‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 520 sur 734 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

Don Chérubin se rend à Alcaras. Dans que) état il y trouva «Ion Manuel de Pedriila et dons Paula , sa «r«ir. l)e l'accueil qu'ils lui firent. Sou amour se renouvelle pour la soeur de don Manuel.

Après avoir été mal nourri , mal couché sur la roule , et m’élre fort ennuyé pendant six jours , j’arrivai à Alcaras. J’allai descendre clics Pedriila, qui crut voir un fantôme lorsque je parus devant lui. Est-ce une illusion? s’écria-l-il. Est-ce don Chérubin de la Ronda que je vois!

Oui, lui répondis-je, mon ami , c’est lui-même. C’est moi que vous avez laissé à Barcelonne sous un habit que ma foible vertu ne m'a pas permis de porter jusqu’au bout. En même temps, je lui contai de quelle façon ma ferveur s’étant ralentie, je u'avois pu achever mon noviciat. Et les moines, me dit-il , vous onl-ils du moins rendu une partie de l'argent que vous leur aviez donné en prenant le froc? Non , lui repartis-je, c’est de quoi il n’a 1 pas été question. Mais je serois content d’eux . s’ils n’eussent pas refusé de me prêter cinquante pistoies, que je leur demandai quelques jours

fortune. Tout ce que j’exige de votre reconnoissancc , c'est d’être persuadé que votre mauvaise situation ne lassera jamais mon amitié. Je dirai plus, je vous ai promis ma sœur, et je vous renouvelle cette promesse. Elle conserve encore les sentiments qu’elle avoit pour vous avant votre départ pour Barcelonne ; car ne vous imaginez pas que, pour l'avoir quittée, vous ayez perdu 1a place que vous occupiez dans son cœur : die a pleuré votre inconstance, sans se plaindre de vous.

Je ne pus entendre parler ainsi redrilla sans m'attendrir ; et le serrant étroitement entre mes bras: Ali! mon cher don Manuel, m'écriai-je , quel bonheur pour moi d'avoir un ami si parfait I et qu’il m’est doux d’apprendre que je puis encore aspirer à la possession de doua Paula! J’en ai d’aulant plus de joie, que je ne suis point dans ' l'état indigent que vous pensez. J'ai quatre-vingt mille écus à lui offrir avec ma foi. Est-il possible, interrompit don Manuel, que la fortune ait répandu tant de biens sur vous en si peu de temps ?

Alors je rendis compte à mou ami de ce qui m'étoit arrivé depuis ma sortie du couvent : et mon détail lui fit tant de plaisir, qu’il me conduisit aussitôt à l'appartement de sa sœur, à laquelle il dit en entrant tout transporté de joie : Grande, grande nouvelle! voici don Chérubin de la Ronda , qui revient à tous plus amoureux que jamais. Oui , madame , dis-je à dona Paula , l’amour me ramène à vos pieds. Le ciel, cornent des efforts que j’ai faits pour me détacher de vos charmes, vous renvoie. un amant qu’il n'a pas voulu vous enlever. Je vous pardonne ces eiîorls, me répondit-elle en souriant ; nu fierté n'en est point offensée , et je res|KXMe trop la cause de votre changement pour vous le reprocher.

Que vous êtes heureux l’un et l’autre ! s'écria mon ami. Vous touchez au moment qui va combler vos souhaits. Pour moi , misérable jouet de l’amour, j’ai perdu l'espérance de posséder dona Clara : je viens d'apprendre qu’elle a fait profes- 1 sion , et que la cruelle me laisse le pénible emploi de l’oublier. Don Chérubin , ajouta-t-il , vous ne vous attendiez pas à cette nouvelle ? Je U savois déjà , lui répondis-je. Mileno, que j’ai rencontré

après ma sortie. A ces mots, don Manuel luu&va à Séville, m’a tout dit. J’ai ressenti vivement vus

les épaules d’une manière qui valoil la plus vive I peines; mais j’espère qu’eu les partageant avec déclamation contre les moines. Souffrez, reprit-il j vous, j’aiderai à les adoucir, ensuite, que mon amitié vous reproche de ne | Je demeurai donc chargé de deux soins, de m’avoir pas mandé l’état où vous étiez : ne savez- consoler le frère , et de faire ma cour à la sœur, vous pas qu'entre Espagnols, c’est offenser un Je m’eu acquittai si bien, que je diminuai le ami que de ne pas recourir à lui quand on a be- chagrin de l’un , et que j'augmentai l'amour de

soin de sa bourse ou de son épée? l’autre. Il est vrai que si je redoublai les feux

Pour réparer votre faute , continua-t-il , vous de dona Paula , de son côté celte dame irrita les demeurerez toujours avec moi, et partagerez ma miens , et leur rendit leur première vivacité.

Jgk

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