‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 97 sur 734 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

De quelle manière le chanoine, étant tombé malade, j fut traité ; ce qu'il en arriva ; et ce qu'il laissa par testament à Gü Blas.

Je servis pendant trois mois le licencié Sédillo, sans me plaindre des mauvaises nuits qu'il me : faisoit passer. Au bout de ce leinps-là, il tomba malade. La fièvre le prit; et avec le mal qu’elle ! lui causoil , il sentit irriter sa goutte. Pour la pre- | mière fois de sa vie, qui avoit été longue, il eut j recours aux médecins. Il demanda le docteur Sangrado, que tout Valladolid regardoit comme un Hippocrate. La dame Jacinte aurait mieux aimé que le chanoine eût commencé par faire son testament: elle lui en toucha même quelques mots; mais, outre qu’il ne se croyoit pas encore proche de sa fui , il avoit de l’opiniâtreté dans certaines choses. J’allai donc chercher le docteur Sangrado ; je l’amenai au logis. C'étoit un grand homme sec et pâle , et qui depuis quarante ans, pour le moins, occupoit le ciseau des Parques. Ce savant médecin avoit l’extérieur grave ; il pesoit ses discours , et donnoit de la noblesse à scs expressions. Ses raisonnements paroissoient géométriques , et scs opinions fort singulières.

Après avoir observé mon maître, il lui dit d’un air doctoral : Il s’agit ici de suppléer au défaut de la transpiration arrêtée. D’autres, à ma place, ordonneraient sans doute des remèdes, salins, orineux , volatils, et qui, pour la plupart , partici-, pont du soufre et du mercure : mais les purgatifs et les sudorifiques sont des droguer pernicieuses ; toutes les préparations chimiques ne semblent faites que pour nuire. J’emploie des moyens plus simples et plus sûrs. A quelle nourriture, continua-t-il, êtes-vous accoutumé? Je mange ordinairement 9

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