‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 529 sur 734 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Nos trois voyageurs soupent avec doua Francis™ et dona lstneuia. Don Chérubin entrrtient particulièrement sa sœur. Elle épouse don Grésoxin, son premier amant. Dona lsmenia épouse aussi don Manuel de Pedrilte. Don Chérubin et don Manuel se retirent du château de Clévillente, et partent avec leura épouses pour Atcaraz. Convention qu’ils Cirent,

Ces deux pèlerins , qui ne s’ennuyoient pas avec leurs maîtresses, furent interrompus par l'arrivée d’un domestique qui vint avertir que le soupé étoit prêt. Là-dessus la veuve de don l’èdrc nous mena dans une salle où il y avoit une table couverte de toutes sortes de viandes bien apprêtées. A la vue d’un repas où régnoient l’abondance et la propreté, je me ressouvins du fromage et des ognoos que Glarin nous avoit apportés dans l’écurie. Je dis à Pedrilla : Beau-frère, voilà des mets qui valent bien ceux qui nous ont été présentés tantôt. Qu’en pensez- vous î

Cette réflexion excita un éclat de rire général , et nous mit tous en train de nous réjouir. Messieurs, nous dit Isméuic, sous votre habillement

C«J l.F. BACHELIER DF. SALAMANQUE.

nous vous avons pris pour (rois aventuriers, et t larmes. Francillo, lui dis-je, u'esl plus à plainnoos région* ici l'hospitalité sur la mine de nos dre. puisque le ciel rassemble ici ses parents, luttes ; mais des pèlerins tels que vous méritent i et que l'hymen va les unir tous deux : ils (lieront que nous les recevions comme d'honnêtes sens : son état . et par là ils donneront un nouveau

aussi sommes-nous, mon amie et nv>i, très-dispo- membre à la noblesse de Valence.

«èes à vous (aire un lion traitement. Je n'ai pas Après nous être entretenus assez long-temps besoin de vous le protester, ajoula-l-elle en re- de Francillo , nous parlâmes de la mort de don cardant avec un sourire mes deux compagnons. César, notre frère, et du riche héritage qn il vous devez déjà vous rn être aperçus. Enfin, no- avoit laisse*. Ma sceur (je lui dois celle justice), ire pèlerinage fit la madère de notre entretien au lieu de témoigner un avare regret de n’y avoir pendant le soupé, et nous fournit mille plaisante- point eu de part, fut assez généreuse pour m’en ries, qui nous amusèrent agréablement jusqu'au féliciter de bonne foi. Il est vrai qn étant encore milieu de U nuit. A lois plusieurs domestiques, "lieux que moi dans ses affaires . et sur le point qui iwrtoient des flambeaux, parurent pour nous d’épouser un gentilhomme opulent . elle devait conduire aux appartements qui nous avoienl été ''-Ire contente de sa fortune. Notre entretien lioit préparés : ainsi les trois pèlerins, au lieu de re- par <1<» questions quelle me fil sur mon inapreudre le chemin de l’écurie pour v coucher sur r'agê » et elle eut tout lien de juger , par mes la paille , allèrent se reposer, comme des inquisi- réponses , que je ne me repentons pas de m vire

leurs, dans des lits de duvet 1 iuar,t*-

la- lendemain . dans la matinée , ma smur Après celte conversation, jen eus une antre m’euvoya dire qu’elle vouloil avoir une conver- avcc don Gregorio , qui, sentant irriter de mosalion particulière avec moi. Je me rendis à son nient en moment son amour, parut fort impatient appartement , où m avant fait asseoir au chevet de posséder Francisco. Tandis que j’étots arec de son lit Mon frire,' me dit-elle, je suis cou- ce cavalier, don Manuel arriva. Je viens, nous tente de don Cngoriu : il se rcpenl de m’avoir dit-il, de quitter fswénic : j’en sms cncliaule ; offensée 11 en a, dil-il, depuis uix ans des re- | je imurs d’envie de joindre mon sort au sien, mords qui le suivent comme autant de furies. Il né bien, Messieurs, leur dis-je, puisque vous me cbcrchoit partout pour expier par le mariage j « amoureux, il faut hâter votre bonheur, son mauvais procédé. Il me retrouve, il m'offre , C’est un soin dont je me chargé- le vais trouver sa main et , plus épris de ma personne que ja- vos dames, et leur marquer l’impatience que vous mais, il me jure un éternel amour. Il a rallumé avez d’être unis avec elles : je doute fort qu’elles dans mon orur tous les feux qu’il x atoit fait aient la cruauté de vouloir vous faire languir dans naître à Carthagène, et j’acccplc sou offre avec celle attente. Véritablement . dès qu’elles virent transport. " que leurs anianLs se soumetloicnt de si bonne

J’applaudis à ce discours de ma sœur. Vous grâce au joug de Fhyménée, elles sc conformèfaites bien, lui dis-je; Clévillenle est votre pre- rent, sans hésiter, à leurs intentions, mier vainqueur ; et le gage de votre amour doit yuand je vis que les quatre parties intéressées vous le faire regarder comme un époux qui vous etoieni d accord , nous tînmes un grand conseil rejoint après avoir été long-temps séparé de vous. sur cc *lu d convenoit de faire , et il fut résolu Ces paroles firent rougir doua Krancisca , qui me (lur cc double mariage seroit célébré au château dit : Je crois, mon frère, que vous voudrez bien de Glévillentc, pour plus d une raison. Gela étant me pardonner de vous avoir fait un mystère de cc arrêté, nous fîmes venir de Cuença nos valets gage dont vous parlez ; lorsqu’une fille tendre ra- avec notre équipage , et nous uous préparâmes à conte son histoire, il ne faut pas trouver mauvais partir; cc que nous fûmes bientôt en état de faire, qu’elle en supprime quelque circonstance. Ah ! Nous quittâmes nos robes de pèlerins pour revrainient, lui répondis-je, nia chère sœur , je prendre nos babils de cavaliers ; et ma sœur, ayant vous le pardonne volontiers ; mais aussi qu’il me laissé au fermier le soin du château de Villard»*soit permis de vous entretenir aujourd’hui de saz , prit avec nous et tous ses domestiques !e Francillo. Il n’y a jamais eu d’enfant plus ai- chemin d’Alicante , où nous n’arrivâmes qu’au niable. Quand vous l’aurez vu . vous le plaindrez bout de huit jours, n’ayant pas voulu faire plus d’avoir été privé de vos caresses dans sa pre- de diligence , de peur d’incommoder nos dames. Hiière enfance , et vons avouerez qu’il mérite Nous ne nous arrêtâmes point dans cette ville, et bien que son père et sa mère le reconnoissent nous gagnâmes promptement le diâteau de Clépour leur légitime héritier. Enfin je plaidai si villcnte, où la veuve de don Pèdre , sc rappelaut bien la cause de mon neveu, que doua Kran- les cliagrins, ou peut-être les plaisirs qu’elle y cisca s'attendrit sur son sort jusqu'à verser des avoit eus, ne put retenir ses larmes, qui furent

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