‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 571 sur 734 · chapitre utnr · texte numérisé non relu

chapitre utnr

Suite de cette glorieuse cipèdition. Du danger où se trouva le père Cyrille , et du sage parti qu'il prit de s'en tirer. Il se retire en son monastère. Il reçoit un ordre de son provincial d'aller prêcher à Mexico.

Une si vigoureuse exécution Gt grand bruit dans le pays. Les Indiens vérilabU'inent convertis ne la désapprouvèrent point ; mais les autres , eu beaucoup plus grand nombre, la considérant comme un sacrilège, qu'ils ne dévoient pas laisser impuni , tinrent entre eux un grand conseil, dans lequel il fut arrêté qu'une belle nuit ils m’assassineroicnl dans nu maison.

Toutes leurs mesures éloient déjà prises pour faire ce coup, et ma perte étoil infaillible, si le ciel ne s’en fût pas mêlé. Mais les desseins qu’il avoit sur moi intéressant sa bonté à ne me point abandonner, il permit que la veille du jour de l'expédition projetée je reçusse un billet anony me, par lequel on m’avertissoil du péril où j'étois, sans m’en laisser ignorer la moindre circonstance. Cet avis charitable me venoit d’une Indienne à qui l'un des conjurés avoit révélé la conspiration , et qui , quoique idolâtre, avoit préféré la vie d’un honnête homme à la vengeance de son idole.

Après avoir lu ce billet , qui me parut mériter mon attention, je Gs mon paquet, composé de tout mon argent , et , sans dire à mes domestiques un seul mot qui pût leur faire soupçonner mon dessein , je montai sur ma mute , et pris le chemin de Cuatimala , sans vouloir être accompagné que de mon ange gardien , qui , s'il me préserva de l’accident dont j’étois menacé, ne me garantit pas de la peur. Je regardai mille fois derrière moi pour voir si quelqu'un ne me |ioursuivoit point , et je fus enGii assez heureux |tour arriver sain et suit à notre monastère.

Je contai à notre prieur ma sainte prouesse, qu’il loua moins que ma fuite. Père Cyrille , me dit-il , pour vous consoler d’avoir manqoé la couronne de martyr que les idolâtres vous destinoient, j’ai nnc agréable nouvelle à vous annoncer. Il faut à Mexico un religieux de notre ordre qui ait le talent de ta prédication : les jésuites et les Cordeliers l’emportent actuellement sur nous dans celte ville- là. Nous y avons besoin d’un grand sujet pour les balancer, et nous avons jeté les yeux sur vous. Notre provincial , sur le rapport que je lui ai fait des applaudissements que vos sermons ont reçus à Cuatimala, veut vous envoyer à Mexico. J’étois sur le point de vous écrire par son ordre , et de vous rappeler de Petapa. Vous ne pouviez venir ici plus à propos.

Cette nouvelle me Gt d’autant plus de plaisir , que je souhaitois de voir Mexico ; et le père Cyrille ne se seutoit pas peu flatté du choix qu’on faisoit de lui pour aller dans celle belle yille disputer l'honneur de la cbâire à des rivaux si redoutables. Je me préparai donc à obéir au père provincial, qni, dans un entretien que nous eûmes ensemble axant mon départ , m’exhorta particulièrement à travailler pour soutenir par mes sermons la bonne renommée que les prédicateurs ! de notre ordre ont toujours eue dans les Indes.

| Ensuite sa révérence m'assura que mes travaux seraient un jour bien récompensés , et joignant à cette assurance une lettre qu’elle écrirait en ma faveur au père prieur de notre couvent de Mexico, elle me donna sa bénédiction, avec laquelle je pris le chemin de cette grande ville, J’avois pour guide \ un Indien qui connoissoit parfaitement la route, et qui eut l’adresse de me faire éviter la rencontre des nègres marrons qni habitent les montagnes, et détroussent les voyageurs. Sans lui ces honnêtes gens se seraient peut-être emparés de mes (limes et de la montre dn seigneur don François de Castro ; aussi je le payai fort grassement.

Étant arrivé à Mexico , j’allai saluer le pneur , qui se nomme le père Alhanase, et je lui remis la dépêche du provincial. Avant qu’il la décachetât, il la baisa três-rcspcctuensement. 11 la lut tout bas arec attention , et je remarquai qu’en la lisant il paroissoil surpris et satisfait. Père Cyrille, me dit-il après avoir achevé de la lire , quand ! celte lettre ne serait pas du révérend père provincial , elle coniient un si bel éloge de votre mérite , que je ne pourrais me dispenser de tous recevoir comme un homme envoyé du ciel pour conserver la gloire de notre ordre. Nous ne pou- | tons assez nous réjouir de votre arrivée ; car enfin.

1 poursuivit-il, les jésuites ont pris à Mexico le haut du pavé : c’est un fait constant. Mais j'espère I qu'ils nous le céderont bientôt : si l’on en croit

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