LIVRE I, CHAPITRE III
auparavant, lorsqu'il tétait? Est-ce la connaissance qu'il a , qu'une chose ne peut pus être , et n’étre pas en même temps ; est-cc, dis-je, la connaissance actuelle de cette maxime , qui fait qu'il distingue sa nourrice d'avec un étranger, qu'il aime celle-là et évite l'approche de celui-ci ? Ou bien , est-ce que l’àme règle sa conduite et la détermination de ses jugements, sur des idées qu’elle n'a jamais eues? Et l'entendement tiret-il des conclusions de principes qu'il n’a point encore connus ni compris? Ces mots d'impossibilité et d’identité marquent deux idées, qui sont si éloignées d'ètre iimées et gravées naturellement dans notre âme, que nous avons besoin, à mon avis, d'une grande attention pour les former comme il faut dans notre entendement ; et bien loin de naitre avec nous , elles sont si fort éloignées des pensées de l’enfance et de la première jeunesse, que, si l’on y prend bleu garde , je crois qu'on trouvera qu'il y a bien des hommes faits à qui elles sont inconnues.
S 4. L’idée de fidentlté n’est point innée.
Si l’idée de l'identité (pour ne parler que de celle - ci ) est naturelle , et par conséquent si évidente et si présente à notre esprit , que nous devions la connaître dès le berceau , je voudrais bien qu'un enfant de sept ans , ou même un homme de soixante-dix ans , me dit si un homme, qui est une créature composée de corps et d'âme, est le même lorsque son corps est changé : si Euphorbe et Pythagore, qui avaient eu la même âme, n’étaient qu'un même homme, quoiqu’ils eussent vécu éloignés de plusieurs siècles l’un de l’autre : et si le coq dans lequel cette même âme passa ensuite, était le même qu’ Euphorbe et Pythagore? 11 paraîtra peut-être, par l’embarras où il sera de résoudre cette question , que l'idée d'identité n'est pas si établie ni si claire, quelle mérite de passer pour inncc. Or, si ces idées, qu'on prétend être innées, ne sont ni assez claires ni assez distinctes pour être universellement connues et reçues naturellement, elles ne sauraient servir de fondements à des vérités universelles et Indubitables; mais elles seront, an contraire , une occasion certaine d'une perpétuelle incertitude. Car, supposé que tout le monde n'ait pas la même idée de l’identité , que Pythagore et mille de ses sectateurs cd ont eue, quelle est donc la véritable idée do l’identité, celle qui nous est naturelle et qui est proprement née avec nous? Ou bien, y a-t-il deux idées d’identité , différentes l’une de
l'autre, qui soient pourtant toutes deux innées?
S 5. C’est en vain qu'on répliquerait à cela que les questions que je viens de proposer sur l’identité de l'homme, ne sont que de vaines spéculations : car, quand cela serait , on ne laisserait pas d'en pouvoir conclure qu'il n’y a aucune idée innée de l’identité dans l’esprit des hommes. D’ailleurs , quiconque considérera , avec un peu d’attention , la résurrection des morts , où Dieu fera sortir du tombeau les mêmes hommes qui seront morts auparavant, pour les juger et les rendre heureux ou malheureux selon qu'ils auront bien ou mal vécu dans cette vie ; quiconque, dis-je, fera quelque réflexion sur ce qui doit arriver alors à tous les hommes , aura peut-être assez de difficulté à déterminer en luimême ce qui fait le même homme, ou en quoi consiste l’identité , et n’aura garde de s'imaginer que lui ou quelque autre que ce soit, et les enfants eux-mêmes, en aient naturellement une Idée 'claire et distincte.
S S. Les idées de tout et de partie ne sont point innées.
Examinons ce principe mathématique : Le tout est plus grand que sa partie. Je supposo qu’on le met nu nombre des principes innés , et Je suis assuré qu’il peut y être mis avec autant de raison qu’aucun autre principe que ce soit. Cependant, personne ne peut regarder ce principe comme inné , s’il considère que les idées de tout et de partie qu’il renferme, sont parfaitement relatives; et qne les idées positives auxquelles elles se rapportent proprement et immédiatement , sont celles d'extension et de nombre , dont ce qu’on nomme tout et partie ne sont que de simples relations : de sorte que si les idées de tout et de partie étaient innées , il faudrait que celles d’extension et de nombre le fussent aussi ; car il est impossible d’avoir l’idée d'une relation , sans en avoir aucune de la chose même à laquelle cette relation appartient et sur quoi elle est fondée. Du reste, je laisse à examiner aux partisans des principes innés , si les idées d’extension et de nombre sont naturellement gravées dans l’âme de tous les hommes.
§ T. L’idée ifadoration n'est pas innée.
Une autre vérité, qui est , sans contredit , l’une des plus importantes qui puissent entrer dans l’esprit des hommes, et qui mérite de tenir le premier rang parmi tous les principes de pratique, c’est que Dieu doit être adoré. Cependant , elle né peut en aucune manière passer
jaïur Innée, Il moins que les idees de Dieu et d'adorat/on ne soient aussi innées. Or, que l’idée signifiée par le terme d' adoration , ne soit pas , dans l’entendement des enfants, comme un caractère originairement empreint dans leur Ame, c’est de quoi l'on conviendra , Je plaise , fort aisément, si l'on considéré qu'il se trouve bien peu d'hommes faits qui en aient une idée claire et distincte. Cela [sise, je ne vois pas qu'on puisse imaginer rien de plus ridicule que de dire que les enfants ont une connaissance innée de ce principe de pratique, Dieu doit être adoré ; mais que pourtant ils ignorent quelle est eette adoration qu'il faut rendre A Dieu , en quoi consiste tout leur devoir. Mais , sans appuyer davantage sur cela, passons outre.
• S 8- l'idée de Dieu n'est jmint innée.
Si aucune idée peut être regardée comme innée, on doit pour plusieurs raisons recevoir en cette qualité l'idée de Dieu , préférablement à toute autre : car il est difficile de concevoir comment il pourrait y avoir des principes de morale innés , sans une idée innée de ce qu'on nomme Divinité ; parce que , ôté l'idée d'un législateur, il n'est plus possible d'avoir l'idée d'une loi , et de se croire obligé de l'observer. Or, sans parler des athées, dont les anciens ont fait mention , et qui sont flétris de ce titre odieu x sur la foi de l'histoire, n’a-t-on pas découvert, dans ces derniers siècles, par le moyen de la navigation, des nations entières qui n'avaient aucune idée de Dieu , A la baie de Soldanic ' , dans le Brésil * , et dans les Iles Cnribes J , etc. Voici les propres termes de Nicolas del Techo, dans les lettres qu’il écrit ‘ du l’nragual , touchant la conversion des Cnnigues : Dépéri eam ijentem ' nullum nomen habere, quod Deurn et hominis animam significet; nul/a sacra habet , nulla idola ; c’est-à-dire : « J'ai trouvé
- que cette nation n'a aucun mot qui signifie * Dieu et l'Ame de l'homme ; qu'elle n’observe
- aucun culte religieux, et n'a aucune idole. * Ces exemples sont pris de nations où la nature inculte a été abandonnée A elle-même sans avoir reçu aucun secours des lettres, de la discipline
* Rhoc apnd Thcvenot, p. 2. Terry, p. 17-444. Oviag- Ion, p. 480-G06.
» Jean de Lery, chap. la.
3 Hans le ùoranday. Voyage dos pays septentrionaux, |iar le sieur de La MartirifCre, p. 310-432.
1 Ex Paraquaria, de Caaiguarniu conversione.
3 lielalio triplex de rebus indicés Caaiguarum.
et de la culture des arts et des sciences. Mais il se trouved'autres peuples qui , ayant joui de tous ces avantages dans un degré t res-considérable , ne laissent pas d'être privés de l'idée et de in connaissance de Dieu. Bien des gens seront sans doute surpris , comme je l’ai été , de voir que les Siamois sont de ce nombre, il ne faut, pour s'en assurer, que consulter La I-oubère 1 , envoyé du roi de France , Louis XIV, dans ce pays-là ; lequel * ne nous donne pas une Idée plus avantageuse a cet égard des Chinois euxmêmes. Et si nous ne voulons pas l'en croire, les missionnaires de la Chine, sans en excepter même les jésuites , grands panégy ristes des Chinois, qui tous s'accordent unanimement sur cet article , nous convaincront que dans la secte des lettrés, qui sont le parti dominant, et se tiennent attachés à l'ancienne religion du pnys, ils sont tous athées. Voyez Navarrette, et le livre intitulé : Historia cultils Sinensium, Histoire du culte des Chinois.
Et peut-être que si nous examinions avec soin la vie et les discours de bien des gens , qui ne sont pas si loin d’ici , nous n’aurions que trop de sujet d'appréhender que dans les pays les plus civilisés il ne se trouve plusieurs personnes qui ont des idées fort faibles et fort obscures d'une divinité , et que les plaintes qu'on fait en chaire du progrès de l'athcisme ne soient que trop bien fondées. De sorte que , bien qu'il n'y ait que quelques scélérats entièrement corrompus (pii nient l’impudence de se déclarer athées, nous en entendrions peut-être beaucoup plus qui tiendraient le même langage , si la crainte de l'épéc du magistrat ou les censures de leurs voisins ne leur fermaient la bouche; tout prêts d'ailleurs à publier aussi ouvertement leur athéisme par leurs discours , qu'ils le font par les déréglementa de leur vie, s'ils étalent déliv rés de la crainte du châtiment , et qu'ils eussent étouffé toute pudeur.
S 9. Mais, supposé que tout le genre humain et'it quelque idée de Dieu dans tous les endroits du monde ( quoique l'histoire nous enseigne directement le contraire ) , il ne s'ensuivrait nullement de là que cette idée fût innée. Car, quand il n’y aurait aucune nation qui ne désignât Dieu par quelque nom , et qui n'eût quelques notions obscures de cet être suprême , cela ne prouverait
» Dn royaume de Siani, loin I part. Il, cli. 9, sert. 15 ; el |«ri. III, chap. 20 , sert. 22, et chap. 22, «ect. C>.
> Ibid part. III, drap. 20, sert 4, cl ch. 23.
L1VKE I, CHAPITRE III.
pourtant pas que ces notions fussent autant de caractères grav és naturellement dans l'âme; non plus que les mots de feu, de soleil , de chaleur ou de nombre, ne prouvent point que les idées que ces mots signifient soient innées, parce que les hommes connaissent et reçoivent universellement les noms et les idées de ces choses : comme, au contraire, de ce que les hommes ne désignent Dieu par aucun nom , et n'en ont aucune idée , on n'en peut rien conclure contre l'existence de Dieu , non plus que ce ne serait pas une preuve qu'il n'y a point d'aimant dans le monde, parce qu'une grande partie deshommes n'ont aucuue idée d une telle chose, ni aucun nom pour la désigner ; ou qu'il n’y a point d'espèces différentes et distinctes d'anges ou d’êtres intelligents au-dessus de nous, par la raison que nous n'avons point d'idée de ces especes distinctes , ni aucuns noms pour en parler. Comme c'est par le langage ordinaire de chaque pays que les hommes viennent à faire provision de mots, ils ne peuvent guère éviter d'avoir quelque espece d'idée des choses dont ceux avec qui ils conversent ont souvent occasion de les entretenir sous certains noms : et si c'est une chose qui emporte avec elle l’idée d'excellence, de grandeur, ou de quelque qualité extraordinaire qui intéresse par quelque endroit , et qui s'imprime dans l'esprit sous l'idée d'une puissance absolue et irrésistible qu'on ne puisse s’empêcher de craindre, une telle idée doit, suivant toutes les apparences, faire de plus fortes impressions et se répandre plus loin qu’aucune autre, surtout si c'est une Idée qui s'accorde avec les plus simples lumières de la raison , et qui découle naturellement de chaque partie de nos connaissances. Or, telle est l’idée de Dieu ; car les marques éclatantes d’une sagesse et d'une puissance extraordinaires paraissent si visiblement daus tous les ouvrages de la création , que toute créature raisonnable qui voudra y faire une sérieuse réflexion ne saurait manquer de découvrir l'auteur de toutes ces merveilles ; et l'impression que la découverte d'un tel Etre doit faire nécessairement sur l'âme de tous ceux qui en ont entendu parler une seule fois est si grande, et entraîne avec elle une suite de pensées d'un si grand poids et si propres à se répandre dans le monde , qu'il me parait tout à fait étrange qu'il puisse se trouver sur la terre une nation entière d’hommes assez stupides pour n'avoir aucune idée de Dieu : cela , dis-je , me semble aussi surprenant que d'imaginer des
hommes qui n’auraient aucune idée des nombres ou du feu 1 .
S 10. 1.e nom de Dieu ayant été une folsemployé en quelque endroit du monde pour signifier un Être suprême, tout-puissant, tout sage et invisible , la conformité qu’une telle idée a avec les principes de la raison, et l'intéiét des hommes qui les portera toujours à faire souvent mentiou de cette idée, doivent la répandre nécessairement fort loin , et In faire passer dans toutes les générations suivantes. Mais, supposé que ce mot soit généralement connu , et que cette partie du genre humain qui est peu accoutumée à penser y ait attaché quelques idées vagues et imparfaites , il ne s’ensuit nullement de là que l’idée de Dieu soit innée. Cela prouverait tout au plus que ceux qui auraient fait cette découverte , se seraient servis comme il faut de leur raison , qu'ils auraient fait des réflexions sérieuses sur les causes des choses , et les auraient rapportées à leur véritable origine ; de sorte que cette importante notion ayant été communiquée par leur moyen à d'autres hommes moins spéculatifs , et ceux-ci l'ayant une fois reçue , il ne pouvait guère arriver qu'elle se perdit jamais.
S II. Que l’idée de Dieu n'est point innée.
C'est là tout ce qu'on pourrait conclure de l'idée de Dieu, s’il était vrai qu'elle se trouvât universellement répandue dans l’esprit de tous les hommes , et que dans tous les pays du monde elle fut généralement reçue de tout homme qui serait parvenu it un âge mûr ; car le consentement général de tous les hommes â reconnaître un Dieu ne s'étend pas plus loin , à mon «vis. Que si l’on soutient qu'un tel consentement suffit pour prouver que l’idée de Dieu est innée, on en pourra tout aussi bien conclure (pie l’idée du feu est innée ; parce qu’on peut , à ce que je crois, assurer positivement qu’il n’y a personne
■ . Rien de plus beau et de plus II mon gré nue celui « suite de pensées ; je dirai seulement ici que l'suleur, en -parlant dis plus simples lumières de la raison, qui
- s’accordent avec l'idée de Ilieu, et de « qui en découle
- naturellement, ne parait guère s'éloigner de mon sens ■ sur les vérités inmèa. Sur ce qu'il lui parait aussi
- étrange qu'il y ait des hommes sans sur une Idée de
- Dieu , qu’il serait surprenant de trouver des hommes
- qui n'auraient aucune idée des noinhres et du feu , je n remarquerai que les habitants des lies Mariancs , aux-
- quelles on a donné ie nom de la rrine d’Kspagne qui y a « favorisé les missions, n'avaient aucune connaissance du
- feu lorsqu'on les découvrit , comme il parait par ta r«- ., lation qoe le R P. Gobicn , jésuile français, chargé des
- missions étrangères, s donnée su public, et m'a em « voyée. -
I)E L'EINTEN DEMENT HUMAIN.
dans le monde qui ait quelque idée de Dieu , qui n'alt aussi l'Idée du feu. Or, je suis certain qu'une colonie de jeunes enfants qu'on enverrait dans une Ile où il n’y aurait point de feu , n’auraient absolument aucune idée du feu , ni aucun nom pour le daigner, quoique ce fût une chose généralement connue partout ailleurs. Et peutêtre ces enfants seraient-ils aussi éloignés d'avoir aucun nom ou aucune idée pour exprimer la Divinité, jusqu’à ce que quelqu'un d'entre eux s'avisât d'appliquer sqn esprit à la considération de ce monde et des causes de tout ce qu’il contient , par où il parviendrait aisément à l'idée d'un Dieu. Après quoi il n'auralt pas plutôt fait part aux autres de cette découverte , que la raison et le penchant naturel qui les porterait à réfléchir sur un tel objet , la répandraient ensuite, et la propageraient au milieu d'eux.
§ 12. Il est convenable à la bonté de Dieu que tous les hommes aient une idée de cet Etre suprême : donc Dieu a gravé cette idée dans l'3mc de tous les hommes.
Réponse à celle objection.
Mais on réplique à cela que c’est une chose convenable à la bonté de Dieu, d'imprimer dans l'âme des hommes des caractères et des idées de lui-même, pour ne les pas laisser dans les ténèbres et dans l'incertitude à l'égard d'un article qui les touche de si près, comme aussi pour s’assurer à lui-même les respects et les hommages qu'une créature Intelligente, telle que l'homme , est obligée de lui rendre. D’où l'on conclut qu’il n'a pas manqué de le faire.
SI cet argument a quelque force , il prouvera beaucoup plus que ceux qui s'en servent en cette occasion ne se l'imaginent Car si nous pouvons conclure que Dieu a fait pour les hommes tout ce que les hommes jugeront leur être le plus avantageux , parce qu’il est convenable à sa bonté d'en user ainsi, il s'ensuivra de là, nonseulement que Dieu a imprimé dans l'âme des hommes une idée de lui-même , mais qu'il y a empreint nettement et en beaux caractères tout ce que les hommes doivent savoir ou croire de cet Être suprême , tout ce qu'ils doivent faire pour obéir à scs ordres , et qu’il leur a donné une volonté et des affections qui y sont entièrement conformes ; car tout le monde conv iendra sans peine qu’il est beaucoup plus avantageux aux hommes de se trouver dans cet état , que d’être dans les ténèbres à chercher la lumière
et la connaissance comme à tâtons , ainsi que saint Paul nous représente tous les Gentils ( Ad. XVII, 27 ) , et que d'éprouver une perpétuelle opposition entre leur volonté et leur entendement , entre leurs passions et leur devoir. Les partisans de l'église romaine disent : Il est plus avantageux pour les hommes , et plus conforme a la bonté de Dieu , qu'il y ait sur la terre un juge infaillible de leurs coutroverses : donc il y en a un. Et moi , par la même raison, je dis : Il vaut mieux pour les hommes que chaque individu soit lui-même infaillible ; et je leur laisse à penser si la force de cet argument les portera A croire que tout homme soit en effet infaillible. Je pense que c'est raisonner fort juste que de dire: Dieu, qui est infiniment sage, a fait une chose d'une telle manière : donc elle est très-bien faite. Mais il me semble que c'est présumer un peu trop de notre propre sagesse , que de dire : Je crois que cela serait mieux ainsi : donc Dieu l'a ainsi fait. Et a l’égard du point en question , c'est en vain qu'on prétend prouver, sur ce fondement , que Dieu a gravé certaines idées dans l'âme de tous les hommes , puisque l'expérience nous montre clairement qu’il ne l’a point fait. Mais Dieu n'a pourtant pas négligé les hommes , quoiqu’il n'alt pas imprimé dans leur âme ces idées et ces caractères originaux de connaissance , parce qu'il leur u donné d'ailleurs des facultés qui suffisent pour leur Caire découvrir toutes les choses nécessaires à un être tel que l'homme , par rapport a sa véritable destination. Et je me fais fort de montrer qu’un homme peut , sans le secours d'aucuns principes innés , parvenir à la connaissance d'un Dieu et des autres choses qu’il lui importe de connaître , s'il fait un bon usage de ses facultés naturelles. Dieu, ayant doué l’homme des facultés de connaître qu’il possédé , n'était pas plus obligé par sa bonté à graver dans son âme les notions innées dont nous avons parlé jusqu'ici , qu'à lui bâtir des ponts ou des maisons après lui avoir donné la raison , des mains et des matériaux. Cependant II y a des peuples dans le monde qui , quoique Ingénieux d'ailleurs , n'ont ni ponts , ni maisons , ou qui en sont fort mal pourvus , comme il y en a d’autres qui n’ont absolument aucune idée de Dieu, ni aucuns principes de morale , ou qui , du moins , n’en ont que de fort mauvais. La raison de cette ignorance , dans ces deux rencontres, vient de ce que les uns et les autres n'ont pas employé leur esprit, leurs facultés et leurs forces avec