LIVRE II, CHAPITRE XXIII
In pensée , et que nous attribuons A l'esprit , est <j 30. Comparaison des idées que nous avons aussi évidente que celle qui se fait par Impulsion, du corps et de l'esprit.
et que nous attribuons au corps. Une constante
expérience nous fait voir ees deux communica- Voici donc, en peu de mots, à quoi se réduit tious d'une manière sensible, quoique In faible l’idée que nous avons de l'esprit, comparée à capacité de notre entendement ne puisse les com- ; celle que nous avons du corps : la substance de prendre ni l'une ni l’autre. Car , dès que l'esprit l'esprit nous est inconnue, et celle du corps veut porter sa vue nu delà de «s idées originales j nous l'est également. Nous avons des idées claiqui nous viennent par sensation ou par réflexion, res et distinctes des deux premières qualités ou pour pénétrer dans leurs causes et dans la ma- propriétés du corps, qui sont la cohésion de nière de leur production , nous trouvons que parties solides et l'impulsion : de même nous cette recherche ne sert qu’à nous faire sentir connaissons dans l'esprit deux premières qualités combien nos lumières sont bornées. on propriétés , dont nous avons des idées claires
et distinctes : savoir, la pensée et la puissance d'agir; c’est-à-dire, de commencer ou d'arrêter S 29. Enfin, pour conclure ce parallèle, la differentes pensées ou divers mouvements. Nous sensation nous fait connaître évidemment qu’il avons aussi des idées claires et distinctes de pluv a des subslances solides et étendues; et la ré- sieurs qualités inhérentes dans le corps, lesllexion , qu'il y a des substances qui pensent, quelles ne sont autre chose que différentes mo- L'expérience nous persuade de l’existence de ccs difications de l'étendue de parties solides, jointes deux sortes d’êtres, et que l'un a la puissance ensemble, et de leur mouvement. L’esprit nous de mouvoir le corps par impulsion, et l'autre fournit de même des idées de plusieurs modes de par la pensée : c’est de quoi nous ne saurions penser, comme, croire, douter, être appliqué, douter. L'expérience, dis-je, nous fournit atout craindre, espérer, etc. ; nous y trouvons aussi moment des Idées claires de l'un et de l'autre ; les idées de vouloir, et de mouv oir le corps en mais nos (acuités ne peuvent rien ajouter à ces conséquence de la volonté , et de se mouvoir Idées, au delà de ee que nous y découvrons par lui-même avec le corps ; car l’esprit est capable la sensation ou par la réflexion. Que si nous de mouvement, comme nous l'avons 1 déjà voulons rechercher, outre cela, leur nature, montré, leurs causes, etc., nous apercevons bientôt que
la nature de l'étendue ne nous est pas connue jj 31. La notion d'un esprit n'enferme pas plus nettement que celle de la peusée. Si , dls-Je, plus de difficulté que celle du corps.
' nous voulons les expliquer plus particulièrement, la facilité est égale des deux côtés, je Eufin, s’il se trouve dans cette notion de l’esveux dire que nous ne trouvons [vas plus de dif- prit quelque difficulté qu'il ne soit peut-être Acuité à concevoir comment une substance que pas facile d’expliquer, nous n'avons pns pour nous ne connaissons pas, peut, par la pensée, cela plus de raison de nier ou de révoquer en mettre un corps en mouvement, qu'à compren- doute l'existence des esprits, que uous en audre comment une substance que nous ne con- rions de nier ou de révoquer en doute l'exlsnaissons pas non plus, peut remuer un corps tence du corps, sous prétexte que la notion du par voie d'impulsion. De sorte que nous ne som- corps est embarrassée de quelques difficultés, mes pas plus en état de découvrir en quoi con- qu'il est fort difficile et peut-être impossible sistent les idées qui regardent le corps, que d’expliquer ou d'entendre. Gir je voudrais bien celles qui appartiennent à l'esprit. D'où il parait qu’on me montrât dans In notion que nous avons fort probable que les idées simples que nous re- de l'esprit , quelque chose de plus embrouillé, ccvons de la sensation et de la réflexion, sont ou qui approche plus de la contradiction, que les bornes de nos pensées, au delà desquelles ce que renferme la notion même du corps, je notre esprit ne saurait avancer d'un seul point, veux parler de la divisibilité a l'infini d'une étenquelque effort qu'il fasse pour cela; et par con- due finie. Car, soit que nous recevions cette diséquent, c’est en vain qu'il s'attacherait à re- visibilité à l'infini, ou que nous la rejetions, chercher avec soin la nature et les causes se- elle nous engage dans îles conséquences qu'il crêtes de ccs idées , il ne peut jamais y faire
aucune découverte. , cid»»ui, $ t», jo, ai.
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nous est impossible d’expliquer ou de pouvoir concilier, et qui entraînent de plus grandes difficultés et des absurdités plus apparentes , que tout ce qui peut suivre de la notion d’une substance immatérielle douée d'intelligence.
§32. Nous ne connaissons rien uu delà de nos idées simples.
C’est de quoi nous ne devons point être surpris, puisque, n'ayant des choses qu’un petit nombre d’idées superficielles qui nous viennent uniquement, ou des objets extérieurs, parle moyen des sens, ou de notre propre esprit, par j la réflexion qu'il fait sur ce qu’il éprouve en lui-méme, notre connaissance ne s'étend pas ! plus avant , loin que nous puissions pénétrer | dans la constitution intérieure et dans la vraie ' nature des choses, faute des facultés nécessaires pour parvenir jusque - là. Puis donc que nous trouvons en nous -mêmes connaissance, et faculté de produire du mouvement en conséquence de notre volonté , et cela d’une maniéré aussi certaine que nous découvrons , dans dos choses qui sont hors de nous, cohésion et division de parties solides , en quoi consiste l’étendue et le mouvement des corps : nous avons autant de raison de nous contenter de la notion que nous avons d’un esprit immatériel, que de celle que nous avons du corps, et d’être convaincus de l'existence de l'un que de celle de l’autre. Car, comme il n’y a pas plus de contradiction à supposer que la pensée existe séparée et ludépcndante de la solidité, qu'il y en a à croire que la solidité existe séparée et indépendante de la pensée ( la solidité et la pensée n’etant que des idées simples, indépendantes l une de l’autre); et comme nous trouvons d’ailleurs en nousmêmes des idées aussi claires et aussi distinctes de la pensée que de la solidité , je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas admettre aussi bien l’existence d’une chose qui pense sans être solide, c’est-à-dirc , qui soit immatérielle, que l'existence d’une chose solide qui ne pense pas, c’est-à-dire, de la matière, puisqu'il n’est pas plus difficile de concevoir comment la pensée pourrait exister sans matière, que de comprendre. comment la matière |>ourrait penser. Car, dès que nous voulons aller au delà des idées simples qui nous viennent par sensation ou par réflexion, et pénétrer plus avant dans la nature des choses , nous rclnmlxms aussitôt dans les ténèbres, et dans des difficultés inextricables, et ne pouvons découvrir autre chose que notre
ignorance et notre propre aveuglement. Mais, quelle que soit la plus claire de ees deux idées complexes, celle du corps ou celle de l’esprit, il est év ident que les idées simples qui les composent ne sont autre chose que ce qui nous vient par sensation ou par réflexion. Il en est de même de toutes les autres idées de substances, sans en excepter celle de Dieu lui-méme.
§ 33. Idée de Dieu.
En effet, si nous examinons l'idée que nous avons de cet Être suprême et incompréhensible, nous trouverons que nous l’acquérons par la même voie, et que les idées complexes que nous avons de Dieu et des esprits purs, sont composées des idées simples que nous recevons de la réflexion, l'ar exemple, après avoir formé, par la considération de ce que nous éprouvons en nous-mêmes, les idées d’existence et de durée, de connaissance, de puissance, de plaisir, de : bonheur, et de plusieurs autres quulités et puissances, qu'il est plus avantageux d’avoir que de n'avoir pas; lorsque nous voulons nous faire de l*Être suprême l’idée la plus convenable qu’il nous soit possible d’imaginer, nous étendons chacune de ees idées par le moyen de celle que nous avons de 1 l’infini; et joignant toutes ees idées ensemble , nous formons notre idée complexe de Dieu *. Car, que l’esprit ait cette puissance d'étendre quelques-unes de ses idées , qui lui sont venues par sensation ou par réflexion , c’est ce que nous avons 3 déjà montré.
§ 34. Si je trouve que je connais un petit nombre de choses, et quelques-unes d’entre ! elles on peut-être toutes, d’une manière imparfaite, je puis me faire l’idée d’un Être «pii en connaisse deux fois autant ; je puis doubler cette somme aussi souvent que je puis ajouter au nombre , et ainsi augmenter mon idée de connaissance , en étendant sa compréhension à tontes les choses «pii existent ou peuvent exister. J’en I puis faire de même a l’égard de la manière de eounattre toutes ces choses plus parfaitement , c’est-à-dire, toutes leurs qualités, puissances,
• Don! il est parlé ci -dessus , dans tout le chapitre XVII, «v. II.
» « Je ine rapporte là -dos.su s à ce que j’ai dit on plu- « sien j s endroits, jMtur faire voir que toutes ces idées, et « (tarlicuiièrrincDl celle de Dieu, sont en nous originaire- * ment , cl que nous ne faisons qu’y prendre ganle, et que « celle do l'infini surtout ne se forme point par une cvtcu-
- sion des idées finies.
' * cl.ap. \l, $ 0, etc.