‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 281 sur 423 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Pc in connaissance que ooas avons de l'existence des antres choses.

§ I. On ne peut avoir connaissance des autres choses que par voie de sensation.

La connaissance que nous avons de notre propre existence nous vient par intuition, et ia raison nous fait connaître clairement l'existence de Dieu , comme on l’a montré dans le chapitre précédent.

Quant à l’existence des autres choses , on ne saurait la connaître que par sensation ; car , comme l’existence réelle n’a aucune liaison nécessaire avec aucune des idées qu’un homme a dans sa mémoire , et que nulle existence, excepté celle de Dieu, n’a de liaison nécessaire avec l’existence d’aucun homme en particulier, il s'ensuit de iâ que nnl homme ne peut connaître l'existence d’aucun autre être , que lorsque cet être se fait apercevoir à lui par l’opération qu’il fait actuellement sur lui. Car l’idée que nous 2T

avons d’une ehose dans notre esprit ne prouve pas plus l’existence de eette chose, que le portrait d’un homme ne démontre son existence dans le monde, ou que tes visions d’un songe ne composent une histoire véritable.

S 2. Exemple : La blancheur de ce papier.

C’est donc en recevant actuellement des idées qui nous viennent du dehors que nous parvenons à connaître l’existence des autres choses , et à être convaincus en nous-mêmes que, dans ce temps-là , il existe hors de nous quelque chose qui excite cette Idée en nous, quoique peut-être nous ne sachions ni ne considérions point comment cela se fait. Car , que nous ne connaissions pas la manière dont ces idées sont produites en nous , cela ne diminue en rien la certitude de nos sens , ni la réalité des idées que nous recevons par leur moyen. Par exemple , lorsque j’écris ceci , le papier venant à frapper mes yeux, produit dans mon esprit l’idée à laquelle je donne le nom de blanc, quel que soit l’objet qui l’excite en moi ; et par là je (tonnais que cette qualité ou cet accident , dont l’apparence étant devant mes yeux produit toujours cette idée , existe réellement , et a uue existence hors de moi. Et l’assurance que j’en ai, qui est peutêtre la plus grande que je puisse avoir , et à laquelle mes facultés puissent parvenir , c’est le témoignage de mes yeux , qui sont les véritables et les seuls juges de cette chose, et sur le témoignage desquels j’ai raison de m’appuyer, comme sur une chose si certaine , que je ne puis non plus douter, tandis que j’écris ceci, que je vois du blanc et du noir , et que quelque chose existe réellement , qui cause cette sensation en moi , que je puis douter que j’écris ou que je remue ma main. C'est là une certitude aussi grande qu'aucune que nous soyons capables d’avoir sur l’existence d'aucune chose , excepté seulement celle qu’un homme a de sa propre existence et do l'existence de Dieu.

S 3. Quoique ce fait ne soit pas aussi certain que les démonstrations , on peut lui donner te nom de connaissance, et il prouve qu'il existe des choses hors de nous.

Quoique la connaissance que nos sens nous donnent de l’existence des choses qui sont hors de nous ne soit pas tout à fait si certaine que notre connaissance intuitive , ou que Ire conclusions que notre raison déduit de la considération des idées claires et abstraites qui sont dnns

notre esprit, c’cst pourtant une certitude qui mérite le nom de connaissance. SI nous sommes une fois persuadés que nos facultés nous instruisent comme il faut , touchant l’existence dre objets par qui elles sont affectées , cette assurance ne saurait passer pour une confiance mal fondée ; car je ne crois pas que personne puisse être sérieusement si sceptique que d’être incertain de l’existence dre choses qu’il volt et qu’il sent actuellement. Du moins, celui qui peut porter ses doutes si avant ( quelque peine qu’il ait à mettre d’accord ses propres pensées) , n’aura jamais aucun différend avec moi , puisqu'il ne peut jamais être sûr que je dise quelque chose qui soit contraire à son opinion. Quant à moi , je crois que Dieu m'a donné une assez grande certitude de l’existence dre choses qui sont hors de moi, puisqu’on les appliquant différemment, je puis produire en moi-même plaisir et douleur, ce qui est d’une grande importance dans mon état présent. Ce qu’il y a de certain , c’est que la confiance où nous sommes que nos facultés ne nous trompent point en cette occasion nous donne la plus grande assurance dont nous soyons capables à l’égard de l’existence dre êtres matériels. Car nous ne pouvons rien faire que par le moyen de nos facultés , et nous ne saurions parler de la connaissance elle-même, que par le secours des facultés qui sont propres à nous faire comprendre ce que c'est que connaissance. Mais , outre l’assurance que nos sens eux-mêmes nous donnent, qu’ils ne se trompent point dans le rapport qu’ils nous font de l’existence des choses extérieures, par Ire impressions actuelles qu’ils en reçoivent , nous sommes encore confirmés dans cette assurance par d’autres raisons qui concourent à l’établir.

S d. 1° Parce que nous ne pouvons en avoir des idées que par l'intermédiaire des sens.

Premièrement , il est évident que ces perceptions sont produites en nous par des causes extérieures qui affectent nos sens ; parce que ceux qui sont dépourvus des orgnnesd’un certain sens ne peuvent jamais faire que les idées qui appartiennent à ce sens soient actuellement produites dans leur esprit. C’est une vérité si manifeste , qu’on ne peut la révoquer en doute, et, par conséquent, nous ne pouvons qu’être assuré* que ces perceptions nous viennent dans l’esprit par Ire organes de ce sens , et non par quelque autre voie. Il est visible que les organes eux-

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