CHAPITRE X
raie , où les matières sont d'une plus haute importance, on trouvera qu'il y a aussi de plus grandes difficultés.
$ 23. Le grand nombre de commentaires qu’on a faits sur le vieux et sur le nouveau Testament, en sont des preuves bien sensibles. Quoique tout ce qui est contenu dans le texte soit infailliblement véritable , le lecteur peut fort bien se tromper dans la manière dont il l'explique ; ou plutôt , il ne saurait éviter de tomber sur cela dans quelque méprise. Et il ne faut pas s’étonner que la volonté de Dieu , lorsqu’elle est ainsi revêtue de paroles , soit sujette à des ambiguités qui sont inévitablement attachées fi cette manière de communication , puisque son fils même était snjet à toutes les faiblesses et à toutes les incommodités de notre nature , excepté le péché , tandis qu’il a été revêtu de la chair humaine. Du reste, nous devons exalter sa bonté de ce qu'il a daigné exposer en caractères si lisibles ses ouvrages et sa providence aux yeux de tout le monde , et de ce qu'il a accordé au genre humain une assez grande mesure de raison , pour que ceux qui n’ont jamais entendu parler de sa parole écrite , ne puissent point douter de l'existence d’un Dieu, ni de l’obéissance qui lui est due, s’ils appliquent leur esprit à cette recherche. Puis donc que les préceptes de la religion naturelle sont clairs et tout à fait proportionnés à l'intelligence du genre humain ; qu'ils ont été rarement mis en question, et que d'ailleurs les autres vérités révélées qui nous sont transmises par des livres et par le moyen des langues, sont sujettes aux obscurités et aux difficultés qui sont naturellement attachées aux mots, ce serait, ce me semble, une chose bienséante aux hommes de s'appliquer avec plus de soin et d'exactitude à l’observation des lois naturelles, et d’être moins impérieux et moins décisifs à imposer aux autres le sens qu’ils donnent aux vérités que la révélation nous propose.