CHAPITRE XXVI
Don Chérubin r« loger chez sa sœur. Des eonnnPsanees nouvelles qu'il y lit , et do l'extrême considération qu'ou eut pour lui lorsqu'on sut qu'il avoit l'honneur d’être frère de Basilisa. Don Audré recherche l'amitié de don Chérubin ; il l'arquiert. Raison pour laquelle il vouloit s’en faire un ami.
Il me fallut donc aller demeurer avec ma sœur et sa bonne amie, qui me donnèrent un petit appartement fort propre, qu’elles avoient de réserve dans leur maison. Dès le soir mente je me rendis chez elle avec don Manuel de l'cdrilla. Venez, lui
dis-je, mon ami, venez m’installer dans mon nouveau domicile , où je vous proteste que mon plus grand plaisir sera d’être à portée de vous servir auprès d’isménic. Je ne refuse pas vos bons offices, me répondit-il ; mais je ne sais si j’en serai plus heureux. Quoique Isménic paroisse avoir de tendres sentiments pour moi, elle ne veut pas meure le comble à mon bonheur. Je doute que votre amitié ait plus de pouvoir que ntoit amour.
11 vint ce soir-là souper chez les dames deux chevaliers de Saint-Jacques , qui me donnèrent mille accolades quand ils apprirent que j’étois frère de Basilisa. Mon gentilhomme, me disoit l’un, que je vous embrasse pour l’amour de votre charmante sœur. Voilà votre vivante image, madame, disoit l'autre à la veuve de Bartolome ; que vous devez avoir de joie de vous revoir tous deux ! Je prends part à votre satisfaction mutuelle
Ces discours ne Grent que précéder une infinité de compliments qu’il me fallut essuyer, et auxquels je répondis sur le ton, comme ou dit, de la bonne compagnie , pour montrer à ccs messieurs que je n'étuis pas embarrassé de ma contenance en pareille occasion. Aussi parurent-ils très-contents des échantillons que je leur laissai voir de mon esprit. Ils le furent encore davantage de quelques heureuses saillies qui m'échappèrent pendant le repas, et qu’ils relevèrent avec éloge.
Ces chevaliers, dont l’un se nommoit don Denis Langarulo, et l’autre don Antoine Peleador, avoient des figures et des caractères bien différents. Don Denis étuit un grand corps sec , et don Antoine un gros petit homme trapu. Le premier, pour trancher de l’érudit , ne parloit que des sciences ; et le second, faisant le guerrier, nou, faliguoitdc récits militaires. C’étoit à qui des deux nous ennuierait davantage. Aussitôt que l’un avoit rapporté un passage d’auteur , l'autre, prenant brusquement ia parole , enlainoil la relation d'un combat. Pendant ce temps-là , don Manuel et la belle Isménic se lançoicnt réciproquement des regards qui les consoloicnt des discours fastidieux de ces deux convives, ou plutôt qui les sauvoient de l'ennui de les entendre. Pour ma sœur et moi , nous eûmes la politesse de n’en perdre pas un mot , et même de paroilre y prendre beaucoup | de plaisir.
En récompense, lorsque ces messieurs se furent retirés, je ne les éparguai |ioiut. Si tous les cavaliers qui viennent chez vous, dis-je à ma sœur, ne sont pas plus amusants que ceux-ci, je ne crois pas qu’en quittant vos hidatgot de Caralla , vous ayez gagne au change. Il est vrai, dit Francisca, que voilà deux mortels assommants ; mais vous en verrez d’autres dont vous serez plus satisfait. Cependant je le fus encore moins de deux commis