SCÈNE II. 7X
le teint si beau que je pourrois m’y tromper d’une bonne vingtaine d’années.
MARINE
C’est-à-dire qu’elle a pour le moins cinquanle ans?
frontin.
Je le croirois bien , car elle en paroît trente.... ( A la baronne.) Mon maître donc, après avoir bien réfléchi , s’abandonne à la rage ; il demande ses pistolets.
la baronne à Marine.
Ses pistolets, Marine, ses pistolets!
MARINE
Il ne se tuera point, madame, il ne se tuera ; point.
frontin il la baronne.
Je lc9 lui refuse; aussitôt il tire brusquement son épée.
LA baronne à Marine.
Ah! il s’est blessé, Marine, assurément!
MARINE
Eh! non, non, Frontin l’en aura empêché. frontin à la baronne.
Oui Je me jette sur lui à corps perdu
« .Monsieur le chevalier, lui dis-je , qu’allez-vous ••faire? Vous passez les bornes de la douleur du «lansquenet. Si votre malheur vous fait haïr le «•jour, conservez-vous du moins, vivez pour votre ■«aimable baronne. Elle vous a jusqu'ici tiré géné- «rcusement de tous vos embarras ; et soyez sûr,
: » ai-je ajouté, seulement pour calmer sa fureur, » qu’elle ne vous laissera point dans celui-ci. » marine bas à la baronne .
j L’entcnd-il , le maraud !
frontin « la baronne.
! « U ne s’agit que de mille écus, une fois. M. Tur-
•» caret a l>on dos : il portera bien encore celte «* chargc-!5. »
LA baronne
Eh bien , Frontin ?
frontln.
Eb bien! madame, à ces mots, admirez le I pouvoir de: l’espérance, il s’est laissé désarmer ! comme un enfant, il s’est couché et s’est en- ! dormi.
marine ironiguement .
Le pauvre chevalier !
frontin à (a baronne.
Mais ce matin , à son réveil , il a senti renaître I scs chagrins ; le portrait de la comtesse ne les a point dissipés. Il m’a fait partir sur-lc-champ l>our venir ici , et il attend mon retour pour disposer de son sort. Que lui dirai-je. madame?
LA BARONNE
Tu lui diras , Frontin , qu'il peut toujours faire
TU TURCARET
fond sur moi, et que, n’étant point eu argent comptant....
(Etfc veut tirer son diamant de son doigt pour (e hti donner. ) marine (a retenant.
Eh I madame, y songez-vous ?
LA BARONNE à Frontin , en remettant son diamant.
Tu lui diras que je suis touchée de son malheur.
MARINE à Frontin , ironiquement.
Fl que je suis, de mon côté, très-fàchéc de son infortune.
frontin « (a baronne.
Ah! qu’il sera fâché, lui... (A part.) Maugrebleu de la soubrette !
IA BARONNE
Dis-lui bien, Frontin , que je sois sensible à ses peines.
NARINE à Frontin , ironiquement .
Que je sens vivement son affliction, Frontin. frontin à ia baronne.
C’en est donc fait, madame, vous ne verrez plus monsieur le chevalier. La honte de ne pouvoir payer ses dettes va Pécarter de vous pour jamais ; car rien n’est plus sensible pour un enfant de famille. Nous allons tout à l’heure prendre la poste.
la baronne bas à Marine .
Prendre la poste, Marine!
MARINE
lLs n’ont pas de quoi la payer.
frontin à (a baronne.
Adieu, madame.
la baronne tirant son diamant deson doigt.
Attends. Frontin.
marine à Frontin.
Non, non, va-t-en vite lui faire réponse. la baronne à Marine.
Oh ! je ne puis me résoudre à l’abandonner
(A Frontin , en lui donnant son diamant.) Tiens , voilà un diamant de cinq cents pistoles que M. Turcaret m’a donné ; va le mettre en gage , et lire ton maître de Paiïrcusc situation où il si1 trouve.
FRONTIN
Je vais le rappeler à la vie (A Marine
avec ironie.) Je lui rendrai compte. Marine, de l’excès de ton affliction.
MARINE
Ali î que vous êtes tous deux bien ensemble , messieurs les fripons ! ( Frontin sort.)