‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 144 sur 423 · LIVRE II, CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XXVII

aisé a concevoir dans le* substance* ou modes les plus simple» , on trouvera pourtant , si l’on y fait réflexion , qu’il n’est pas plus difficile de le comprendre dans les substances ou modes les plus complexes , si l’on prend la peine de considérer à quoi ce principe est précisément appliqué. Supposons, par exemple, un atome, c’està-dire, un corps continu sous une surface immuable, qui existe dans un temps et dans un lieu déterminé : il est évident que dans quelque instant de sou existence qu'on le considère , il est actuellement le même avec lui-méme. Car, étant dans cet instant ce qu’il est effectivement , et rien autre chose , il est le même , et doit continuer d'étre tel, aussi longtemps que son existence est continuée : puisque , pendant tout ce temps , il sera le même , et non autre. Et si deux , trois, quatre atomes, et davantage, sont joints ensemble dans une même masse, chacun de ces atomes sera le même, par la régie que je viens de poser ; et pendant qu’ils existent joints ensemble, la masse qui est composée des mêmes atomes , doit être la même masse ou le même corps , de quelque manière que les parties soient assemblées. Mais, si I on en ôte un de ces atomes , ou qu’on y en ajoute un nouveau, ce n'est plus la même masse ni le même corps. Quant aux créatures v ivantes, leur identité ne dépend pas d'une masse composée des mêmes particules , mais de quelque autre chose. Car, en elles, un changement de grandes parties de matière ne donne point d'atteinte A l’identité. Un chêne qui, d'une petite plante devient un grand arbre , et qu'on vient d'émonder, est toujours le même chêne; et un poulain devenu cheval, tantôt gras et tantôt maigre, est, durant tout ce temps-la, le même cheval , quoique dans ces deux cas il y ait un manifeste changement de parties : de sorte qu'en effet ni I un ni l’autre n’est une même masse de matière, bien qu’ils soient véritablement , l'un , le même chêne, et l’autre, le même cheval. Et la raison de cette différence est fondée sur ce que dans ces deux cas, celui d'une masse de matière et celui d'un corps vivant, l’identité n’est pas appliquée à la même chose.

. cpi lis «lient de même figure et grandeur, U y en sure “ .lors d iudistingusbles en soi, et qui ne pourraient dr . discerné» que par des déterminations extérieures san ■ fondement interne, oeqni „t contre les p|„s mnd " '* f"*00' Mais Ll vérité est que tout rorp

« est altérable, et même altéré toujours «ctuellementTei • sorte qu il diffère en lui-même de loal autre. »

S 4. Identité des végétaux.

Il reste donc à voir en quoi un chêne diffère d une masse de matière ; et c'est, ce me semble, en cc que la dernière de ees choses n’est que la cohésion de certaines particules de matière , de quelque manière qu’elles soient unies, au lieu que l’autre est une disposition de ees particules, telle qu’elle doit être pour constituer les parties d un chêne , et une organisation de ces parties qui soit propre à recevoir et à distribuer la nourriture necessaire pour former le bois, l’éeorce, les feuilles, etc., d’un chêne, en quoi consiste la v ie des végétaux. Puis donc que ce qui constitue I unité d une plante , c'est d’avoir une telle organisation de parties dans un seul corps qui particij)e à une commune vie, une plante continue d'être la même plante aussi longtemps qu'elle a part A la même vie , quoique eetie vie vienne a être communiquée à de nouvelles parties de matière, unies vitalement à la plante déjA vivante, en vertu d une pareille organisation continuée , laquelle convient A cette espèce de plante. Gir cette organisation étant en un certain moment dans un certain amas de matière, est distinguée, dans ce composé particulier, de toute autre organisation , et constitue cette vie individuelle qui existe continuellement dès ee moment, tant avant qu après , dans la même continuité de parties insensibles qui se succèdent les unes aux autres , unies au corps vivant de la plante. C’est ainsi qu’elle a celle identité qui in fait être la même plante , et qui fait que toutes ses parties sont les P*'1 nies d'une même plante, pendant tout le temps qu clics existent jointes A cette organisation continuée, qui est propre A transmettre cette commune vie A toutes les parties ainsi unies ’.

' ■ I.’organisatinn on configuration, sans un principe •• (le vie subsistant que j'appelle Monade, ne suffirait pa&

" pour faire demeurer idem numéro, ou le même indi-

- vidti, car la configuration peut demeurer individuelle-

* nient. Lorsqu'un fer & cheval se change en cuivre dans ■ une eau minérale de la Hongrie, la même figure demeure

* en espèce , mais non pas le même en individu ; car le

* fer se dissout , et le cuivre, dont l’oau est imprégnée ,

« se précipite et se met insensiblement A la place. Or, la

- figure est un accident qui ne passe pas d’un sujet à l’au-

« tre (de subjeefo in subjeetum). Ainsi il fout dire que « les corps organisés, aussi bien qoe d'autres , no demou- " qn en apparence, et non pas en parlant

« A la rigueur. C’est A peu près comme un fleuve qui

- change toujours d’eau , ou comme le navire de Thésée “ qoe le* Athéniens réparaient toujours. Mais quant aux « substances qui ont en elies-même* une véritable et réelle « unité substantielle , A qui puissent appartenir le* actions « r Haies proprement dites, et quant aux être* suhttan-

de L'ENTENDEMENT HUMAIN.

lui

§ 5. Identité des animaux.

Le cas n’est pas si différent dans les brutes, que chacun ne puisse conclure de là , que leur identité consiste dans ce qui constitue un animal et le fait continuer d'être le même. Il y a quelque chose de pareil dans les machines artificielles, et qui peut servir à éclaircir cet article. Car, par exemple, qu'est-ce qu'une montre? Il est évident que ce u'est autre chose qu’une organisation ou construction de parties, propre a une certaine fin , qu'elle est capable de remplir , lorsqu'elle reçoit l'impression d'une force suffisante pour cela. De sorte que si nous supposions que cette machine fut un seul corps continu, dont toutes les parties organisées fussent répurées, augmentées , ou diminuées par une constante addition ou séparation de parties insensibles, par le moyen d'une commune vie, qui entretint toute la machine , nous aurions quelque chose de fort semblable au corps d'un animal. Mais il y a cette différence, que dans un animal la justesse de l'organisation et du mouvement , en quoi consiste la vie , commence tout à la fois, le mouvement venant du dedans ; au lieu que dans les machines, la force qui les fait agir, venant du dehors, manque souvent, lorsque l'organe est en état et bien disposé à en recevoir les impressions.

§ 8. Identité de I homme.

Cela montre encore en quoi consiste l'identité du même homme, savoir, en cela seul qu'il jouit de la même vie, continuée par dis particules de matière qui sont dans un flux perpétuel , mais qui , dans cette succession , sont vitalement unies au même corps organisé. Quiconque attachera l'identité de l'homme à quelque autre chose qu'à ce qui constitue celle des autres animaux , je veux dire, à un corps bien organisé dans un certain instant, et qui, dès lors, continue dans cette organisation vitale par une succession de diverses particnlcsde matière qui lui sont unies, aura de la peine à faire qu’un embryon, un homme âgé, un fou et un sage, soient le même homme en vertu d'une supposition, d'où il ne s’ensuive qu'il est possible que Seth, Ismaël, Socrate, Pilate, saint Augustin, et César Borgia,

. Uiî, , qu/r spiritu uno continentnr, comme parle un - Ancien jurisconsulte , c’fsl-it-diro, qu’on certain esprit » indivisible anime, ou a raison «lerlire qu’elles demeu- • reut |»arfailement le mime individu jiar cette âme, ou « cet esprit , qui fait le moi dans celle* qui pensent. »

sont un seul et même homme. Car, si l’identité de l'âme fait toute seule qu’un homme est le même , et qu’il n’y ait rien dans la nature de la matière qui empêche qu’un même esprit individuel ne puisse être uni à différents corps, il sera fort possible que ces hommes, qui ont vécu en différents siècles , et ont été d’un tempérament différent , nient été un seul et même homme : façon de parler qui serait fondée sur l’étrange usage qu’on ferait du mot homme , en l’appliquant à une idée dont on exclurait le corps et la forme extérieure. Cette manière de parler s'accorderait encore plus mal avec les notions de ces philosophes qui , reconnaissant la transmigration , croient que les âmes des hommes peuvent être envoyées , pour punition de leurs dérèglements, dans des corps de bêtes, comme dans des habitations propres à l'assouvissement de leurs passions brutales. Car , je ne crois pas qu'une personne, qui serait assurée que l'âme d’Héllogabale existait dans l'un de ses pourceaux , voulût dire que ce pourceau était un homme , ou le même homme qu'Héliogabale

J 7. L'identité répond à l’idée qu’on se fait des choses.

Ce n’est donc pas l'unité de substance qui comprend toute sorte d’identite , ou qui la peut déterminer dans chaque rencontre. Mais, pour se faire une idée exacte de l'identité , et pour en juger sainement , il faut voir quelle idée est signifiée par le mot auquel on 1 applique | car , être la même substance, le même homme et In même personne, sont trois choses différentes, s’il est vrai que ces trois termes, personne, homme et substance , emportenttrolsdifférentes idées, puisque l’identité ne saurait être autre chose que l’idée qui appartient à ce nom. Cela ,

1 « Il y a ici question de nom et question de chose. « Quant à la chose, l'identité d'une même «ubsUnce hi- - div iduello no («ut être maintenue que par la conservan tion de la même âme ; car le corps est dans un (lux conte Unue), et l'âme n’habite pas dans certains atomes affectes « à elle, ni dans un petit os indomptable, td que le lut « des rabbins. Cependant il n’y apoint de transmigrai ion « par laquelle l'Ame quitte entièrement son corps, et passe « dans un autre.... mais la question si, en cas qu une telle .. transmigration fût véritable, Cou», Chain et lui MN, « supposé qu’ils eussent la même âme, mériteraient a être » appelés la même personne, n’est que de nom.... 1 «d«J- « tité de substance y serait; mais en cas qui] I ny eût « point de connexion de souvenance entre les muèrent* « itersonna^es que la même âme ferait, il n’y aurait pas « assez (Y identité morale pour dire que ce serait uno « même personne. »

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