CHAPITRE XXXVII
Par quel hasard don Chérubin apprenti des nouvelles de . dona Francisco , sa saur , el de quelle façon il en hit affecté. Il se marie A donc Paula. Honneurs qu'il reçoit.
Je passois fort agréablement le temps avec la plus brillante jeunesse d' Alcaraz , en attendant que je derinsse l'heureux époux de dona Paula , lorsque , étant un soir dans une des principales maisons de la ville, je vis arriver un grand homme 1 maigre, à qui la compagnie s’empressa de faire beaucoup de civilités. Je considérai ce cavalier , que je reconnus d’abord pour don Denis Langaruto, ce chevalier de Saint-Jacques que j’avois vu cite?, nia sœur a Madrid. Il me remit aussi ; et venant se jeter à mon cou : Le seigneur don Chérubin, me dit-il , veut bien que je l’embrasse ? Je suis ravi de le revoir. Pour ne pas demeurer en reste de politesse avec ce gentilhomme , je lui témoignai une joie égale à la sienne ; et Dieu sait pourtant a quel point celte rencontre nous éloit indifférente à tons les deux.
Nous soopames ensemble dans cette maison. Comme noos étions dix ou douze à table , la conversation ne pouvoit être toujours générale; chaque convive de temps en temps s’entretenoit tout bas avec son voisin. Ainsi , me trouvant auprès de don Denis , nous nous adressions souvent la parole a demi-voix de part et d’autre. Seigneur don Chérubin, me dit-il , j’ai pris , je vous assure, toute la part possible au triste accident qui est arrivé au mari de votre sœur, don Pedro Retorlillo. Je lui demandai d’un air surpris ce que c’étoit que cet accident. Comment donc , reprit-il , vous ignorez que don Pèdro, étant a la chasse il y a trois mois , tomba de cheval , et se blessa ; de façon qu’il ne vécut pas deux heures après sa chute 7 Voila ce que je ne savois pas , lui dis-je , et cela ne doit pas vous étonner : je suis brouillé avec ma sœur depuis son mariage avec don Pèdre , et nous avons rompu tout commerce ensemble. Mais , de grilce, ajoutai -je , seigneur don Denis , apprenez - moi si ce que vous venez de me dire est véritable. Vous n’en devez pas douter , répondit-il : ce malheur est arrivé a votre beau-frère auprès de Cuença , dans son château de Villardcsaz , où il s’étoit retiré avec sa femme , quelques jours après l’avoir épousée.
Je fus si ému de cette nouvelle . que j’en eus l’esprit tout occupé le reste de la soirée. Ma sœur , pour qui je ne croyois plus avoir que de l’indifférence , s'offrit a ma pensée d’one manière qui me fit sentir que je m’intéressois encore pour elle : la cause de notre brouilleric ne sub-