‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 131 sur 423 · DE L’ENTEN DEM EM HL M · texte numérisé non relu

DE L’ENTEN DEM EM HL M

On ne peut , à 1« vérité , attribuer (lu mouvement j à Dieu , non pas parce qu'il est un esprit immatériel , mais parce qu'il est esprit infini.

S 22. Comparaison entre l'idée du corps et celle de famé.

Comparons doue l’idée complexe que nous avons de l’esprit avec l'idee complexe que nous avons du corps , et voyons s’il y a plus d’obscurité dans l’une que dans l'autre , et quelle est celle où il yen a davantage. Notre idée du corps emporte , A ce que je crois , une sulistanee étendue, solide et capable de communiquer du mouvement par impulsion ; et l'idee que nous avons de notre âme , considérée comme un esprit immatériel , est celle d’une substance qui pense et qui a la puissance de mettre un corps en mouvement, par la volonté ou la pensée. Telles sont, a mon avis, les idées complexes que nous avons de l'esprit et du corps, en tant qu'ils sont distincts l'un de l'autre. Voyons présentement laquelle de ces deux idées est la plus obscure et la plus difficile à comprendre. Je sais que certaines gens dont les pensées sont, pour ainsi dire , enfoncées dans la matière , et qui ont si fort asservi leur esprit à leurs sens, qu’ils élcvent rarement leurs pensées au delà , sont portés à dire (pi 'ils ne sauraient concevoir une chose qui pense ; ce qui est peut-être fort v éritable : mais je soutiens que , s'ils y songent bien , ils trouveront qu'ils ne peuvent pas mieux concevoir une chose étendue.

S 23. hi cohésion des parties solides dans le

corps, est aussi difficile à concevoir r/ue la

pensée dans l'âme.

Si quelqu'un dit, à ce propos, qu'il ne sait ce que c'est qui pense en lui, il entend par là qu’il ne sait quelle est la substance de cet être pensant : mais, répondrai-Jc , il ne connaît pas non plus quelle est ln substance d’une chose solide. Et s’il ajoute qu’il ne sait point comment

« donner des Ironies pins étroites h l'Ame, en la jugeant " proprement dans la glande pinéale. Néanmoins , il n'a * point osé dire qu'elle est privatheincnt dans un certain

■ point de celte glande et c’esl la tnénn' chusc, a cet

n égard , que quand on lui donnait lout le rorps pour pri-

■ son ou lieu.... la troisième ubiélé est la réptétive , « qu'on attribue à Dieu , qui remplit lout l'univers encore s plus éininelurncnl que les esprits ne sont dans les coqis... - Je ne sais si celte doctrine des écoles mérite d’étre tour-

»• née en ridicule , connue il semble qu'on s’efforce de s faire. Cependant on |murra toujours attribuer une nia- « nière de mouvement aux Ames, au moins par rapport « aux corps auxquels elles sont unies , ou par rapport à « leur mauière de perception, s

il pense , je répliquerai qu’il ne sait pas son plus comment il est étendu , comment les parties solides du corps sont unies ou attachées ensemble pour faire un tout étendu. Car quoiqu'on puisse attribuer à la pression des particules de l'air, In cohésion des differentes parties de matière qui sont plus grosses que les parties de l'air, et qui ont des pores plus petits que les corpuscules de l'air, cependant la pression de l’air ne saurait serv ir à expliquer la cohésion des particules de l'air même , puisqu'elle n'en saurait être la cause. Que si la pression de l’éther ou de quelque autre matière plus subtile que l'air, peut unir et tenir attachées les parties d'une particule d'air aussi bien que des autres corps, cette matière subtile ne peut se servir de lien à clic-même , et tenir unies les parties qui composent l'un de ses plus petits corpuscules. Et ainsi celte hypothèse , quehpie ingénieuse explication qu’on en donne , en faisant voir que les parties des corps sensibles sont unies par la pression de quelque autre corps insensible , ne sert de rien |Kiur expliquer l’union des parties de l'éther même. Plus dlo prouve évidemment que les ’ parties des autres corps sont jointes ensemble par la pression extérieure de l'éther , et qu’elles ne peuvent avoir une autre cause intelligible de leur cohésion , plus elle nous laisse dans l'obscurité par rapport à la cohésion des parties qui composent les corpuscules de l’éther lui-même : car nous ne saurions concevoir ces corpuscules sans parties, puisqu'ils sont corps, et par conséquent divisibles, ni comprendre comment leurs parties sont unies les unes aux autres, puisqu'il leur manque cette cause d’union qui sert à expliquer la cohésion des parties des autres corps.

S 24. Mais dans le fond on ne saurait concevoir que la pression d'un fiuide ambiant , quelque grande qu'elle soit, puisse être la cause de la cohésion des parties solides de la matière. Car, quoique une telle pression puisse empêcher qu’on n'éloigne deux surfaces polies l'une de l'autre suivant une ligne qui leur soit perpendiculaire, comme on voit par l'expérience de deux marbres polis , posés l'un sur l'autre , elle ne saurait du moins empêcher qu’on ne les sépare par un mouvement parallèle à ces surfaces; parce que , comme le fluide ambiant a une entière liberté de succéder à chaque point d'espace qui est abandonné par ce mouvement oblique , il ne résiste pas plus an mouvement des corps

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