CHAPITRE LV
dicateur : j’observai que les auditeurs n’étoient touchés que de la beauté du style, et que l’orateur visoit moins au cœur qu’à l’esprit.
Quand le sermon fut fini , je me fis conduire à la chambre du père Cyrille, qui inc revit avec une surprise égale à celle qu’il in'aroit causée en se montrant dans la chaire. Nous nous embrassâmes tous deux avec affection. Monsieur le licencié , lui dis-je , grâce au ciel nous nous rencontrons donc encore une fois ; mais avouezque cette dernière rencontre est plus surprenante que les autres. Je ne me serois jamais attendu à vous retrouver sous l’habit d’un jacobin. Mon étonnement , répondit-il , est pareil au vôtre , et vous vous imaginez bien que je ne suis pas peu curieux d’apprendre ce que vous faites à Mexico. Je crois que vous ne l’étes pas moins de savoir comment je suis devenu moine, et, qui plus est, un prédicateur de la première volée. Il faut nous contenter sur l'un et l’autre. Mais remettons, s'il vous plaît , la partie à demain pour deux raisons : outre que je sois fatigué , j’ai un long récit à vous faire. Et inoi , lui dis-je, de mon côté j'ai une infinité de choses à vous raconter. Adieu , père Cyrille, reposez-vous. Nous nous reverrons demaiu.
Je quittai là-dcssus mon prédicateur ; et l’étant venu rejoindre le jour suivant l'après-midi, nous nous enfermâmes dans sa chambre , oh nous nous préparâmes à nous faire une confidence réciproque de ce qui uous étoit arrivé depuis notre dernière séparation. Je parlai le premier ;et persuadé que je pouvois tout dire à mon ami Carambola , je ne lui déguisai rien, lorsque j’eus ccsséde parler, il prit la parole à son tour, et me conta l’histoire de sa métamorphose avec la même sincérité.