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cl plus satisfaits que si “j’eusse parfaitement bien prêché.
l'n coup d’essai si malheureux ne me découragea point. Au contraire, pour réparer mon honneur, je m’armai d’audace, et trois mois après je remontai dans la même chaire d’où j’étois si désagréablement descendu. Ceux de mes auditeurs qui avoient été témoins du tour que ma mémoire ra’avoit joué la première fois , s’attendoient peut-être encore à me voir demeurer court , et à rire sur nouveaux frais à mes dépens; mais ils furent trompés dans leur attente : ma mémoire me fut fidèle , et je fus également applaudi. Que dis-je? on me trouva toutes les parties de l’orateur ; cl dès ce jour-là je fus mis en parallèle avec les plus fameux prédicateurs espagnols : ce qui prouve bien qu’on peut se mettre en réputation à peu de frais. Cela me fit redoubler mes efforts pour mériter les louanges qu’on me donnoit , et que, malgré mon amour-propre, je sentois bien que je ne mériiois 1 pas. Je composai d’autres sermons, dont mes au- j ditcurs furent si coutcnts, que mon nom deviut plus célèbre de jour en jour.
Je jouissois à Cadix de l’estime générale de ses habitants, lorsque le père Isidore reçut une lettre de l’Amérique. Le prieur de Saint-Jacques de j Guatimala le prioit de lui envoyer deux habiles prédicateurs pour soutenir la réputation de notre ordre en ce pays-là. Je souhaitai d’être un des saints ouvriers qu’on y demandoit : ce fut moins à la vérité par un zèle apostolique que par l’envie i qu’il me prit de voir ces belles régions conquises j par les armes espagnoles. Je puis dire que ce ne fut j pas sans répugnance que le père Isidore me per- ! mit d’aller aux Indes , n’ayant pas alors dans sa ] communauté de sujet qui me valût. Cependant il eut la bonté de se rendre à ma prière, à condition que je reviendrais on Espagne après quelques années.
Je sortis donc du port de Cadix avec le père Boniface de Tabara, qui me fut donné pour compagnon. Le vent nous fut toujours favorable jusqu’à la Havane, d’où nous primes la route de Carthagène ; de là nous nous rendîmes à Porto-Bello dans le temps de la foire . qui sans contredit doit passer pour la plus belle qu’il y ait au monde. Le concours prodigieux de marchauds d’Espagne et du Pérou, dont les uns viennent pour acheter, et les autres pour vendre des marcliandises, offre aux yeux un spectacle très-amusant. Pour moi, ce que je trouvai plus digne d’être regardé , fut le nombre de mulets que je vis arriver de Panama , chargés de barres et de lingots d’argent. Dans un seul jour, j’en comptai jusqu’à deux cents qui furent déchargés dans la place publique; ce qui composoit des monceaux de lingots qui réjouissaient la vue de messieurs les intéressés.