LIVRE 1, CI
sez de hardiesse et de fermeté pour envisager I sans crainte les reproches que l’on fait & ceux qui i osent s'éloigner du sentiment de leur pays, ou du parti dans lequel ils sont nés? Et ou est l'homme qui puisse se résoudre patiemment a supporter les noms de fantasque , de sceptique et d’athée , qu’on ne manquera pas de lui donner , s’il témoigne seulement qu’il doute de quelqu'une des opinions communes? Ajoutez qu'il ne peut qu’avoir encore plus de répugnance A mettre en question ces sortes de principes , s’il croit , comme font la plupart des hommes, que Dieu a gravé ces principes dans son âme pour être la régie et la pierre de touche de toutes ses autres opinions. Et qu’est-ce qui pourrait l'cmpéclier de regarder ces principes comme sacres , puisque de toutes les pensées qu'il trouve en lui, ce sont les plus anciennes, et celles qu'il voit que les autres hommes reçoivent avec le plus de respect ?
S 26. Comment les hommes viennent, pour l'ordinaire, à se faire des principes.
11 est aisé de s’imaginer , après cela , comment il arrive que les hommes viennent à adorer les Idoles qu'ils ont faites eux-mêmes , à se passionner pour les idées qu'ils se sont rendues familières pendant longtemps , et à regarder , comme des vérités divines , des erreurs et de pures absurdités ; zélés adorateurs de singes et de veaux d'or , je veux dire , de vaincs et ridicules opinions, qu'ils regardent avec un souverain respect, jusqu'à disputer, se battre, et mourir pour les défendre :
Quum solo* rredal habendo»
Easo Dcos, quos ipse col il. * .
» chacun s'imaginant que les dieux qu'il sert ■ sont seuls dignes de l’adoration des hommes. ■ Car , comme les facultés de raisonner , dont on fait presque toujours quelque usage, quoique presque toujours sans aucune circonspection , ne peuvent être mises en action , faute de fondement et d'appui dans la plupart des hommes, qui , par paresse ou par distraction , ne découvrent point les véritables principes de la connaissance , ou qui , faute de temps ou de bons secours , ou pour quelque autre raison que ce soit , ne peuvent point les découvrir pour aller chercher eux-mêmes la vérité jusque dans sa source , il arrive naturellement et d une manière presque inévitable, que ces sortes de gens s'attachent à certains principes qu'ils embrassent sur la foi
1 JuvaxA&ia, sat. XV, v. 37 et 3S.