CHAPITRE LXXIIL
Don Chérubin étant arrivé à Madrid va voir le duc d'Otivarès , et lui fait un détail du soulèvement de Mexico. Comment ce premier ministre fut affecté de ce rapport , et des résolutions qui furent prises en conséquence dans le conseH de sa majesté catholique. Le vice-roi rentre triomphant dans son palais. Sa disgrâce- Il retourne à Madrid. Don Chérubin et sa famille le suivent.
Je n'eus pas plus tôt mis pied à terre à Cadix , que, me hâtant de traverser l’Andalousie et la Castille nouvelle, je fus bientôt à Madrid. Je volai d’abord chez le premier ministre, qui me donna audience dès que je lui eus fait annonce r mou ar-
rivée. Je lui remis lesdépêcues dont j’étois chargé. U les lut avec toute l'attention qu’elles mérit oient; et, voyant qne le comte de G cives lui mandoit que je pourrois l’instruire de toutes les circonstances de la sédition, il ne manqua pas de m’en demander un ample détail. Je lui obéis en homme qui étoit bien préparé. J’avouerai de bonne foi que dans ma relation je desservis autant que je le pus l’archevêque don Alonso. Je le peignis avec les couleurs les plus noires, et je finis mon récit en rejetant sur l’orgueil de ce prélat toute la faute de ce funeste événement
Le duc d’OIivarès lut en plein conseil la dépêche du comte de Gelves, et tout le monde trouva cette affaire très-importante. On jugea qu’il étoit absolument nécessaire de punir les plus coupables des séditieux, pour retenir dans le devoir les autres provinces de l’ Amérique, lesquelles, ne se voyant qu’à regret sous le joug espagnol , pourroient être tentées de suivre le mauvais exemple des Mexicains. Il fut arrêté dans le conseil qu'on enverrait à Mexico don Martin de Carillo, prêtre et inquisiteur de Yaliadolid , en qualité de commissaire , pour y faire les informations convenables, avec pouvoir de châtier rigoureusement j quelques-uns des principaux habitants, pour n’avoir pas couru au son de la trompette se ranger sous l’étendard royal. On y résolut aussi de changer les officiers de la clianccilcric , pour avoir laissé le vice-roi dans le péril , sans se donner le moindre mouvement pour l’en tirer.
A l’égard de l’archevêque don Alonso, il etn beau solliciter à la cour, personne dans le conseil ne voulut entreprendre sa défense, tant on trouva ; sa conduite digne de blâme. On le dépouilla même de son riche bénéfice, pour le faire évêque de Zamora, petit diocèse de quatre mille écus de rente. C’étoil en quelque façon devenir d’évêque mcû- • nier ; mais on trouvoil encore que la cour mar- | quoit assez de considération pour la maison de Zerna.
Le premier ministre, que la sédition des Mexicains inquiétoit , ne me retint pas long-temps à Madrid. Il me renvoya promptement avec une dépêche pour le vice-rai. Je retournai à Mexico avec don Martin de Carillo, dont l’arrivée répandit la terreur dans cette ville. Les citoyens pour la plupart se sentant coupables craignoient d’être punis. Tout le monde jugeoit que la cour vouloit faire un exemple, cl chacun trcmbloit pour lui ou pour ses amis; mais ils en furent quittes pour la peur. Don Martin les rassura , en leur déclarant de la part du rai que sa majesté, aimant mieux écouter sa clémence que sa justice, leur accordoit une amnistie générale.
Cette déclaration produisit un effet admirable.