CHAPITRE XXXIII
Du songe que fit don Chérubin, et du changement subit qui arriva dans sa fortune. Mécontentement qu'il reçoit des religieut. U devient un riebe héritier. Son inclination pour N&rcisa.
Je rêvai que j’étois dans la ville de Mexique, dans un superbe appartement, où je voyois mon frère don César en robe de chambre , assis dans un fauteuil , et dictant les articles de son testament à un notaire qui les écrivoit. Il y avoit auprès de lui un coffre-fort , d’où tirant des sacs remplis de pièces d’or, il me les montrait , en me disant : Tiens, don Chérubin, mon cher frère, voilà le fruit de mon voyage et des mouvements que je me suis donnés dans les Indes pour m’enrichir. Je te laisse en mourant tous ces biens ; ils sont h toi. Ensuite il me faisoit manier des doublons , que j’étois si aise de toucher, que je me réveillai de plaisir, croyant en tenir une poignée.
Ce songe fit une si forte impression sur moi que j’en fus tout ému à mon réveil. Au lieu de le regarder comme une chimère , je pensai sérieusement que c’étoit un secret avis que mon bon génie me donnoit de quelque bonheur prochain. Cela se peut, disois-jc : après toutes les histoires que j’ai oui conter là-dessus, je crois qu’il y a des songes mystérieux ; et si cela est, le mien en doit être un certainement. Mon frère est peut-être mort, et laisse après lui des richesses qui m’apj partiennent. Je fus surtout si frappé de celle idée, que, si j'eusse été bien en argent, j’aurais, je j crois, été assez fou pour aller recueillir sa succession dans la Nouvelle- Espagne. Enfin . sur la foi de ce songe, je me levai plein de joie; et pressentant une bonne fortune, j’alliii me promener dans la ville,