‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 285 sur 423 · CHAPITRE XH · texte numérisé non relu

CHAPITRE XH

Des moyens d’augmenter notre connaissance.

5 t. La connaissance ne vient pas des maximes.

Ç’a été une opinion reçue parmi les savants , que les maximes sont les fondements de toute connaissance , et que chaque science en particulier est fondée sur certaines choses ' déjà connues, d'ou l'entendement doit emprunter ses premiers rayons de lumière , et par où il doit se conduire dans ses recherches sur les matières qui appartiennent ù cette science. C’est pourquoi la grande rontine des écoles a été de poser , en commençant à traiter de quelque matière , une ou plusieurs maximes générales, comme les

« viendrait alors le fondement réel de cette certitude des s vérités étemelle»? Cela nous mène enfin nu dernier fon- » dément des vérités , savoir , t cet esprit suprême et « universel , qui ne peut manquer d’exister, donl l’enten- « dément , à dire vrai , est la région des vérités éternelle», « comme saint Augustin l'a reconnu, et l'exprime d'une . manière assez vive Et, afin qu’on ne croie pas qu’il • n’est pas nécessaire d’y recourir, il faut considérer que ■ res vérités nécessaires contiennent la raison détermi- . nante et le principe régnlalif des existences mêmes, et, . en un mot , des lois de l’univers. Ainsi , ces vérités né- . cessaire» étant antérieures aux existences de» êtres „ contingent» , il faut bien qu'elle» noient fondée» dan» - l'existence d’une substance nécessaire ; c'est là ou je „ trouve l’original de» idées et des vérité» qui sont gravées « dans nos (unes , non pas en forme de propositions , mais « comme de# sources dont l'application (c’est-à-dire l'al- » teutinn) et les occasions feront naître des énonciation» » actuelle». ■

1 Prnrognitn.

fondement.» sur lesquels on doit bâtir la connaissance qu'on peut uvoir sur ce sujet. Et ces doctrines , ainsi posées pour fondement de quelque science , ont été nommées principes , comme étant les premières choses d'ou nous devons commencer nos recherches , sans remonter plus haut , ainsi qne nous l'avons déjà remarqué.

S 2. De l’occasion de cette opinion.

Une chose qui apparemment a donné lien ù cette manière de procéder dans les autres sciences, c'a été, je pense, le bon succès qu'elle semble avoir dans les mathématiques , ainsi nommées par excellence des mots grecs pufir,!»»™ et pâfiqat;, qui signifient science, choses apprises, exactement et parfaitement apprises, cette science ayant un plus grand degré de certitude, de clarté et d'évidence qu’aucune autre.

§ 3 .La connaissance rient de la comparaison des idées claires et distinctes.

Mais je crois que quiconque considérera la chose avec soin avouera que les grands progrès, et la certitude de la connaissance réelle où les hommes parviennent dans les mathématiques, ne doivent point être attribués à l’influence de ces principes , et ne procèdent point de quelque avantage particulier que produisent deux ou trois maximes générales qu’ils ont posées au commencement, mais des idées claires, distinctes et complètes qu’ils ont dans l’esprit, et du rapport d’égalité et d’inégalité qui est si évident entre quelques-unes de ces idées, qu’ils le connaissent intuitivement, par où ils ont un moyen de le découvrir dans d’autres idées, et cela sans le secours de ees maximes. Car, je le demande, un enfant ne peut-il connaître que tout son corps est plus grand que son petit doigt, qu’en vertu de cet axiome, le tout est plus grand qu’une de scs parties, ni en être assuré qu'après avoir appris cette maxime? On bien, une paysanne ne saurait-elle connaître qu’ayant reçu un sou d'une personne qui lui en doit trois, et encore un sou d’une autre personne | qui lui doit aussi trois sous, les restes de ces I deux dettes sont égaux? ne peut-elle, dis-je, connaître cela qu’en vertu d’une certitude déduite de cette maxime , que si de choses égales vous liiez des choses égales, les restes seront égaux; maxime dont elle n’a peut-être jamais oui parler, ou qui ne s’est jamais présentée à son esprit? Je prie mon lecteur de considérer, sur ce qui a été dit ailleurs, lequel des deux «t connu

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