‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 536 sur 734 · CHAPITRE XUV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XUV

courons plus après une personne qui s’esl rendue digne de votre haine. Retournons il Altaï az , où les seigneurs don Manuel et don Gregorio , vos beaux-frères, et, qui plus est, vos amis, vous aideront à la bannir de votre mémoire.

Ah! Tostoo, lui répondis-je, qu’oscs-tn me proposer? Tu devrais plutôt me conseiller de passer les colonnes d’Hercule , et d'aller au fond de l’ Afrique cacher ma honte et mon nom. Je sens une répugnance invincible à revoir le séjour d’Alcaraz, après le coup mortel que mon honneur y a reçu. J'aime mieux m’en écarter pour jamais , ou du moins pour quelques années. Hé bien , reprit-il , puisque vous vous faites une si grande peine d’aller retrouver vos amis , prenons donc un autre parti. Faisons le voyage des Indes occidentales. Après toutes les merveilles que j’ai oui raconter du Mexique , je serais bien aise que vous voulussiez voir ce pays charmant, qui mérite qu’on lui donne la préférence sur tous les climats du monde; un pays où règne , J ce qu’on dit , un éternel printemps ; où l’on ne voit presque point de malades; où les entrailles de la terre sont d'argent, et où dans mille endroits les rivières roulent leurs eaux sur un sable d’or. C’est là, mon cher patron, c’est là que vous devez aller. Tu m’en inspires l’envie, lui repartis-je, mon enfant. Je le veux bien, partons pour la Nouvelle-Espagne. C’en est fait, je me détermine A faire ce voyage. Peut-être me fera-t-il oublier plus facilement l’indigne sœur de don Manuel.

Je n’eus pas plus tôt formé celte résolution, qui véritablement étoit préférable à celle de m'obstiner A chercher une femme qui me fuyoit , que je me rendis à Cadix , où je n’attendis pas huit jours l’occasion de m’embarquer pour le Mexique. Je trouvai un navire marchand qui se préparait A mettre A la voile pour Vera-Cruz, et je me hâtai de profiter de celte commodité.

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