CHAPITRE XLVHT
vice-roi ne Peul pas sitôt aperçu , qu’il alla audevant de lu:. Ils se retirèrent tous deux près d’une fenêtre, et se parlèrent près d’un quartd’hcurc eu particulier. Pendant ce temps-là, je fis une observation qui s’accordoit avec ce que m’avoit dit Tobie, et qui marquoit bien l'ascendant que Salzedo a voit sur l’esprit du comte : je ne sais de quoi il s’agissoit entre eux; mais il me sembla que son excellence écoutoit son secrétaire avec complaisance, et qu’elle applaudissoit à ses discours.
Je résolus de ne pas sortir du palais sans avoir 1 salué dou Juan. Dans ce dessein, j’allai l’attendre sur son passage dans l’antichambre, fort curieux de voir l’accueil qu’il me feroit. Je doutois qu’il reçût affectueusement un homme qui n’avoit pas voulu à Madrid profiter de ses bontés : je doutois même qn’il daignât me rcconooîtrc. Cependant ses yeux ne m’eurent pas plus tût démêlé dans la foule, qu’il s’approcha de moi, et m’adressant la parole d’un air riant : Je ne crois pas me tromper, me dit-il, vous êtes don Chérubin de la Honda. Je lui répondis que j’étois charmé qu’il se souvînt encore de moi. Je ne vous ai point banni de ma mémoire, me répliqua-t-il, tantùm ai/est! De votre côté, poursuivit-il, vous ne devez pas avoir oublié que je vous aimois en Espagne. Je me rap- I elle ce temps avec plaisir, et je sens renaître, en vous revoyant, toute l’amitié que j'avois pour vous.
Touché, pénétré de l’aiïection qu’il me léraoignoit, je voulus me répandre en discours rcconnoissants; mais il me coupa la parole, et me tirant à part : Don Chérubin , continua-t-il d’une voix basse, laissons-là les compliments ; vous savez bien que je suis homme réel, quoique j’aie été toute rua vie à la cour. Parlez-moi confidemment. Que venez-vous faire à Mexico? Je crois le deviner : au ri sacra famés , n’est-ce pas! Avouez-le moi hardiment. Je suis eu état de vous réconcilier avec la fortune si vous êtes brouillé avec elle. J’ouvris encore la bouche pour remercier le secrétaire de sa générosité, et il me La ferma une seconde fois en me disant : Je ne puis m’arrêter avec vous plus long-temps. J’ai des affaires pressantes qui m’occuperont le reste de la matinée. Venez me revoir tantôt , nous uous entretiendrons à loisir, t'aie.
En crachant ce mot latin, qu’il accompagna d’uue vive accolade, il me quittai pour aller travailler, me laissant transporté de joie de la réception qu’il venoit de me faire. Toutes les personnes qui en avoient été témoins, regardant Salzedo comme un vicc-roi en second, envièrent mon bonheur, et jugèrent que je devois être un Espagnol de distinction, puisque le seigucurdon Juan m’avoit fait l’honneur de m’embrasser. Mon hôte rn’cn fit
compliment, et en eut plus de considération pour moi.
A l’égard de Toston, il en étoit dans un ravis semeut inexprimable. Monsieur, me dit-il en nous en retournant à l’hôtellerie, n’étes-vous pas bien aise présentement d’étre venu aux Indes? Que ne devez-vous pas vous promettre de l’amitié du seigneur don Juan? Vous pouvez vous flatter que par son crédit Hé î quelles espérances, inter-
rompis-je, mon ami, veux-tu qne je conçoive? Tu sais que je suis assez riche pour devoir me contenter de ce que j’ai. Non, non, me répliqua-t-il : abondance de bien ne nuit pas. D’ailleurs , songez que vous avez une fille : vous ne sauriez amasser trop de richesses pour en faire une grande héri- | tière.