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CHAPITRE V

Des noms des modes mixtes, et des relations.

S t. Les noms des modes mixtes signifient des idées abstraites comme les autres noms généraux.

Les noms des modes mixtes étant généraux, Ils signifient , comme il a été dit , des espèces de choses dont chacune a son essence particulière. Et les essences de ces espèces ne sont que des

1 * Ce n’est pas lin avantage que les idées de qualités

• sensibles aient si peu de sulsmlinalion , et soient eapa- « Mes de si peu de sons-div isioos ; car cela vient de ce

• que nous les connaissons peu Cependant, cela même « que les couleurs ont de commun , d'ètre vues par tes « yeux , de passer toutes par des corps qui oous transmet*

• trot l’apparence de quelques-unes d'entre eiies , et d’être

■ renvoyées par les surfaces polies des corps qui ne les « laissant point passer, fait connaître qu'on |ieut retran-

■ clier quelque clurse des idées que nous en avons. On " peut même diviser les couleurs avec grande raison en « extrêmes ( dont l'un est positif , savoir, le blanc , et « l’autre privatif, savoir, le noir), et en moyens, qu'on « appelle encore couleurs , dans un sens plus particulier, « et qui naissent de la lumière par la réfraction, qu’on - peut encore sous-div iser en celle du c6té convexe, et » celle du côté concave du rayon rompu. El ces divisions s et sonsstivisions des couleurs ne sont pas de petite

■ eonséqttence. »

idées abstraites, auxquelles on a attaché certains noms. Jusque-là les noms et les essences des modes mixtes n'ont rien qui ne leur soit commun avec d'autres idées : mais , si nous les examinons de plus prés, nous y trouverons quelque chose de particulier, qui peut-être mérite bien que nous y fassions attention.

S 5. 1° Les idées qu'ils signifient sont formées par l’entendement.

La première chose que je remarque , c’est que les idées abstraites, ou, si l'oit veut, les essences des différentes especes de modes mixtes, sont formées par l’entendement ; et en cela clics diffèrent de celles des idées simples ; car, pour ces dernières , l’esprit n'en saurait produire aucune ; il reçoit seulement celles qui lui sont offertes par l'existence réelle des choses qui agissent sur lui.

S 3. s" Elles sont formées arbitrairement et sans modèles.

Je remarque, après cela , que les essences des espèces des modes mixtes non-seulement sont formées par l'entendement , mais qu'elles le sont d'une manière purement arbitraire , sans modèle ou rapport a aucune existence réelle : en quoi elles different de celles des substances, qui supposent quelque être réel , d’où elles sont tirées, et auquel elles sont conformes. Mais dans les idées complexes que l'esprit se forme des modes mixtes , il prend la liberté de ne pas suivre exactement l’existence des choses. Il assemble et retient certaines combinaisons ou collections, comme nutant d'idées spécifiques et distinctes, pendant qu'il en néglige d'autres qui se présentent aussi souvent dans la nature, et qui sont aussi clairement suggérées pnr les choses extérieures, sans les désigner par des noms, ou par des spécifications distinctes. L'esprit ne se propose pas non plus , dans les idées des modes mixtes , comme dans les idées complexes des substances , de les examiner par rapport à l'existence réelle des choses , ou de les vérifier sur des modèles existant dans la nature , et composés de telles idées particulières. Par exemple , si un homme veut savoir si l'idée qu'ii a de l’adultère, ou de l'inceste, est exacte : ira-t-il la chercher parmi les choses actuellement existantes? Ou bien, l'idée qu'il en a est-elle véritable, parce que quelqu’un a été témoin de l'action qu'elle suppose? Nullement. Il suffit pour cela que les hommes nient réuni une telle collection

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