LIVRE III, CHAPITRE VI
par conséquent une production de leur esprit , et non de la nature.
S 32. Plus nos idées sont générales, plus elles sont incomplètes.
Si le nombre des idées simples qui composent l’essence nominale de la plus basse espèce, ou la première distribution des individus en espèces, dépend de l’esprit de l'homme qui assemble diversement ces idées, il est bien plus évident qu'il en est de même dans les classes les plus étendues, qu’on appelle genres en termes de logique. En effet, ce ne sont que des idées qu'on mu! imparfaites à dessein : car, qui ne volt du premier coup d'œil que diverses qualités, que l'on peut trouver dans les choses mêmes, sont exclues exprès des idées génériques? Comme l’esprit, pour former des Idées générales qui puissent comprendre divers êtres particuliers, en exclut le temps , le lieu et les autres circonstances qui ne peuvent être communes h plusieurs individus , ainsi , pour former des idées encore plus générales , et qui comprennent différentes espèces, l'esprit en exclut les qualités qui distinguent ces espèces les unes des autres, et ne renferme, dans cette nouvelle combinaison d’idées , que celles qui sont communes à différentes espèces. La même commodité qui a porté les hommes à désigner par un seul nom les divers fragments de cette matière jaune qui vient de la Guinée ou du Pérou, les engage aussi à inventer un seul nom qui puisse comprendre l’or, l’argent, et quelques autres corps de différentes sortes : ce qu’on fait en omettant les qualités qui sont particulières à chaque espèce, et retenant une idée complexe formée de celles qui sont communes à toutes ces espèces. Ainsi , le nom de métal leur étant assigné, voilà un genre établi, dont l’essence n’est autre chose qu’une idée abstraite qui , contenant seulement la malléabilité et la fusibilité , avec certains degrés de pesanteur et de fixité , en quoi quelques corps de différentes espèces conviennent , laisse à part la couleur et les autres qualités particulières à l'or, à l'argent, et aux autres sortes de corps compris sous le nom de métal. D'où II parait évidemment que, lorsque les hommes forment leurs idées génériques des substances, ils ne suivent pas exactement les modèles qui leur sont proposés par la nature; puisqu'on ne saurait trouver aucun corps qui renferme simplement la malléabilité et la fusibilité, sans d'autres qualités qui en sont aussi inséparables que cel-
les-là. Mais, comme les hommes, en formant leurs idées générales , considèrent plutôt la commodité du langage, et le moyen de s’exprimer promptement par des signes courts et d’une certaine étendue , que la vraie et précise nature des choses telles qu'elles sont en elles-mêmes, ils se sont principalement proposé, dans la formation de leurs idées abstraites , cette fin , qui consiste à faire provision de noms généraux et de différente étendue. De sorte que, dans cette matière des genres et des espèces, le genre , ou l’idée la plus étendue n’est autre chose qu'une conception partielle de ce qui est dans les espèces ; et l’espèce n'est autre chose qu’une idée partielle de ce qui est dans chaque individu. Si donc quelqu’un s’imagine qu’un homme, un cheval, un animal , et une plante, etc. , sont distingués par des essences réelles formées par la nature, il doit se figurer la nature bien libérale de ces essences réelles, en sorte qu'elle en produise une pour le corps , une autre pour l'animal , et l'autre pour un cheval , et qu’elle communique libéralement toutes ces essences à Bucéphale. Mais, si nous considérons exactement ce qui arrive dans la formation de tous ces genres et de toutes ces espèces, nous trouverons qu’il ne s’y fait rien de nouveau , mais que ces genres et ces especes ne sont autre chose que des signes plus ou moins étendus, par où nous pouvons exprimer en peu de syllabes un grand nombre de choses particulières, en tant qu’elles conviennent dans des conceptions plus ou moins générales, que nous avons formées dans cette vue Et dans tout
■ « Si l’on prend les essences récites pour ces modèles « substantiels, qui seraient un corps et rien de plus, un « animal et rien de plua spécilique , un cheval sans qua- ■ lités individuelles , on a raison de les traiter de clià- . mères, et personne n’a prétendu, je pense, pas même
- ies plus grands réalistes d’autrefois, qu’il y ail autant « de substances qui se bornassent au générique, qu’il y a « du genres. Mais il ne s’ensuit pas que si les essences gé- • nërales ne sont pas cela, elles sont purement des signes ; « car j’ai fait remarquer plusieurs fois que ce sont des
- possibilités dans les ressemblances. C'est comme dé « ce que les conteurs ne sont pas toujours des substances . ou des teintures extractibles, il ne s'ensuit pas quelles s sont imaginaires. Au reste, on ne saurait se figurer la » nature trop libérale ; die l’est au delà de tout ce que a nous pouvons inventer, et toutes les possibilités com- » paliblcs en prévalence se trouvent réalisées sur b* grand a théâtre de ses représentations. 11 y avait autrefois deux a axiomes chez les philosophes : celui des réalistes seina Mail faire la nature prodigue, et celui des nominaux « la semblait déclarer chiche : l’un dit que la nature ne a souffre point do vide, et l’autre qu'elle ne bit rien en « vain. Ces deux axiomes sont bons, pourvu qu’on les
- entende ; car la nalure est comme un bon ménager, qui
l)E L'ENTENDEMENT HUMA
cria noos pou vous observer que le terme le plus général est toujours le uom d'une Idée moins complexe, et que chaque genre n’est qu'une conception Ipartielle de l'espece qu'il comprend sous lui. De sorte que, si ces Idées générales et abstraites passent pour complrtn, ce ne peut être que par rapport a une certaine relation établir entre elles et certains noms qu'on emploie pour les désigner, et non A l'égard d’aucune chose existante, en tant que formée par la nature.
S 31. Tout cela est adapté à la fin du langage.
Ceci est adapté à la véritable An du langage, qui doit être de communiquer nos notions par le moyen le plus court et le plus facile qu'on puisse trouver. Car, de cette maniéré, celui qui veut discourir des choses, en tant qu’elles conviennent dans l’idoe complexe d etendue et de solidité, n'a besoin que du mot de corpt pour désigner tout cela. Celui qui, à ces idées, en veut joindre d'autres signiAées par les mots de fie, de tenfiment et de mourraient spontané , n’a besoin que d'employer le mot d'ammaf pour signifier tout ce qui participe à ces idees : et celui qui a formé une idée complexe d'un corps accompagné de vie , de sentiment et de mouvement, auquel est jointe la faculté de raisonner, avec une certaine Agure, n'a besoin que du seul inot homme pour exprimer toutes les idées particulières qui répondent à cette idée complexe. Tel est le véritable usage du genre et de l'espèce, et c'est ce que les hommes font , sans songer en aucune manière aux essences réelles, ou formes substantielles, qui ne font point partie de nos connaissances quand nous pensons à ces choses, ni de la signiAcation des muls dont nous nous servons en nous entretenant avec les autres hommes.
S 34. Exemple dans les easoars.
SI je veux parler A quelqu'un d'une espece d'oiseaux que j’ai vue depuis peu dans le parc de Saint-James , de trois ou quatre pieds de haut, dont la peau est couverte de quelque chose qui tient le milieu entre la plume et le poil , d'un brun obscur, sans ailes , mais qui , au lieu d'ailes, a deux ou trois petites branches semblables à des branches de genêt qui lui descendent au
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Il parait, pa sont les bonne choses. Car, co tes essences qc ccs, Il est év Idées abstraites mlnnles, formi ces. Si l'on tro autres qualités on mettrait sait l'or ou non , c' pèce. Et cria n l'idée abstraite attache le non serait de vérin espece , par ra| la malléabilité signe par le n rait pas de l'or l'égard de celui l'idée spécillqu le demande , qi sous un seul et inent deux dif
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