‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 143 sur 423 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Ce que c'est qu’identité et diversité.

$ t. £n quoi consiste l'identité.

line autre source de comparaisons dont nous faisons un assez fréquent usage, c'est l'existence même des choses , lorsque, venant A considérer une chose comme existant dans un tel temps et dans un tel lieu déterminé, nous la comparons

' ■ Ces remarques sont très-bonnes. » est vrai que « noos nous éteignons un peu quelquefois de ce sens ,

• comme lorsque nous disons qu’une chose est vieille, en ■ la comparant , non pas avec celles de son espèce, mais

• avec d'autres espèces. Quelqu'un demanda à Galilée s’il - noyait que le soleil fût étemel ; il répondit : £ terra

• nà, ma ben anitco >

avec ellc-méme, existant dans un autre temps; par où nous formons les idées d'identité et de diversité. Quand nous voyons une chose dans une telle place , durant un certain moment , nous sommes assurés (quoi que ce puisse être) que c’est la même chose que nous voyons , et nou une autre qui , dans le même temps , existe dans un autre lieu , quelque semblable et difficile A distinguer qu’elle soit A tout autre égard. Et c’est en cela que consiste l’identité, Je veux dire, en ce que les idées auxquelles on l’attribue ne sont en rien différentes de ce qu’elles étaient dans le moment que nous considérions leur précédente existence , et A quoi nous comparons leur existence présente. Car, ne trouvant jamais et ne pouvant même concevoir qu’il soit possible que deux choses de la même espèce existent en même temps dons le même Heu , nous avons droit de conclure que tout ce qui existe quelque part dans un certain temps, en exclut toute autre chose de la même espèce, et existe là tout seul. Lors doue que nous demandons sf une chose est la même, ou non, cela se rapporte toujours A une chose qui, dans nn tel temps , existait dans une telle place , et qui, dans cet instant, était certainement lu même avec elle-même, et non avec une autre. D’où fi s'ensuit , qu’une chose ne peut avoir deux commencements d’existence , ni deux choses nn seul commencement , étant impossible que deux choses de In même espèce soient ou existent, dans te même instant , dans un seul et même lieu , ou qu'une seule et même chose existe en différents fieux. Par conséquent , ce qui a un même commencement par rapport au temps et au lieu , est la même chose ; et ce qui , A ces deux égards , a un commencement different de celle-là, n'est pas la même chose qu'elle , mais en est actuellement différent ’. L’embarras qu'on a trouvé dans

1 « Il faut toujours que, outre la différence du temps et

• du lieu, il y ait un principe interne de distinction ; « et quoiqu'il y ait plusieurs tiiosrs de meure espèce, il » est pourtant vrai qu’il n’y en a jamais de parfaitement •> semblables. Ainsi , quoique le temps et le lieu ( c'est-, t

• dire le rapport au dehors': noua servent à distinguer les s choses que nous ne distinguons pas bien par elle*-

• mêmes , les choses ne laissent pas d’ôtre distinguables « en soi. I,e précis de l 'identité et de la diversité ne eon-

- liste donc pas dans le temps et dans le lieu , quoiqu'il « soit vrai q ne la diversité des choses est accompagnée du

- temps ou du lieu , parce qu'ils amènent avec eus des

• impressions différente, sur la chose ; pour ne point dire « que c’est plutdt par les choses qu'ii faut discerner uu

• lieu ou un temps de l'autre, car d'eux-mémes iis sont a parfaitement semblables , mais aussi ce ne sont pas des « substances ou des réalités complètes. La manière- (Js « distinguer qu'on semble proposer ici , comme unirgMr

oette espece de relation, n’est venu que du peu de soin qu'on a pris de se faire des notions précises des choses auxquelles on l'attribue.

§ 7. Identité des substances.

Nous n'avons d'idée que de trois sortes de substances, qui sont : 1. Dieu. 7. Les intelligences finies. S. Et les corps.

Premièrement , Dieu est sans commencement , éternel, inaltérable, et présent partout; c’est pourquoi l’on ne peut former aucun doute sur son ideutité.

En second lieu , les esprits finis ayant eu chacun un certain temps et un certain lieu , qui a détermine le commencement de leur existence , la relation à ce temps et à ce lieu déterminera toujours l’identité de chacun d'eux , aussi longtemps ! qu'elle subsistera.

En troisième lieu , l'on peut dire de même k l'égard de chaque particule de matière , que tandis qu’elle n'est ni augmentée ni diminuée par l’addition ou la soustraction d'aucune matière, elle est la même. Car , quoique ces trois sortes de substances, comme nous les nommons, ne s'excluent pas l'une l'autre du même lieu , cependant nous ne pouvons nous empêcher de concevoir que chacune d'elles doit nécessairement exclure du même lieu toute autre qui est de la même espèce. Autrement , les notions et les noms d'identité et de diversité seraient inutiles, et il ne pourrait y avoir aucune distinction de substances, ni d'aucunes choses différentes l'une de l’autre. Par exemple, si deux corps pouvaient être dans un même lieu tout à la fois , deux particules de matière seraient une seule et même particule , soit que vous les supposiez grandes ou petites; ou plutôt , tous les corps ne seraient qu'un seul et même corps. Car, par la même raison que deux particules de matière peuvent être dans un seul lieu , tous les corps peuvent être aussi dans un seul lieu ; supposition qui, étant une fois admise, détruit toute distinction entre l’Identité et la diversité, entre un et plusieurs, et

. dsiu i«t chose» de même es|(èc*, est fondée sur 1» rap- . position que la pénétration n c*t point conforme à la na- . ture. Cette supposition est raisonnable, mai» l'expé- . rienre même fait voir qu'on n'y est point sttaché ici, . quand il s' au» de distinction. Nous voyons, par riemple, . deux ombres, ou deux rayon» de lumière, qui se pé-

- nètrent, et nous pourrions nous former un monde ima* . ginairç où les corps en usassent de même. Cependant . nous ne laivmnapa» de distinguer un rayon de l'autre,

- par té train de leur passage, lors même qu'ils se rrob • fcuuL >*

la rend tout b fait ridicule. Or, comme c'cst une contradiction , que deux, ou plus d’un, ne soient qu’un, l’identité et la diversité sont des rapports et des moyens de comparaison tres-bien fondés , et d'nne grande utilité pour l'entendement.

Identité des modes.

Toutesles antres choses n’étant, après les substances , que des modes ou des relations qui se terminent aux substances, on peut déterminer encore , par la même vole , l'identité et la diversité de chaque existence particulière qui leur convient. Seulement , à l’égard des choses dont l’existence consiste dans une perpétuelle succession , comme sont les actions des êtres finis , le mouvement et la pensée , qui consistent l’un et l’autre dans une continuelle succession, on ne peut douter de leur diversité. Car , chacune périssant dans le même moment qu'elle commence, elle ne saurait exister en différents temps ou en différents lieux , à la manière des êtres permanents, qui peuvent, en divers temps, exister dans des lieux différents. Par conséquent, aucun mouvement ni aucune pensée, considérés commo dans différents temps, ne peuvent être les mêmes, puisque chacnne de leurs parties a un différent commencement d’existence.

$ 3. Ce gue c'est qu’on nomme dans les écoles Principium individuationis.

Par tout ce que nous venons de dire, il est aisé de voir ce que c'est qui constitue un individu et le distingue de tout autre être (ce qu'on nomme principium inditndualionis dans les écoles , où l'on se tourmente si fort pour savoir ce que c’est ) ; il est , dis-je , évident que ce principe consiste dans l'existence même qui fixe chaque être , de quelque espèce qu’il soit, a un temps et àun lieu particulier, incommunicable ù deux êtres de la même espèce '. Quoique cela paraisse plus

> . Le principe d'individuation revient, dan» lé» fa- « dividus, au principe de dUünclion dont je viens de • parier. Si deux individu» étaient parfaitement semblable» « et égaux, en un mot, imJijfinguaWcspareux-méme», , n'y aurait point de principe d'individuation ; et mémo « j'ose dire qu'il n'y aurait point de distinction individuelle, . uu de différents individu» S ceue condition. C'est pour-

- quoi la notion de» atomes est chimérique, cl ne vient

- que des conceptions incomplètes de» homme». Csr » il y . avait de» atome», c’esl-à dire , des corps parfaitement « dm» et parfaitement inaltérables ou Incapables de chati-

- gemeut interne , el ne pouvant différer entre eux que de « grandeur et de ligure, il est manifeste qu'étant possible

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