaler celui de la posséder ! ma tante quand nous fûmes retournées au logis. 1 Comme j’avois déjà les oreilles rebattues de disl’our moi, je ne le trouve |»s trop vieux pour iné- ! cours flatteurs, j’écoutai de sang-froid monsieur riter les regards d’une dame. Outre qu’il est bien le commandeur , qni , jugeant bien qu’il en falloit fait eucore, il a un air de propreté qui doit tenir tenir de plus intéressants pour arriver à son but', lieu de jeunesse. Qu’en dites-vous, belle Francis- ! poursuivit dans ces termes, en apostrophant Daca? Ne vous paroît-il pas digne de quelque coin- i miana: Madame, j’implore votre protection. Emplaisance? Oui, vraiment, lui répondis-je , il me ployez, de grâce, tout le pouvoir que vous avez semble encore de mise ; mais nous ne savons pas si sur votre nièce pour l’engager à souffrir mes soins, l'homme dont uous parlons est le commandeur de Je veux m’allaclier à elle, et changer la face de sa Monteréal. C’est ce que nous apprendrons bientôt, ; fortune, qui lit* me paroi l pas convenable à sou répliqua tua tante. Notre vieille voisine viendra j mérite.

nous voir aujourd’hui; elle nous dira si nous avons II s’arrêta dans cet endroit pour attendre ma pris le change. réponse; mais je bissai ma tante répondre pour

Véritablement, dès le même jour, la dame Ca- moi. Je ne mu contentai pas même île garder le mille vint au logis. Elle nous dit que le comman- silence, j’affectai de me montrer honteuse cl troudcui eu question avoit été à l’église ; qu’il m’y avoit bléc ; oc qui ne fit pas un mauvais effet. Dainiana

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