LA BARONNE, LE CHEVALIER, MARINE, FRONTIN
LE CHEVALIER à la baronne.
Je viens, madame, vous témoigner ma reconnoissancc. Sans vous j’aurois violé la fol des joueurs : ma parole perdoit tout son- crédit , et je tombois dans le mépris des honnêtes gens.
LA BARONNE
Je suis bien aise, chevalier, de vous avoir fait ce plaisir
Ab 1 qu’il est doux de voir sauver son honneur par l’objet même de son amour!
MARINE à part.
Qu’il est tendre et passionné. Le moyen de lui refuser quelque chose !
IX CHEVALIER
Bonjour, Marine. (A ta haronne, avec ironie.) Madame, j’ai aussi quelques grâces â lui rendre. Frontin m’a dit qu'elle s’est intéressée à ma douleur.
MARINE
Eh ! oui, merci de ma vie, je m’y suis intéressée ; elle nous coûte assez pour cela.
LA BARONNE
Taisez-vous , Marine. Vous avez des vivacités qui ne me plaisent pas.
Eh ! madame, laissez-la parler; j’aime les gens francs et sincères.
MARINE
Et moi , je hais ceux qui ne le sont pas.
LE chevalier à la haronne ; ironiquement.
Elle est toute spirituelle dans scs mauvaises humeurs; elle a des reparties brillantes qui m’enlèvent... ( A Marine, ironiquement. ) Marine, au moins, j’ai pour vous ce qui s’appelle une véritable amitié ; et je veux vous en donner des marques.... (/( fait semblant de fouiller dans scs poches. A Frontin. ironiquement.) Frontin, la première fois que je gagnerai, faism'en ressouvenir.
SCÈNF. IX. «T
rRONTlN A Marine, ironiquement.
C’est de l’argent comptant.
MARINE
J’ai bien affaire de son argent... Eb ! qu’il no vienne pas ici piller le nôtre.
LA BARONNE
Prenez garde à ce que vous dites. Marine.
MARINE
C’est voler au coin d’un bois.
LA BARONNE
Vous perdez le respect.
Ne prenez point la chose sérieusement.
MARINE à U i haronne.
Je ne puis me contraindre, madame ; je ne puis voir tranquillement que vous soyez la dupe de monsieur, et que M. Turcaret soit la vôtre.
LA BARONNE
Marine!...
marine V interrompant.
Eh ! fi , fi , madame , c’est se moquer de recevoir d’une main pour dissiper de l'autre ; la belle conduite ! Nous en aurons toute la honte, et M. le chevalier tout le profit.
LA BARONNE
Oh ! pour cela, vous êtes trop insolente ; je n’y puis plus tenir.
MARINE
M moi non plus.
LA BARONNE
Je vous chasserai.
MARINE
Vous n’aurez pas cette peinc-là , madame. Je me donne mon congé moi-méme ; je ne veux pas que l’on dise dans le monde que je suis infructueusement complice de la raine d’un financier.
i LA BARONNE.
1 Retirez-vous, impudente, et ne paraisse* jamais devant moi que pour me rendre vos comptes.
MARINE
Je les rendrai â M. Turcaret, madame; et, s’il est assez sage pour m’en croire , vous compterez aussi tous deux ensemble.
{Elle sort. )