CHAPITRE VH
Des propositions qu’on nomme maximes ou axiomes.
S I . Les axiomes sont évidents par eux-mêmes.
Il y a une espèce de propositions , qui , sous le nom de maximes ou d'axiomes, ont passé pour les principes des sciences ; et, parce qu'elles sont évidentes par elles-mêmes , on a supposé qu’elles étalent innées, sans que personne ait Jamais tâché ( que je sache ) de faire voir la raison et le fondement de leur extrême clarté, qui nous force , pour ainsi dire , a leur donner notre consentement. Il n’est pourtant pas inutile d'entrer dans cette recherche , et de voir si cette grande évidence est particulière à ces seules propositions, comme aussi d’examiner jusqu'où elles influent sur nos autres connaissances, et leur servent de règle.
§ I. En quai consiste cette évidence immédiate.
La connaissance consiste , comme je l’ai déjà montré, dans la perception de In convenance on de la disconvenancc des Idées. Or , partout où cctle convenance ou disconvennnce est aperçue immédiatement par elle-même, sans l’intervention ou le secours d’aucune autre idée , notre connaissance est évidente par elle-même. C'est de quoi sera convaincu tout homme qui considérera quelqu’une de ces propositions auxquelles il donne son consentement dès la première vue, sans l’intervention d'aucune preuve; car, Il trouvera que la cause qui la lui fait recevoir est la convenance ou la disconvenance
que l’esprit voit dans ces idées , en les comparant immédiatement entre elles, selon l’affirmation ou la négation que renferme une telle proposition.
§ J. Elle n'est pas particulière aux propositions qui passent pour axiomes.
Cela étant ainsi , voyons présentement si cette évidence immédiate ne convient qu’à ces propositions , auxquelles on donne communément le nom de maximes, et qui ont l'avantage de passer pour axiomes. Il est visible que plusieurs antres vérités, qu’on ne reconnaît point pour axiomes, sont aussi évidentes par elles-mêmes que ces sortes de propositions. C'est ce que nous verrons bientôt , si nous parcourons les différentes sortes de convenance ou de disconvenance d'idées , dont nous avons fait mention ci-dessus , savoir, identité, relation, coexistence et existence réelle ; par où nous reconnaîtrons que non-seulement le peu ds propositions qui ont passé pour maximes , sont évidentes par elles-mêmes , mais qu’un grand nombre , ou plutôt une infinité d'autres propositions le sont aussi.
S 4. I" A l’égard de l'identité et de ta diversité , toutes les propositions sont également
évidentes par elles-mêmes.
Car, premièrement, la perception immédiate d’une convenance ou disconvenance d'identité , étant fondée sur ce que l'esprit a des idées distinctes , elle nous fournit autant de propositions évidentes par elles-mêmes que nous avons d'idées distinctes qui sont comme le fondement de cette connaissance : et le premier acte de l'esprit, sans quoi il ne peut jamais être capable d'aucune connaissance , consiste à connaître chacune de ces idées par elle-même , et à la distinguer de toute antre. Chacun voit en lui-même qu’il connaît les Idées qu’il a dans l'esprit, qu’il reconnaît aussi quand une idée est présente à son entendement , et ce qu’elle est ; et que , lorsqu’il y en a plus d'une , il les connaît distinctement, sans les confondre l’une avec l’autre. Or , comme cela est toujours ainsi ( car il est impossible qu’on n’aperçoive point ce qu’on aperçoit), on ne peut jamais douter qu’une idée qu'on a dans l’esprit , n’y soit actuellement , et ne soit ce qu’elle est , et que deux idées distinctes qu’on a dans l'esprit , n’y soient effectivement , et ne soient deux Idées. Ainsi toutes ces sortes d’af-