‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 524 sur 734 · S SALAMANQUE · texte numérisé non relu

S SALAMANQUE

m’empêcher de le croire , quoiqu’elle n’ait fait aucune mention de ce bâtard dans le récit de ses aventures : elle aura jugé â propos de supprimer cette circonstance , croyant par cette suppression rendre son histoire plus innocente. Puis, changeant de pensée : Peut-être au^si, ajoutois-je, que ce fils naturel est de quelque autre dame que Cl év illente aura séduite comme dona Francisca.

Pour savoir mieux à quoi m’en tenir en faisaut parler don Gregorio, je lui dis : Vous devez en effet être sensible à la perte d’une beauté si touchante : mais comment Lavez-vous perdue ? Vous a-t-elle quitté par inconstance, ou si vous lui avez donné sujet de se plaindre de vous? Hélas! me répondit-il tristement, je suis la cause de notre séparation. C’est ma faute, et c’est ce qui me rend inconsolable. Si dooa Francisca m’eût abandonné par légèreté , il y a long-temps que je l’aurois oubliée ; au lieu que, reconnoissant mon mauvais procédé à son égard, je ne puis l’ôtcr de mon souvenir. Je l’avoue, poursuivit-il , je ne puis imputer sa faute qu’à mes parjures. Quand je l’enlevai du couvent où elle étoit pensionnaire, je promis , je jurai que je l’épouserois ; et elle se rendit moins à la violence de mon amour qu’à ce serment. Cependant, loin de lui tenir parole, je l’amusai , je la trompai , et je lassai enfin sa patience. Après une année de séjour, elle s’échappa de ce château sans pouvoir être retenue par un enfant nouveau-né , qu’elle me laissa pour que sa vue me reprochât sans cesse ma perfidie et ma trahison.

Je fis, continua don Gregorio, chercher partout Francisca sitôt que je sus sa fuite; mais les personnes que je chargeai de ce soin s’en acquittèrent si mal, qu’elles n’en apprirent aucune nouvelle. Depuis ce temps-là, je ne suis pas tranquille : j’ai toujours Francisca dans l'esprit, et son image vengeresse me poursuit la nuit et le jour. Je crois la voir, je crois l’entendre , déplorant sa crédulité, sc répandre en imprécations contre moi. Peutêtre, dis-je à Clévillenle , ne vous la peignez-vous pas telle qu’elle est; peut-être que, n’accusant qu’elle-mêmc de son malheur, le souvenir de ses bontés pour vous ne lui arrache que des larmes. Peut-être enfin régnez-vous encore dans son cœur, malgré votre ingratitude.

Ah! si je lccroyois, s’écria-l-il, et que je susse où elle est, j’irois détester à ses pieds l’indigne traitement qu’elle a reçu de moi. Oui, j’irois la trouver, quand elle seroil au bout du monde. Vous n’auriez pas besoin , lui répliquai-je , de l'aller chercher si loin , si vous étiez effectivement dans la disposition d’expier, par un mariage, l'atteinte mortelle que vous avez portée à son honneur , et l’affront que vous avez fait à sa famille. Qu’cu-

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