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CHAPITRE IX

De la connaissance que nous avons de notre eiuloicc.

S 1 . Les propositions générales et certaines ne se rapportent pus à l'existence.

Nous n’avons considéré jnsqu’ ici que les essences des choses ; et comme ce ne sont que des Idées abstraites que nous recueillons dans notre esprit, en les détachant de toute existence particulière ( car tout ce que l'esprit fait en se formant des abstractions , c’est de considérer une idée sans nncnn rapport à aucune autre existence que celle qn’ elle a dans l'entendement ) , elles ne noos donnent absolument point de connaissance d’aucune existence réelle. Sur quoi nous pouvons remarquer en passant, que les propositions universelles, de la vérité ou de la fausseté desquelles nous pouvons avoir une connaissance certaine, ne se rapportent point à l'existence; et, de plus, que tontes les affirmations ou négations particulières qui ne seraient pas certaines, si on les rendait générales, se rapportent uniquement à l’existence, donnant seulement à connaître l'union ou la séparation accidentelles de certaines idées dons des choses existantes , quoique , à les considérer dans leurs natures abstraites, ces idées n’aient aucune liaison ou incompatibilité nécessaire qni nous soit connue ’.

1 Fort bien : et c’est en ce sens que les philosophes « aussi , distinguant si souvent entre ce qui est de l’e*-

■ sence et ce (pii est de Yexislenct, rapportent fi l’exis-

■ tence tout cc qui est accidentel ou contingent Bien

■ souvent on ne sait pas même si les propositions univer- « selles, que nous ne savons que par expérience, De sont « pas peut-être accidenteiiee aussi, parce que notre expé-

- rietice est bornée. Comme dans les pa)» nfi l'eau n'esl

- point gtacéc, cette proposition qu’on y formera que « l’eau est toujours dans un état fluide n’esl pas essen-

* bel ie ; et on le connaît en venant dans des pays plus

■ froids. Cependant , on peut prendre Yaccidenlei d’une « manière plus rétrécie : en sorte qu’il y a comme un mi-

* lien entre lui et Yessentiet ; et ce milieu est le naturel . s c’est-à-dire ce qui n’appartient pas fi la chose nCcessai- > rement, mais qui retendant lui convient, de soi, si

■ rien ne t’empêche. Ainsi quelqu'un pourra soutenir qii’fi

- la vérité il n’est pas essentiel fi l’eau , tuais qu’au moins

* il lui est naturel, d’être fluide. On le pourrait soutenir, « dis-je , mais ce n'est pas une chose démontrée ; et peut-

■ être que les habitante de la lune, s'il y en avait, au-

- raient sujet de.ne se pas croire moins fondés à dire qu'il

- est naturel fi l’eau d'être glacée. Cependant , il y a d'au-

- 1res ras oci le naturel est moins douteux ; par exempte ,

- un rayon de lumière va toujours droit dans te même

DE ( /ENTENDEMENT HliMAlN.

§ 2. Tripla connaissance de Vcxistence.

Mais, san9 parler ici de la nature des différentes espèces de propositions, que nous considérerons plus au long dans un autre endroit, examinons présentement quelle connaissance nous pouvons avoir de l'existence des choses, et comment nous y parvenons. Je dis donc que nous nvons une connaissance de notre propre existence , par intuition ; de l'existence de Dieu , par démonstration ; et d'autres choses, par sensation.

§ 3. La connaissance de noire existence est intuitive.

Pour ce qui est de notre existence , nous l’apercevons avec tant d'évidence et tant de certitude , que la chose n'a pas besoin et n'est point capable d’être démontrée par aucune preuve. Je pense, je raisonne, je sens du plaisir et de la douleur; aucune de ces choses peut-elle m'étre plus évidente que ma propre existence? Si je doute de toute autre chose, ce doute même me convainc de ma propre existence, et ne me per- 1 met pas d’en douter ; car si je connais que je sens de la douleur, il est évident que j’ai une perception aussi certaine de mn propre existence que de l’existence de In douleur que je sens; ou , si je connais que je doute, j’ai une perception aussi certaine de l'existence de la chose qui doute que de cette pensée que j’appelle doute. C’est donc l’expérience qui nous convainc que nous avons une connaissance intuitive de notre existence, et une infaillible perception intérieure que nous sommes quelque chose. Dans chaque acte de sensation , de raisonnement ou de pensée, nous sommes intérieurement convaincus en nous-mêmes de notre propre être, et nous parvenons sur cela au plus haut degré de certitude qu’il est possible d’imaginer '.

« milieu , à moins que par accident il ne rencontre quel* •• que surface qui le réfléchit. Au reste, Aristote a cou- « tume de rapporter à la matière la source des choses ac- •• cidentellcs : mais alors il y faut entendre la matière « seconde, c’est-à-dire, le tas ou la masse des corps. >•

' « Je suis entièrement d’ac cord de tout ceci ; et j’ap ioutc que l'aperccptioii immédiate de notre existence,

* tt de nos pensées, nous fournit les premières vérités « a posteriori , on de fait , c’est-à-dire les premières ex- ” pe.'iences; comme les propositions identiques contien- ■ Dent les premières vérités a priori , ou de raison, c’est- «* à-diie les premières lumières. Les unes et les autres " w>nt incapables d'élre prouvées et peuvent être ap|>ehrs •« immédiates ; celles-là, parce qu'il y a inunédialion en- <> Ire rei.teiideinmt et son objet ; celles-ci parce qu’il y a

• immédiat ion entre le sujet et le piédicat. »

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