‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 130 sur 423 · LIVRE II, CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XXIII

•près y nvoir bien pensé, que les idées originales qu'ils ont du corps, ne sont ni en plus grand nombre , ni plus claires , que celles qu’ils ont des esprits immatériels.

S 17. La cohésion des parties solides et tim-

pulsion sont les idées originales du corps.

Les idées originales que nous avons du corps, comme lui étant particulières , en tant quelles servent à le distinguer de l'esprit, sont la cohésion des parties solides , et par conséquent séparables , et la puissance de communiquer le mouvement par voie d'impulsion. Ce sont là, dis-je, a mon avis , les idées originales du corps , qui lui sont propres et particulières; car la ligure n’est que la conséquence d'une extension bornée.

S 16. La pensée et la pitixsance de mouvoir sont les idées originales de l'esprit.

Les idées que nous considérons comme particulières à l’esprit, sont la pensée, la volonté, ou la puissance de mettre un corps en mouvement par la pensée, et la liberté, qui est une suite de ce pouvoir. Car , comme un corps ne peut que communiquer son mouvement par voitul'impufsion, à un nuire corps qu'il rencontre en repos, de même l'esprit peut mettre des corps eu irmuvement , ou s'empêcher de le faire, selon qu’il lui plait. Quant aux idées d’existence, de durée et de mobilité, elles sont communes au corps et à l'esprit.

S 19. Tes esprits sont capables de mouvement.

On ne doit point, au reste, trouver étrange que j'attribue la mobilité à l'esprit; car, comme je ne connais le mouvement que sous l'idée (1 un changement de distance par rapport à d'autres êtres qui sont considérés en repos , et que je trouve que les esprits, non plus que les corps, ne sauraient opérer qu'ou ils sont , et que les csprits opèrent en divers temps, dans différents lieux, je ne puis qu'attribuer le changement de place à tous les esprits finis’; car je ne parle point ici de l'esprit infini. En effet, mon esprit étant un être réel aussi bien que mon corps , il est certainement aussi capable que le corps même de changer de distance, par rapport à quelque corps ou A quelque autre être que ce soit , et par conséquent il est capable de mouvement. De sorte que, si un mathématicien peut considérer une certaine distance , ou un changement de

’ ■ Je crois que c’est avec raison , le lieu n’étant qo'un ™ ordre des coexistant». » 1

| distance entre deux points, tout homme peut concevoir sans doute une distance et un changement de distance entre deux esprits , et concevoir parce moyen leur mouvement, l’approche ou l'éloignement de l’un à l’égard de l’autre.

5 20. Chacun sent en lui-méme que son âme peut penser, vouloir, et opérer sur son corps, dans le lieu où il est , mais qu’elle ne saurait opérer sur un corps ou dans un lieu qui serait à cent lieues d'elle. Ainsi , personne ne peut s'imaginer, que tandis qu’il est à Paris, son âme puisse penser ou remuer un corps A Montpellier, et ne pas voir que son âme étant unie à son corps, elle change continuellement de pince durant tout le chemin qu'il fait de Paris A Montpellier, de même que le carrosse ou le cheval qui le porte. D'ou l'on peut sûrement conclure , à mon avis, que son âme est en mouvement pendant tout ee temps-là. Que si l’on fait difficulté de reconnaître que eet exemple nous donne une Idée assez claire du mouvement de l'âme, on na, je pense, qu'à réfléchir sur sa séparation d’avec le corps par la mort, pour être convaincu de ee mouvement ; car considérer l'âme comme sortant du corps , et abandonnant le corps , sans avoir aucune idée de son mouvement, c'est, ce me semble, une chose absolument impossible.

S 21. Si l'on dit que l'âme ne saurait changer de lieu, parce qu’elle n'en occupe aucun, les esprits n étant pas in loco . sed ubi je ne crois pas que bien des gens fassent maintenant beaucoup de fond sur cette façon de parler , dans un siècle où I on n'est pas fort dispose à admirer des sons frivoles , ou à se laisser tromper par ces sortes d'expressions inintelligibles. Mais si quelqu'un s'imagine que cette distinction peut recevoir un sens raisonnable, et qu'on peut l’appliquer à notre présente question , je le prie de l'exprimer en termes intelligibles , et d'en tirer, apres cela , une raison qui montre que les esprits immatériels ne sont pas capables de mouvement

1 « Les écoles ont trois sortes A'uhiété, ou de manière

- d exister quelque part. La première s'appelle rtrcuflM- « crtptirc, qu’on attrihueaux corps qui sont dans l’espace,

« qui y sont punctotim , en sorte qu’ils sont mesurés,

" ’rinn qu on peut assigner des points de la chose située ,

* répondants aux points de l’espace. La seconde est la dé.

« fmltlee , otr fort peut délinir, c'est-à-dire, déterminer » que la rhose située est dans un toi espace, sans pouvoir

- assigner des points précis , ou des fieux exclusivement

- propres a ce qui y est. C’est ainsi qu'on a jugé que rame “ Ml <lan* lé corps.... I) est yrai que M. Descartes a voulu

Page 1