‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 214 sur 423 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

S 22. Celle incertitude des mots nous devrait apprendre à être modérés , quand il s'aqit de faire adopter aux autres le sens que nous attribuons aux anciens auteurs.

Une chose au moins dont je suis assuré , c'est que, dans toutes les langues , la signification des mots , dépendant extrêmement des pensées , des notions, et des idées de celui qui les emploie, elle doit être inévitablement très-incertaine dans l'esprit de bien des gens du même pays et qui parlent la même langue. Cela est si visible dans les auteurs grecs, que quiconque prendra la peine de feuilleter leurs écrits, trouvera, dans presque chacun d'eux, un langage différent, quoiqu'il voie partout les mêmes mots '. Que si, à cette difficulté naturelle qui se rencontre dans chaque pays, nous ajoutons celles que doit produire la différence des lieux et l'éloignement des temps, dans lesquels ceux qui ont parlé et écrit ont eu différentes notions , divers tempéraments , differentes coutumes , allusions et figures de langage , etc. , chacune desquelles choses avait quelque influence sur la signification des mots, quoique présentement elles nous soient tout À fait inconnues , la raison nous obligera à avoir de l'indulgence et de la charité les uns pour les autres, a l'égard des interprétations ou des faux sens que l’on peut quelquefois donner à ces anciens éerlts. Car, encore qu’il nous importe beaucoup de les bien entendre , Us renferment d'inévitables difficultés , attachées au langage, qui (excepté dans les noms des idées simples , et dons quelques autres fort communs ) ne saurait faire connaître , d’une manière claire et déterminée, le sens et l'intention de celui qui parle, à celui qui écoute, sans de continuelles définitions des termes. Et dans les discours de religion , de droit et de mo-

(„ J'ai été surpris de voir que des auteurs grecs, si « éloignés les uns des autres i l’égard des temps et des

• lieux, comme Homère, Hérodote, Strabon, Plutarque,

» Lucien, Eusèhe, Procope, Photius, s’approclientlant ;

- au lieu que les Latins ont tant changé , et les Allemands,

- Anglais et Français, bien davantage. Mais c’est que les

• Grecs uut eu, dès le temps d'Homère, et pins encore

- lorsque la ville d'Athènes était dans un état florissant,

« de bons auteurs que la postérité a pris pour modèles ,

- au moins en écrivant. Car sans doute la langue v ulgaire

- des Grecs devait être déjà bien changée sous la domi.

., nation des Romains ; et celte même raison fait que l’I- . talion n'a pas tant changé que le français ; parce que los

- Italiens, avant (si plus UH des écrivains d'une réputation . durable , ont imité et estiment encore liante , Pétrarque,

• Bocrace , et autres auteurs d'une épooue dont les au- „ Unis français ne sont plus do mise. -

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