‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 647 sur 734 · LA BARONNE, M. TIRCARET, MARINE · texte numérisé non relu

LA BARONNE, M. TIRCARET, MARINE

l.A BARONNE.

Je suis raTic de vous voir, monsieur Turcaret, pour vous faire des compliments sur les vers que vous m’avez envoyés.

M. turcaret riant.

Oh ! oh !

LA BARONNE

Savez-vous bien qu’ils sont du dernier galant? Jamais les Voiture , ni les Pavillon n’en ont fait de pareils.

M. TURCARET

Vous plaisantez, apparemment.

LA BARONNE

Point du tout.

M. TURCARET

Sérieusement, madame, les trouvez-vous bien tournés?

LA BARONNE

Le plus spirituellement du monde.

M. TURCARET

Ce sont pourtant les premiers vers que j’aie faits de ma vie.

LA BARONNE

On ne le diroit pas.

M. TURCARET

Je u’ai (vas voulu emprunter le secours de quelque auteur, comme cela se pratique.

TÜRCARET.

LA BARONNE

On le voit bien. Les auteurs de profession ne pensent et ne s'expriment pas ainsi : ou ne sauroit les souj>çonncr de les avoir faits.

M. TÜRCARET.

J’ai voulu voir, par curiosité, si je serois capa- j ble d'en composer, et l’amour m’a ouvert l’esprit.

LA BARONNE

Vous êtes capable de tout, monsieur; il n’y a j rien d'impossible pour vous.

MARINE à M. Turcartt.

Votre prose , monsieur, mérite aussi des compliments : elle vaut bien votre poésie, au moins.

M. TÜRCARET.

Il est vrai que nia prose a son mérite ; elle est | signée et approuvée par quatre fermiers -généraux.

MARINE

Cette approbation vaut mieux que celle de l’Académie.

la baronne à M. Turcarct .

Pour moi, je n’approuve point votre prose, monsieur; et il me prend envie de vous quereller.

D’où vient?

LA BARONNE

Avez-vous perdu la raison de m’envoyer un billet au porteur ? Vous faites tous les jours quelque folie comme cela.

M. TIRCARET.

Vous vous moquez?

LA BARONNE

De combien est-il ce billet? Je n’ai pas pris j garde à la somme , tant j’étois en colère contre vous î

M. TÜRCARET.

Bon ! il n’est que de dix mille écus.

LA BARONNE

Comment ! de dix mille écus ? Ah ! si j’avois su cela, je vous l'aurois renvoyé sur-le-champ.

M. TIRCARET.

Fi donc !

LA BARONNE

Mais je vous le renverrai.

M. TÜRCARET.

Oh! vous l’avez reçu, vous ne le rendrez point.

MARINE à part.

Ob ! pour cela, non.

LA BARONNE à AT. Turcarct.

Je suis plus offensée du motif que de la chose j même.

M. TIRCARET.

Eh! pourquoi? \

LA BARONNE

En m’accablant tous les jours de présents , il semble que vous vous imaginiez avoir besoin de ces liens-là pour m’attacher à vous.

M. TURCARCT.

Quelle pensée ! Non , madame , ce n’est point dans cette vue que....

la baronne V interrompant.

Mais vous vous trompez , monsieur ; je ne vous en aime point davantage pour cela.

M. TCRCARET à part.

Qu’elle est franche ! qu’elle est sincère I

LA BARONNE

Je ne suis sensible qu’à vos empressements, qu’à vos soins.

M. TÜRCARET à part .

Quel bon cccur!

LA BARONNE

Qu’au seul plaisir de vous voir.

M. TCRCARET à part.

Elle me charme... {A la baronne.) Adieu, charmante Fhilis.

LA BARONNE

Quoi ! vous sortez sitôt?

M. TL R CARET

Oui, ma reine. Je ne viens ici que pour vous saluer en passant. Je vais à une de nos assemblées, pour m’opposer à la réception d’un pied-plat, d’un homme de rien, qu’on veut faire entrer dans notre compagnie. Je reviendrai dès que je pourru m’écliapper. [Il lui baise ta main.)

LA BARONNE

Fussiez-vous déjà de retour!

MARINE à AT. Turcarct , en lui faisant

la révérence.

Adieu, monsieur. Je suis votre très-humblo servante.

M. TURCARCT.

A propos, Marine, il me semble qu’il y a longtemps que je ne t’ai rien donné... {Il lui donne une poignée d’argent.) Tiens, je donne sans compter, moi.

marine prenant l’argent.

Et moi, je reçois de même, monsieur. Oh! nous sommes tous deux des gens de bonne foi.

(.V. Turcartt sort.)

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