PITRE II
I d'autrui ; de sorte que , venant à les regarder
t comme des preuves de quelque autre chose, ils s’imaginent que ces principes n'ont aucun besoin d'être prouvés. Or , quiconque a admis une fois dans son esprit quelques-uns de ces principes, et les y conserve avec tout le respect qu’on a accoutumé d'avoir pour des principes , c'est-àdire, sans se hasarder Jamais de les examiner , mais en se faisant une habitude de les croire parce qu'il fout les croire ; ceux , dis-je , qui sont dans cette disposition d'esprit , peuvent se trouver engages par l’éducation et par les coutumes de leur pays , à recevoir pour des principes innés les plus grandes absurdités du monde ; et à force d’avoir les yeux longtemps attachés sur les mêmes objets, ils peuvent s'offusquer la vue jusqu'à prendre des monstres qu'ils ont forgés dans leur cerveau , pour des images de la Divinité , et l’ouvrage même de ses mains.
S 27. Les principes doivent être examinés
On peut voir aisément , par ce progrès insensible , comment , dans cette grande diversité do principes opposés, que des gens de tout ordre et de toute profession reçoivent et défendent comme Incontestables, il y en a tant qui passent pour innés. Que si quelqu'un s'avise de nier que ce soit là le moyen par où la plupart des hommes viennent à s'assurer de la vérité et de l'évidence de leurs principes , il aura peut-être bien de la peine à expliquer , d'une autre manière , comment ils embrassent des opinions tout à fait opposées , qu'ils croient fortement , qu'ils soutiennent avec une extrême confiance , et qu'ils sont prêts , pour la plupart , à sceller de leur propre sang. Et , dans le fond , si c'est là le privilège des principes innés , d'être reçus sur leur propre autorité, sans aucun examen, Je ne vois pas qu'il y ait rien qu'on ne puisse croire , ni comment les principes , que chacun s'est choisis en particulier, pourraient être révoqués en doute. Mais, si l’on dit qu’on peut et qu’on doit examiner les principes , et les mettre , pour ainsi dire , à l'épreuve, je voudrais bien savoir comment
* ■ Nous sommes d'arconl sur c* point ; et bien loin
* que j'appronvc qu'on se fasse des principes douteux . je
* voudrais, moi, qu’on cherchât Jusqu’à la démonstration ■ des axiomes d'Kuclide , comme quelque* anciens ont s lait aussi. Et lorsqu'on demande le moyen de conuaürc « et d'examiner les principes innés, je répondsqu’excepUS « les instincts , dont la raison est inconnue , il faut tâcher « de les réduire aux premiers principes , c'estdvdire, aux s axiomes identiques ou immédiats, par le moyen des s définitions, qui ne sont autre chose qu'une exposition
* distincte des idées, s
des pfemiore principes, des principes gravis naturellement dans 1'Jme , peuvent être mis à l’épreuve î Ou du moins qu’il me soit permis de demander à quelles marques et par quels caractères on peut distinguer les véritables principes , les principes innés , d'avee ceux qui ne le sont pas, afin que, parmi le grand nombre de principes auxquels on attribue ce privilège, je puisse être à l’abri de l’erreur, dans un point aussi important que celui-là. Cela fait , je serai tout prêt à recevoir avec joie ces admirables propositions, qui ne peuvent être que d’une grande utilité ; ! mais , jusque-là , je suis en droit de douter qu'il y ait aucun principe véritablement inné , parce que je crains que le consentement universel , qui est le seul caractère qu’on ait encore produit pour discerner lies principes innés , ne soit pas une (marque asset sûre pour me déterminer en cette occasion , et pour me convaincre de l’existence d’aucun principe inné. Par tout cc que je viens de dire , Il parait clairement , à mon avis , qu’il n’y a point de principe de pratique dont tous les hommes conviennent ; et qu’il n’y en a , par conséquent , aucun qu’on puisse appeler Inné.