‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 123 sur 423 · LIVRE II, CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XXII

constitue l'idée que nous nommons habitude, lorsqu'on a acquis cette puissance en faisaut souvent la même chose : et quand on pcnt la réduire en acte , à chaque occasion qui s’en présente , nous l'appelons disposition ; ainsi la tendresse est une disposition à l’amitié on à l'amour.

Qu’on examine enfin tels modes d’action qu'on voudra , comme la contemplation et l'assentiment, qui sont des actions de l'esprit , le marcher et le parler qui sont des actions du corps, la vengeance et le meurtre qui sont des actions du corps et de l'esprit , et l’on trouvera que ce ne sont autre chose que des collections d’idées simples qui , (ointes ensemble , constituent les idées complexes qu’on a désignées par ces noms-là.

S il. Plusieurs mots gui semblent exprimer quelque action ne signifient que l’effet.

Comme la puissance est la source d'où procèdent toutes les actions, on donne le nom de cause aux substances où ces puissances résident, lorsqu'elles réduisent leur puissance en acte ; et on nomme effets les substances produites par ce moyen, ou plutôt les idées simples qui, par l’exercice de telle ou telle puissance , sont introduites dans un sujet. Ainsi l'efficace par laquelle une nouvelle substance ou Idée est produite, s’appelle action dans le sujet qui exerce ce pouvoir , et on la nomme passion dans le sujet où quelque idée simple est altérée ou produite ' . Mais quelque diverse que soit cette efficace , et quoique les effets qu'elle produit soient presque infinis, je crois pourtant qu'il nous est aisé de reconnaître que , dans les agents intellectuels , ce n'est autre chose que différents modes de penser et de vouloir, et dans les agents corporels, que

» « Si la puissance est prise pour la source de l'action, « elle dit quelque chose de plus qu'une aptitude ou fort* « lité, par laquelle on explique la puissance dans le cha- « pitre précèdent ; car elle renferme encore la tendance , « comme j’ai déjà remarqué plusieurs fois. C'est pourquoi, « dans ce sens, j’ai contume de lui affecter le terme d’en- « téléchie, laquelle est ou primitive et répond à l'Ame , « prise pour quelque chose d’ah&lrait, ou dérivative, « telle qu’on la conçoit dans le amatus, et dans la vigueur « ou impétuosité. — Le terme de cause n’e*t entendu ici « que de la cause efficiente , ma» on l’entend encore de • U finale, ou do motif, pour ne point parler de la ma- « tiére et de la forme , qu'on appelle encore causes dans - les écoles. — Je ne sais si l’on peut dire que le même « être est appelé action dans l’agent , et passion dans le « patient, et se trouve ainsi en deux sujets à la fois, « comme le rapport , et s’il ne vaut pas mieux dire que ce " sont deux êtres, l'un dans l'agent, l'autre dans le pa- « Ueut. »

diverses modifications du mouvement. Nous ne pouvons, dis-je, concevoir, à mon axis, que ce soit autre chose que cela ; car s'il y a quelque autre espèce d’action, outre celles-là, qui produise quelques effets , j’avoue ingénument que Je u’en ai ni notion ni idée quelconque ; que c'est une chose tout à fait éloignée de mes conceptions, de mes pensées, de ma connaissance , et qui m’est aussi inconnue que la notion de cinq autres sens, différents des nôtres, ou que les idées des couleurs sont inconnues à un a\ eugle. Du reste , plusieurs mots qui semblent exprimer quelque action , ne signifient rien de l’action ou de la manière d’opérer , mais simplement l’effet , avec quelques circonstances du sujet qui reçoit l’action, ou bien la cause opérante. Ainsi, par exemple, la création et l'annihilation ne renferment aucune idée de l'action ou de la manière dont ces deux choses sont produites, mais simplement de la cause et de la chose môme qui est produite. Et lorsqu'un paysan dit que le froid glace l’eau, quoique le terme de glacer semble emporter quelque action , il ne signifie pourtant autre chose que l'effet; savoir, que l’eau qui était auparavant fluide, est devenue dure et consistante, sans que ce mot emporte dans sa signification aucune idée de l'action par laquelle cela se fait.

S lî. Modes mixtes composés d’autres idées.

le ne crois pas, au reste, qu’il soit nécessaire de remarquer ici , que , quoique la puissance et l'action constituent la plus grande partie des modes mixtes qu’on a désignés par des noms particuliers, et qui sont le plus souvent dans l'esprit et dans la bouche des hommes, il ne faut pourtant pas exclure les autres idées simples avec leurs différentes combinaisons. Il est , Je pense , encore moins nécessaire de faire une énumération de tous les modes mixtes qui ont été fixés et déterminés par des noms particuliers : ce serait vouloir faire un dictionnaire de la plus grande partie des mots qu’on emploie dans la théologie , dans la morale, dans la jurisprudence , dans la politique et dans diverses autres sciences. Tout ce qu’exige mon présent dessein , c'est que je montre quelle espèce d'idées sont celles que je nomme modes mixtes, comment l’esprit vient à les acquérir, et que ce sont des combinaisons d'idées simples, qu'on acquiert par la sensation et par la réflexion : or , c'est là , à mou avis , ce que j'ai déjà fait.

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