‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 264 sur 423 · LIVRE IV, CHAPITRE VH · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE VH

Urinations et de négations se font sans qu'il soit possible d'hésiter, d'avoir aucun doute ou aucune incertitude à leur égard ; et nous ne pouvons éviter d'y donner notre consentement , dès que nous les comprenons , c’est-à-dire , dés que nous avons dans l'esprit les Idées déterminées qui sont désignées par les mots contenus dans la proposition. Et par conséquent, toutes les fois que l'esprit vient à considérer attentivement une proposition , en sorte qu'il aperçoive que les deux idées qui sont signifiées par les termes dont elle est composée, et qui sont affirmées ou niées l'une de l’autre , ne sont qu’une même idée , ou sont différentes , dès lors il est infailliblement certain de la vérité d’une telle proposition. Cela a également lieu, si ces propositions sont composées de termes qui signifient des idées plus ou moins générales : par exemple , soit que l’idée générale de l’ôtre soit affirmée d'elle-même , comme dans cette proposition , tout ce qui est , est ; ou qu’une idée particulière soit affirmée d'elle -même , comme , un homme est un homme, ou , ce qui est blanc, est blanc : soit que l'idée de l'être en général soit niée du non-étre , qui est ( si J’ose ainsi parler ) la seule Idée différente de l'être , comme dans cette antre proposition , il est impossible qu’une même chose soit et ne soit pas ; ou que l’idée de quelque être particulier soit niée d’une autre qui en est différente, comme , un homme n'cslpas un cheval, le rouge n'est pas bleu. La différence des idées fait voir aussitôt la vérité de la proposition avec une entière évidence , dès qu’on entend les termes dont on sc sert pour les désigner, et cela avec autant de certitude et de facilité dans une proposition moins générale que dans celle qui l'est davantage ; toujours par la même raison , je veux dire, parce que l’esprit aperçoit dans toute idée qu’il a , qu'elle est la même avec elle-même , et que deux Idées différentes , sont différentes et non pas les mêmes: ce dont il est également certain, soit que ces idées soient phis ou moins étendues, plus ou moins générales, plus ou moins abstraites. Par conséquent, le privilège d’être évident par soi-même n’appartient point uniquement , et par un droit particulier , à ces deux propositions générales, tout ce qui est, est, et, il est impossible qu'une même chose soit et ne soit pas en même temps. La perception d’être, ou de n'être point, n’appartient pas plutôt aux idées vagues , signifiées par ces termes , tout ce

qui, et chose, qu'elle u’appartient à quelque autre idée que ce soit. Car , ces deux maximes ne signifient, dans le fond, autre chose, sinon que le même est le même , ou que ce qui est le même n’est pas différent: vérités qu’on reconnaît aussi bien dans des exemples plus particuliers que dans ces maximes générales , ou , pour parler plus exactement, qu’on découvre, dans des exemples particuliers, avant que d’avoir jamais pensé à ces maximes générales, et qui tirent toute leur force de la faculté que l’esprit a de discerner les idées particulières qu'il vient à considérer. En effet, il est très-évident que l'esprit connaît et aperçoit que Vidée du blanc est [idée du blanc , et non celle du bleu ; et que, lorsque l’idée du blanc est dans l’esprit , elle y est et n’en est pas absente. Il est clair, dis-Jc, qu’il l’aperçoit si clairement et le connaît si certainement, sans le secoure d’aucune preuve, ou sans réfléchir sur aucune de ces deux propositions générales, que la considération de ces axiomes ne peut rien ajouter à l’évidence ou à la certitude de la connaissance qu’il a des choses. Il en est précisément de même do toutes les idées qu’un homme a dans l’esprit , comme chacun peut l’éprouver en soi-même. Il connaît que chaque Idée est cette même idée, et non une autre , et qu’elle est dans son esprit et non hors de son esprit , lorsqu’elle y est actuellement ; il le connaît, dis-je, avec une certitude qui ne saurait être plus grande. D’où U s’ensuit qu’il n’y a point de proposition générale dont la vérité puisse être connue avec plus de certitude , ni qui soit capable de rendre cette première plus parfaite. Ainsi , notre connaissance intuitive s'étend aussi loin que nos idées , par rapport A l’identité , et nous sommes capables de former autant de propositions évidentes par elles-mêmes, que nous avoDS de noms pour designer des Idées distinctes. Sur cela, J’en appelle à l’esprit de chacun en particulier , pour savoir si cette proposition , un cercle est un cercle , n'est pas une proposition aussi évidente par elle-même que celle-ci qui est composée de termes plus généraux , tout ce qui est, est; et encore, si cette proposition, le bleu n'est pas rouge, n’est point une proposition dont l'esprit ne peut non plus douter , dès qu'il en comprend les termes , que de cet axiome , il est impossible qu'une même chose soit et ne soit pas : et ainsi de toutes les autres propositions de cette espèce.

S 5. 2“ Par rapport à la coexistence, nous

avons fort peu de propositions évidentes par

elles-mêmes.

En second lieu , pour ec qui est de In coexistence , ou d'une connexion entre deux Idées , tellement nécessaire, que dés que l’une est supposée dans un sujet, l'autre doive l'étre aussi d'une manière Inévitable, l’esprit n'a une perception immédiate d'une telle convenance ou disconvenancc qu'à l’égard d'un très-petit nombre d'idées. C’est pourquoi notre connaissance intuitive ne s'étend pas fort loin sur cet article ; et l'on ne trouve , en ce genre , que très-peu de propositions évidentes par elles-mêmes. 11 y en a pourtant quelques-unes ; par exemple , l'idée de remplir un lieu égal au contenu de sa surface , étant attachée à notre idée de corps , je crois que c'cst une proposition évidente par ellemême , que deux corps ne sauraient être dans le même lieu

jj 6. 3 • ,\ous en pouvons avoir dans les autres relations.

Quant à la troisième sorte de convenance qui regarde les relations des modes , les mathématiciens ont formé plusieurs axiomes sur la seule relation d’égalité, comme, que si de quantités égales, on ite des quantités égales, le reste sera égal. Mais quoiipie ccttc proposition, et les autres du même genre, soient reçues par les mathématiciens comme autant de maximes, et que ce soient effectivement des vérités incontestables , je crois pourtant , qu'en les considérant avec toute l'attention Imaginable , on ne saurait trouver qu'elles soient plus clairement évidentes par elles-mêmes que celles-ci : un et un sont égaux à deux ; si des cinq doigts d'une main, vous en êtes deux , et deux autres des cinq doigts de l’autre main , le nombre des doigts qui restera sera égal. Ces propositions, et mille autres semblables, qu'on peut former sur les nom-

1 « Beaucoup do chrétiens le disputent, et même Ails* ■ tôle , et ceux qui après lui admettent des condensations « réelles et exactes, n’en doivent point convenir. Si l’on « prend ici le corps pour une masse impénétrable, l’énon-

• dation de M. Locke sera vraie, parce qu’elle sera ideu- « tique , ou k |h*u prés ; mais on lui niera que le corps « réel soit tel. Au moins dira-l-on que Dieu le (tourrait « faire autrement, de sorte qu'on admettra cette impéné' » trahi I fié , seulement comme conforme à l'ordre naturel « des choses que Dieu a établi, et dont l'expérience nous « a assurés, quoique d'ailleurs il faille avouer qu’elle est

• aussi trèstconforine à la raison. *

bres, se font recevoir nécessairement , des qu'on les entend pour la première fois , et emportent avec elles une aussi grande, pour ne pas dire une plus grande évidence , que les axiomes des mathématiques.

S 7. 4" Touchant l’existence réelle, nous n'en avons aucune.

En quatrième lieu , à l'égard de l’existence réelle , comme elle n'a de liaison avec aucune de nos idées , qu'avec celles que nous avons de nous-mêmes et du premier être , tant s'en faut que nous ayons sur l'existence réelle des autres êtres une connaissance qui nous soit évidente par elle-même , que nous n'en avons pas même une connaissance démoastrative. Et par conséquent il n'y a pas d’axiome sur leur sujet.

S 8. 5° Les axiomes n'ont pas beaucoup d’influence sur les autres parties de notre connaissance.

Voyous après cela quelle est l'influence que ces maximes reçues sous le nom d'axiomes ont sur les autres parties de notre connaissance. La règle qu'on pose dans les écoles , que tout raisonnement vient de choses déjà connues et déjà accordées, ex prcecognitis et praconcestis, comme ils parlent, cette règle, dis-je, semble faire regarder ces maximes comme le fondement de toute autre connaissance , et comme des choses déjà connues. Par où i'on entend , je crois , ces deux choses : la première, que ees axiomes sont les vérités qui se font connaître les premières à l'esprit ; et la seconde , que les autres parties de notre connaissance dépendent de ees axiomes.

S 9. Parce que ce ne sont pas les vérités que nous connaissions les premières.

Et premièrement , il parait évidemment, par l'expéricnee, que ccs vérités ne sont pas les premières connues, comme nous l'avons • déjà montré. En effet, qui ne s'aperçoit qu'un enfant connaît certainement qu'un étranger n’est pas sa mère, que la verge qu'il craint n’est pas le sucre qu'on lui présente, longtemps avant que do savoir qu'il est impossible qu'une chose soit et ne soit pas ? Combien peut-on remarquer de vérités sur les nombres, dont on ne peut nier que l'esprit ne les connaisse parfaitement et n’eu soit

' Liv. I, rhap I.

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