CHAPITRE II
capables de démonstration que les idées du nombre et de l’étendue. O que je viens de dire de la blancheur et des couleurs, est, je pense, egalement véritable à l’égnrd de toutes les secondes qualités et de leurs modes.
S 14. Connaissance sensitive de l'existence des tires particuliers.
Voila donc Its deux degrés de notre connaissance, Y intuition et la démonstration. D’ailleurs, tout ce qui ne peut se rapporter à l’un des deux, avec quelque assurance qu’on le reçoive, n’est que foi , ou opinion, et non pas connaissance , du moins à l’égard de toutes les vérités générales. A la vérité, l’esprit a encore, de l'existence particulière des êtres finis hors do nous, une perception qui, s'étendant au delà de la simple probabilité, mais sans atteindre aucun des deux degrés de certitude dont on vient de parler, prend pourtant le nom de connaissance. Que l’idée que nous recevons d'un objet extérieur soit dans notre esprit, rien ne peut être plus certain , et c’est une connaissance intuitive. Mais de savoir s'il y a quelque chose de plus que cette idée qui est dans notre esprit, et si de là nous pouvons inférer certainement l'existence d’aucune chose hors de nous, qui corresponde à cette idée , c'est ce que certaines gens croient qu’on peut mettre en question ; parce que les hommes peuvent avoir de telles idées dans leur esprit, lorsque rien de pareil n'existe actuellement , et que leurs sens ne sont affectés d'aucun objet qui corresponde à ces idées. Pour moi, je crois pourtant que, dans ce cas-là, nous avons un degré d'évidence qui nous élève audessus du doute. Car je demande , A qui que ce soit, s’il n’est pas Invinciblement convaincu en lui-même qu'il a une perception différente, lorsqu'il regarde le soleil pendant le jour, et lorsqu'il pense à eet astre pendant la nuit; lorsqu'il goûte actuellement de l’absinthe et qu’il sent une rose, ou qu’il pense seulement à cette saveur et à cette odeur ? Nous sentons aussi clairement la différence qu’il y a entre une idée qui est renouvelée dans l’esprit par le secours de la mémoire, ou qui nous vient actuellement dans l’esprit par le moyen des sens, que nous voyons la différence qui est entre deux Idées absolument distinctes. Mais si quelqu'un me réplique qu'un songe peut faire le même effet , et que toutes ces idées peuvent être produites en nous sans l’intervention d'aucun objet extérieur ;
qu’il songe, s’il lui plaît , que je lui réponds ees deux choses : premièrement , qu’il n’importe pas beaucoup que je lève ou non ce scrupule ; car, si tout n’est que songe , le raisonnement et tous les arguments qu’on pourrait faire sont inutiles, la vérité et la connaissance n’étant rien du tout. Ensecoud lieu, qu’il reconnaîtra, à mon avis, une différence tout à fait sensible entre songer qu’on est dans le feu et y être actuellement. Que s’il persiste à vouloir paraître sceptique, jusqu'à soutenir que ce que j’appelle être actuellement dans le feu , n’est qu’un songe , et que par là nous ne saurions connaître certainement qu’une chose telle que le feu , existe actuellement hors de nous; je réponds que, comme nous trouvons certainement que le plaisir ou la douleur vient par suite de l’application qu'on nous fait de certains objets dont nous apercevons , ou dont nous songeons que nous apercevons l’existence par le moyen de nos sens, cette certitude est aussi grande que notre bouheur ou notre misère, deux choses au delà desquelles la connaissance, ou l’existence n’a aucun Intérêt pour nous. C’est pourquoi je crois que nous pouvons encore ajouter aux deux précédentes espèces de connaissance, celle qui regarde l'existence des objets particuliers hors de nous, en vertu de cette perception et de ce sentiment intérieur que nous avons de l’introduction actuelle des idées qui nous viennent de la part de ces objets ; et qu'ainsi nous pouvons admettre ces trois sortes de connaissance, savoir : Y intuitive, la démonstrative , et la sensitive , dans chacune desquelles on distingue différents degrés et différents moyens d’évidence et de certitude *.
• • L’opinion, fondée sur le vraisemblable, mérite
« peut-être aussi le nom de connaissance , autrement pres- • que toute la connaissance historique et beaucoup d'au- « très , lomlierajent. Mais je tiens que la recherche des « degrés de probabilité serait très-importante et nous « manque encore, et c’est un grand défaut de nos logi- « que».... Le défaut des moralistes relâchés, sur cet arti- « de, a été en bonne partie d’avoir en une notion trop » limitée et trop insuffisante du j/robabte , qu’il* ont « confondu avec ce qif Aristote appelle ivéotov, ou opina- « Me : car cet auteur, dans ses topiques, n’a voulu que « s'accommoder aux opinions des autres , comme faisaient « les orateurs et les sophistes, et cette vue a fait qu'il ne •< s’est attaché qu'à des maximes reçues, la plupart va- « gués, comme si on ne voulait raisonner que par quolibets •> ou proverbes. Mais le probable est plus étendu ; il faut « le tirer de la nature des clioscs. L’opinion des personnes « dont Tautorité est de poids peut sans doute avoir plus «* de vraisemblance, mais ce n’est pas ce qui achève ta « vraisemblance ; et lorsque Copernic était presque seul " de son opinion, elle était toujours incomparablement
$15. La connaissance n'est pas toiÿoun claire , quoique les idées le soient.
Mais, puisque notre connaissance n’est fondée et ne roule que sur nos idées, ne s’ensuivra-t-il pas de là qu’elle est conforme à nos idées, et que partout où nos idées sont claires et distinctes, ou obscures et confuses, il en sera de même À l’égard de notre connaissance ? Nullement; car, notre connaissance n’étant autre chose que la perception de ia convenance ou de la disconvenance qui est entre deux idées, sa clarté ou son obscurité consiste dans la clarté ou dans l’obscurité de cette perception, et non pas dans la clarté ou dans l’obscurité des idées mêmes. Par exemple , un homme qui a des idées aussi claires des angles d’un triangle et de leur égalité à deux droits , qu’aucun mathématicien qu’il y ait dans le monde, peut pourtant avoir une perception fort obscure de leur convenance , et en avoir par conséquent une connaissance fort obscure '. Mais des idées qui sont confuses à cause de leur obscurité , ou pour quelque autre raison, ne peuvent jamais produire de connaissance claire et distincte : parce que, tant que
« plu* vraisemblable qne celle de tout le genre humain. « Quant à la querelle que le* sceptiques font aux dogma- « tiques sur l’existence des choses hors de nous,.... je
* crois que le vrai critérium en matière des objets des « sens, est la liaison des phénomènes, c’est-à-dire lacon- « flexion de ce qui le passe en différents lieux et temps, « et dans l’expérience des différents hommes, qui sont « eux-mêmes les uns aux autres des phénomènes très- « importants sur cet article. Kl la liaison des phénomènes,
* qui garantit les vérités défait à l'égard des choses sen- « sible* hors de nous, se vérifie par le moyen des vérités « de raison ; comme le* apparences de l’optique s’éclair- « rissent par la géométrie. Cependant, il faut avouer que « toute cette certitude n’est pas du suprême degré, comme « notre auteur l’a très-bien reconnu. Car il n’est point im- « possible, métaphysiquement parlant, qu’il y ait un « songe suivi et durable, comme la vie d’un homme; » mais c'est une chose aussi contraire à la raison, que « pourrait l'être la fiction d’un livre qui sc formerait par » le hasard , en jetant pêle-mêle les caractères d’inipi i- « inerte. Au reste, il est vrai aussi que, pourvu que h** « phénomène* soient liés , il n’importe qu'on les appelle - songes, ou non, puisque l’expérience montre qu’on ne « se t Tonifie point dans les mesures qu’on prend sur les « phénomènes , lorsqu'elles sont prises selon les vérités do « raison. »
> « On jieul avoir dans l’imagination les angles d’un « triangle, sans en avoir pour cela des idées claires. L’i- « maginalion ne nous saurait fournir une image commune « aux triangles acutangles et obtusangles, et cependant « l’idée du triangle leur est commune : ainsi cette idée ne « consiste jmik dans les images , et il n’e&t pas aussi aisé
* qu'on pourrait le penser d'enicudre à fond les angles « d'un triangle, y