CHAPITRE XLV
d’honneur au comte de Celtes , je crois , entre nous, qu'il en est un peu redevable au seigneur don Juan de Salzedo, son premier secrétaire, qui est un homme de mérite, et sur lequel il a raison de se reposer des plus pénibles soins de la viceroyauté.
J’iuterronipis Tobie pour lui demander si don Juan de Salzedo, dont il parloil, n'avoit pas été employé dans les bureaux du duc d’L'zède. Oui, vraiment me répondit-il ; et il y seroit encore, si, depuis la mort de notre bon roi Philippe lit, le duc d’C zède n’eût point été exilé ; mais, immédiatement après la disgrâce de ce ministre, don Juan a quitté la cour pour venir trouver 1 Mexico le comte de Gelves , qui est de ses anciens amis, et dont il est plutdt le collègue que le secrétaire.
Je fus ravi d’appreudre, par cette nouvelle, que je semis à Mexico en pays de connoissancc ; car don Juan de Salzedo étoit ce même secrétaire qui m'avoit fait choisir pour aller porter à Naples des dépêches importantes au ducd'Ossonc, et qui avoit la mauvaise habitude de citer à tout propos des passages d’auteurs latins. Je dis au muletier que je connoissois ce don Juan de Salzedo, et même que je pouvais me vanter d’avoir autrefois été de ses amis. Ah ! seigneur gentilhomme, s’écria là-dessus maître Tobie avec beaucoup de vivacité, que vous êtos heureux d’avoir un ami de cette importance^! J’ignore ce qui vous amène à Mexico ; mais , dans quelque dessein que vous y puissiez venir, soyez sûr que vous réussirez , puisque vous connoissez un homme qui dispose de tous les emplois que le vice-roi peut donner, et qui , pour ainsi dire, est la cheville ouvrière du gouvernement.
Lorsque le muletier Tobie eut parlé de cette sorte du comte de Gelves et de son secrétaire, il se remit sur les agréments de Mexico. Quand vous aurez vu, nous dit-il, cette ville et ses environs, vous conviendrez que s'il y a quelque pays sur la terre qui soit comparable au paradis terrestre, c’est celui-là. L’Andalousie et la Lombardie, si vantées par les voyageurs, n’en approchent point ; et sur cela maître Tobie nous en lit une description assez intéressante , mais si longue , qu’elle n’étoit pas encore finie quand nous arrivâmes à Xalapa, première bourgade qu’on trouve sur le chemin ; et dans laquelle il y a une hôtellerie ordinairement bien pourvue de toutes sortes de prov isions.