CHAPITRE XXlIf
Ce que fil doua Franc» sca après le départ do comte de Cantillana. Son mari et elle vont prendre posaesslon de leur ehâteau. Aventure singulière qui lui arrive, el quel amant lui fait la cour.
Voilà de quelle façon nous nous séparâmes, le comte et moi. Mauueb de son côté . presque dans le même temps , fut abandonnée de don Carde , les seigneurs n’étant pas plus constants les uns qoe les autres. Padul , sons prétexte d’aller voir un oncle malade à Badajoz. s’éloigna d'elle et de Grenade. Heureusement nous étions toutes deux bien nippées , et dans un âge à nous consoler de 1a perte de nos volages amants.
A peine noos eurent-ils quittées, qu’il s’en présenta d’aulres pour remplir leurs places; mais , outre que nous aurions été embarrassées sur le choix , les divisions qui régnoient dans la troupe augmentèrent â un point , qu’elles nous dégoûtèrent de b profession comique, et nous firent prendre b résolution d'y renoncer. Ma chère Manueb , dis-je à mon amie , je suis lasse de me donner en specbcle sur un théâtre, et de divertir le public. Je veux me retirer â mon château de Caralla , et faire b daine de paroisse. Puis-je me flatter que vous m’aimez assez pour vouloir m’accompagner?
Ce doute m’outrage , répondit Mauueb : vous savez que rien au monde ne m’est si cher que votre amitié; j'en serais indigne si je refusois d’aller partager avec vous les douceurs de votre retraite. Parlons . Francisca , partons : je suis prèle â vous sacrifier tous les galants de Grenade. Nous sortîmes donc l’une et l’autre de b troupe , aussi bien que Ibrtolomc , qui , préférant le rôle de seigneur de village à celui de prince de théâtre , nous conduisit volontiers â Caralb , où noos arrivâmes gaiement tous trois dans un bon carrosse acheté de nos propres deniers , ou si vous voulez de ceuz du comte. Une chaise, où éloient ma suivante et celle de Manucla. nous suivoit, avec six valets , qui menoient autant de mules chargées de notre bagage ; après quoi venoient notre cuisinier et le laquais de Bartolome. montés sur d’assez beaux chevaux ; ce qui couiposoit une suite digne de l'admiration des paysans et de l’envie des hidalgos.
Je ne trouvai point le château au-dessus de b description que mon uiari m’en avoii faite; mais il me parut bien bâti , bien meublé , et même aussi soigneusement entretenu que si le comte y eût fait sa résidence ordinaire. Je fus surtout frappée de la beauté des jardins et des vastes prairies qui s'étendent du côté du septentrion jusqu’aux bords du Guadakpiivir. Je ue considérai pas avec