‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 96 sur 734 · R CIL · texte numérisé non relu

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aux jeunes gens. Grâce au ciel , je me suis défait de ce maraud-là. île préfère aux droits du sang l’affection qu'on nie témoigne , et je ne me laisse prendre seulement que par le bien qu'on me fait. Vous avez raison , monsieur , dis- je alors au licencié; la reconnoissancc doit avoir plus de force sur nous que les lois de la nature. Sans doute , reprit-il; et mon testament fera bien voir que je ne me soucie guère de mes parents. Ma gouvernante y aura bonne part ; et lu n’y seras point oublié, si tu continues comme tu commences à me servir. Le valet que j’ai mis dehors hier a perdu , par sa faute , uu bon legs. Si ce misérable ne m’eût pas obligé , par scs manières , à lui donner son congé, je l’aurois enrichi ; mais c’étoit un orgueilleux qui manquoit de respect à la dame Jacinte, un paresseux qui craignoit la peine. U n’aimoit point à me veiller , et c’étoit pour lui une chose bien fatigante que de passer les nuits à me soulager. Ah ! le malheureux , m’écriai-je , comme si le génie de Fabrice m’eût inspiré, il ne méritoit pas d’étre auprès d’un si honnête homme que vous, lin garçon qui a le bonheur de vous appartenir doit avoir un zèle infatigable ; il doit se faire un plaisir de son devoir, et ne se pas croire occupé , lors même qu’il suc sang et eau pour vous.

Je m’aperçus que ces paroles plurent fort au licencié. 11 ne fut pas moins content de l’assurance que je lui donnai d'être toujours parfaitement soumis aux volontés de la dame Jacinte. Voulant donc passer pour un valet que la fatigue ne pouvoit rebuter , je faisois mon service de la meilleure grâce qu’il m’étoit possible. Je ne me plaignois point d'être toutes les nuits sur pied. Je ne laissois pas pourtant de trouver cela très-désagréable , et sans le legs dont je repaissois mon espérance , je me se rois bientôt dégoûté de ma condition. Je me reposois, à la vérité, quelques heures pendant le jour. gouvernante, je lui dois cette justice, a voit beaucoup d’égards pour moi ; ce qu’il falloit attribuer au soin que je prends de gagner ses bonnes grâces par des manières complaisantes et respectueuses. Etois-je à table avec elle, et sa nièce qu’on appeloit Inésille, je leur changeois d’assiette, je leur versois à boire , j’avois une attention toute particulière à les servir. Je m'insinuai par-là dans leur amitié. Un jour que la dame Jacinte étoil sortie pour aller à la provision , me voyant seul avec Inésille, je commençai à l'entretenir. Je lui demandai si son père et sa mère vivaient encore. Oh ! que non , me répondit-elle ; il y a bien longtemps , bien long-temps qu’ils sont morts ; car ma bonne tante me l’a dit , et je ne les ai jamais vu?. Je crus pieusement la petite fille 9 quoique sa réponse ne fût pas catégorique ; et je la mis si bien en train de parler, qu’elle m’en dit plus que je n’en

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; voulois savoir. Elle m’apprit, ou plutôt je compris : par les naïvetés qui lui échappèrent , que sa bonne ; tante avoit un bon ami , qui demeurait aussi au- ! près d’un vieux chanoine dont il administrait le j temporel ; et que ces heureux domestiques compi toienl d'assembler les dépouilles de leurs mailres pa r un hyménée dont ils goûtoient les douceurs par av ance. J’ai déjà dit que la dame Jacinte , bien ; qu’un peu surannée , avoit encore de la fraîcheur. Il est vrai qu’elle n’épargnoit rien pour se conserver : outre qu’elle prenoit tous les matins un clyslère , elle avaloit pendant le jour, et en se cour liant , d’excellents coulis. De plus, elle dormoil tranquillement la nuit , tandis que je veillois mon maître. Mais ce qui peut-être contribuoit encore plus que toutes ces choses à lui rendre le teint frais, c’étoit, à ce que me dit Inésille, une foulainc qu’elle avoit à chaque jambe.

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