‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 175 sur 423 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

IX» mots» ou du langage en général.

S 1. L’homme est organisé pour former des sons articulés.

Dieu ayant fait l’homme pour être une créature sociable, non-eeulement lui a Inspiré le désir, et l'a mis dans la nécessité de vivre avec ceux de son espèce , mais de plus lui a donné la faculté de parler, pour que ce fût le grand instrument et le lien commun de cette société. C'est pourquoi l'homme a naturellement ses organeB façonnés de telle manière qu'ils sont propres à former des sons articulés , que nous appelons des mots. Mais cela ne suffisait pas pour faire le langage : car ou peut dresser les perroquets et plusieurs autres oiseaux à former des sons articulés et assez distincts ; cependant ces animaux ne sont nullement capables de langage.

S 3. Et pour faire de ces sons les signes de ses idées.

Il est donc nécessaire qu’outre les sons articu-

lés l'homme fût capable de se servir de ces sons comme signes de ses conceptions intérieures, et de les établir comme autant de marques des idées que nous avons dans l’esprit , afin que par là elles pussent être manifestées aux autres, et qu 'ainsi les hommes pussent s'entre-communiquer les pensées qu'ils ont dans l'esprit

S S. Les mots servent aussi de signes généraux.

Mais cela ne suffisait point encore pour rendre les mots aussi utiles qu'Hs doivent l’étre. Ce n'est pas assez, pour la perfection du langage, que les sons puissent devenir signes des idées, à moins qu'on ne puisse s'en servir de telle sorte qu'ils comprennent plusieurs choses particulières : car la multiplication des mots en aurait confondu l’usage, s'il eût fallu un nom distinct pour designer chaque chose particulière. Afin de remédier à cet inconvénient, le langage a été encore perfectionné par l'usage des termes généraux , par où un seul mot est devenu le signe d'une multitude d'existences particulières : excellent usage des sons, qui a été uniquement produit par la différence des Idées dont ils sont devenus les signes; les noms à qui l'on fait signifier des idées générales , devenant généraux , et ceux qui expriment des idées particulières, demeurant particuliers ’.

1 * Je crois qu'en effet, sans le désir de nous faire en- « tendre, nous n'aurions jamais formé de langage; mais,

« étant tonné , il sort encore a l'homme à raisonner à part s soi, tant par le moyen que les mots lui donnent de se « souvenir des pensées abstraites, que par l'utilité qu'on

* trouve, en raisonnant, à se servir de caractères et de . pensées sourdes : car ii faudrait trop de temps s'il fallait « tout expliquer, et toujours substituer les définitions à la . place des termes. ■

» .. les termes généraux ne servent pas seulement à la a perfection des langues , mais même ils sont nécessaires

* pour leur constitution essentielle. Car, si par tes choses « particulières on entend les individuelles , il serait in>< . possible de parler, s’il n’y avait que des noms propres ,

■ et point A'appellati/s ; c’est-à-dire, s'il n'y avait des

■ mois qnc pour les individus , puisqu’ a tout moment il

■ en revient de nouveaux lorsqu’il s'agit des individus,

■ des accidents, et particulièrement des actions, qui sont

* ce qu'on désigne le plus. Mais si , par les classes parte

■ culières , on entend les plus basses espèces ( species in -

■ fanas), oulrc qu'il est bien difficile de tes déterminer,

■ il esl manifeste que ce sont déjà des universaux , fondés

■ sur ta similitude. Donc, comme il ne s'agit que de simi-

■ litnde plus ou moins étendue , selon qu’on parie dee « genres ou des espèces, il est naturel de marquer tonie

■ sorte de similitudes ou ronvenances , et par conséquent

■ d'employer des tenues généraux de tons degrés ; et « même les plus généraux, étant moins chargés par rap-

■ port aux idées ou essences qu'ils renferment , quoiqu'ils

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