‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 290 sur 423 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Autres considérations sur notre connaissance.

S I. Notre connaissance est en partie nécejsaire et en partie volontaire.

Notre connaissance a beaucoup de conformité avec notre vue , sous ce rapport (aussi bien qu'à d’autres égards) qu'elle n’pst ni entièrement nécessaire, ni entièrement volontaire. Si notre connaissance était tout A fait nécessaire , nonseulement toute la connaissance des hommes serait égale , mais encore chaque homme connaîtrait tout ce qui pourrait être connu ; et si la connaissance était entièrement volontaire , il y a des gens qui s’en mettent si peu en peine , ou qui en font si peu de cas , qu’ils en auraient

1 « 11 ne sert de rien de méditer les axiomes, sans pou- « voir les appliquer. Les axiomes servent souvent à lier « les idées; comme par exemple cette maxime, que tes « étendus semblables de ta seconde et de ta troisième

■ dimension sont en raison doublée, et triplée des « étendus correspondants de ta dttnension première , « est d’nn grandissime usage. La quadrature de la lu-

■ nute d'Hippocrate , par exemple, en naît d'abord (dans * le cas des cercles ) , en y joignant l’application de ces - deux figures l'une à l'autre , quand leur position donnée

■ en fournit la commodité , comme leur comparaison " connue en I s omet des lumière*, s

très-peu, ou n'en auraient absolument point. Les hommes qui ont des sens ne peuvent que recevoir quelques idées par leur moyen ; et s’ils ont la faculté de distinguer les objets, ils ne peuvent manquer d'apercevoir la convenance ou la disconvenance que quelques-unes de ees idées ont entre elles ; de même que celui qui a des yeux , s’il les ouvre en plein jour , ne peut s'empêcher de voir quelques objets , et de reconnaître de la différence entre eux. Mais, quoiqu’un homme qui a les yeux ouverts à la lumière ne puisse éviter de voir, il y a pourtant certains objets vers lesquels il dépend de lui de tourner les yeux , s'il veut. Par exemple , il peut avoir A sa disposition un livre qui contienne des peintures et des discours capables de lui plaire et de l’instruire ; mais il peut n'avoir jamais envie de l’ouvrir, et ne prendre jamais la peine de jeter les yeux dessus.

$ 2. L’application est volontaire; mais nous connaissons les choses comme elles sont, et non comme il nous plaît.

Une autre chose qui est au pouvoir d'un homme, c’est qu'cncore qu'il tourne quelquefois les yeux vers un certaiD objet , il est pourtant en liberté de le considérer curieusement , et de s'attacher avec une extrême application A y remarquer exactement tout ce qu'on y peut voir. Mais , du reste , il ne peut voir ce qu'il volt autrement qu’il ne fait. Il ne dépend point de sa volonté de voir noir ce qui lui paraît jaune, ni de se persuader que ce qui l'échauffe actuellement est froid. Ut terre ne lui paraîtra pas ornée de fleurs , ni les champs couverts de verdure toutes les fois qu'il le souhaitera ; et si pendant l'hiver il vient à regarder la campagne, il ne peut s'empêcher de la voir couverte de gelée blanche, il en est justement de même à l'égard de notre entendement ; tout ce qu'il y a de volontaire dans notre connaissance, c'est d'appliquer quelques-unes de nos facultés A telle ou à telle espece d'objets, ou de les en éloigner, et de considérer ces objets avec plus ou moins d’exactitude. Mais ces facultés une fois appliquées A cette contemplation , notre volonté n'a plus la puissance de déterminer la connaissance de l’esprit d'une manière ou d’une autre. Cet effet est uniquement produit par les objets mêmes , tant qu’ils s’offrent clairement à nos yeux. C'est pourquoi, tant que les sens d'une personne sont affectés par des objets extérieurs , son esprit ne peut manquer de recevoir les idées qu’ils lui pré-

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