‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 24 sur 423 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Autres considérations touchant les principes innés , tant ceux qui remanient la spéculation , que ceux qui appartiennent à la pratique.

S 1”. Des principes ne sauraient être innés, à moins que les idées dont ils sont composés ne te soient aussi.

Si ceux qui nous veulent persuader qu’il y a des principes innés, ne les eussent pas considérés en gros, mais eussent examiné à part tes diverses parties dont sont composées les propositions qu’ils nomment principes innés, ils Sauraient pas été peut-être si prompts à croire que ces propositions sont effectivement innées ; parce que si les idées dont ces propositions sont composées, ne sont pas innées, il est impossible que les propositions elles- mêmes soient innées, ou que la connaissance que nous en avons soit née avec nous. Car, si ces idées ne sont point innées , Il y a eu un temps auquel l'Âme ne connaissait point ces principes, qui , par conséquent , ne sont point innés , mais viennent de quelque autre source. Or, où il n’y a point d’idées, Il ne peut y avoir aucune connaissance, aucun assentiment, aucunes propositions mentales ou verbales concernant ces idées.

S 2, Les idées, et surtout celles qui composent

les propositions qu'on appelle principes,

ne sont point nées avec les enfants.

Si nous considérons avec soin les enfants nouvellement nés, nous n’aurons pas grand sujet de croire qu’ils apportent beaucoup d'idées avec eux en venant au monde. Car, excepté peut-être quelques faibles idées de faim, de soif, de chaleur et de douleur qu'ils peuvent avoir senti dans le sein de leur mère , il n’y a nulle apparence qu'ils aient aucune Idée établie , et surtout de celles qui répondent aux termes dont sont composées ces propositions générales, qu’onveut faire passer pour innées. On peut remarquer comment différentes idées leur viennent ensuite par degrés dans l’esprit , et qu'ils n’en acquièrent justement que celles que l'expérience et l’observation des choses qui sc présentent à eux , excitent dans leur esprit ; ce qui peut suffire pour nous convaincre que ces idées ne sont pas des caractères gravés originairement dans l'Âme.

S 3. Preuve de la même vérité.

S'il y a quelque principe inné, c’est, sans contredit , celui-ci : Il est impossible qu'une chose soit et ne soit pas en même temps. Mais qui pourra se persuader, ou qui osera soutenir que les idées d’impossibilité et d'identité soient innées 1 ? Est-ce que tous les hommes ont ces idées , et qu’ils les portent avec eux en venant au monde ? se trouvent-elles les premières dans les enfants, et précèdent-elles dans leur esprit toutes leurs autres connaissances? Car c'est cc qui doit arriver nécessairement si elles sont innées. Dira-t-on qu’un enfant a les idées d'impossibilité et d’identité avant que d'avoir celles du blanc ou du noir, du doux ou de l'amer, et que c'est de la connaissance de cc principe, qu’il conclut que i'absinthe , dont on frotte le bout des mamelles de sa nourrice , n'a pas le même goût que celui qu’il avait accoutumé de sentir

1 « U Tant bien que ceux qui sont pour les vérités in- « nées soutiennent et soient persuadés que cos idées le f sont aussi ; et j'avoue que je suis de leur avis. Les idres

■ de l'être, du possible , du même , sont st bien Innées , . qu'elles entrent dans toutes nos |« nsées et raisonne

■ monts, et je les regarde comme des choses essentielles s

- notre esprit. Mais j’ai déjà dit qu’on n'y fait pas toujours « une attention particulière, et on ne les démêle qu avec « le temps. J’ai dit encore que nous sommes, pour ainsi • dire, innés à nous-mêmes ; et puisque nous sommes des

- êtres, l'être nous est inné, et la connaissance de l'être « est enveloppée dans celle que nous avons de noos-mê-

« mes. Il y a quelque chose d'approchant, en d'autres no

. lions générales. -

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